Thérapie

Comment guérir ses phobies grâce à la réalité virtuelle?

Avec la réalité virtuelle, le patient va être face à sa phobie. - ©Sebastien Salom-Gomis/Sipa

Peur des chiens, des chats, des autoroutes, du métro, de l’avion ou encore de la foule: la réalité virtuelle peut désormais aider à guérir les patients atteints de phobies. Le psychanalyste Rodolphe Oppenheimer pratique lui-même cette méthode dans son cabinet et explique, pour "FranceSoir", les coulisses de cette thérapie.

Il fut un temps, seuls les hôpitaux étaient dotés de systèmes de réalité virtuelle. Casque sur le visage, vous serez aux prises avec vos angoisses les plus terribles. Vous retrouverez les images qui ont hanté votre vie et qui continuent de vous la gâcher au quotidien. Pour certains, il s’agit du moment des Fêtes, pour d’autres ce sont les grandes vacances qui sont problématiques.

Osez-vous toujours prendre le métro pour vous rendre à l’aéroport? Arrivez-vous à traverser les longs couloirs d’Orly ou de Roissy? Quelles impressions avez-vous au moment où les portes de l’avion se referment et que vous êtes livré à vous-même à 10.000 mètres du sol?

Cas concret

Auparavant, les professionnels vous demandaient de vous imaginer ces scènes sur un long fauteuil en cuir, ce qui n’était pas évident. Les visions s’accrochaient et se décrochaient. Vous perdiez le fil de vos pensées. A présent les choses ont énormément changé. Le patient assis confortablement sur son fauteuil me raconte de façon un peu nerveuse, sa crainte, son angoisse, sa phobie. Il souhaite souvent se servir rapidement des casques de réalité virtuelle. Pourtant, ils ne les voient pas dans la pièce.

Aujourd’hui, Bernard est venu en consultation pour comprendre pourquoi, du jour au lendemain, il ne peut plus prendre l’avion. Il me confie que l’idée même de se rendre à l’aéroport le terrifie à présent, lui qui faisait régulièrement des long-courriers pour le compte de son employeur. Les phobies fonctionnent comme l’estomac: moins vous lui donnez à manger plus il rétrécie, plus il a du mal à manger à nouveau. Bernard comprend que s’il ne traite pas sa phobie de l’avion, même celle déclenchée par les couloirs de l’aéroport, la route lui sera bientôt impraticable. L’ascenseur de son immeuble qui mène à sa voiture sortira désormais de sa zone de confort. Cette dernière définit le ou les lieux où vous vous sentez parfaitement à l’aise et où rien ne vous inquiète.

Il est important pour moi de faire l’anamnèse (soit le récit des antécédants) de Bernard. L’idée n’est pas de l’infantiliser devant des jeux vidéo – idée première lorsqu’on parle de réalité virtuelle à un patient – mais il faut comprendre le contexte actuel dans lequel il évolue: se sentait-il en danger à son travail? A-t-il été démotivé au point de se dire que durant un de ses nombreux déplacements il serait remplacé? Je suis obligé de prendre en compte tous les paramètres de son existence passée et présente tout en commençant à définir un avenir plus heureux pour lui.

Mise en pratique

Il faut prendre son temps car le but n’est pas de l’effrayer en l’immergeant violement dans un avion. Bien au contraire, il s’agit de faire un travail de pédagogie, d’accompagnement. Je tente de faire comprendre à Bernard, et à son inconscient, pourquoi sa peur est irrationnelle.

La technique va consister à lui proposer de se mettre face à sa phobie. Il est clairement démontré que dans le cadre des Thérapies Comportementales et Cognitives (TCC) plus le patient sera confronté à ses propres peurs, plus il s’en débarrassera. Il va passer du rôle de spectateur, celui qui subit l’angoisse, à celui d’acteur. Il va ainsi pouvoir terrasser ses craintes en décidant de les stopper et de réfuter les symptômes qui essaient parfois de se réveiller dans un simple claquement de doigts.

Progrès et processus

Les temps ont changé. Jadis nous avons vu nombre de patients évoquer, chez un professionnel de santé, des situations phobogènes: on leur demandait d’imaginer un lieu les yeux fermés, puis dès la fin de la première séance, il leur était demandé de se rendre dans ce lieu pour affronter leurs phobies. Il était évident que le patient ne retournait plus consulter et qu’il restait immanquablement sur un échec de nature à nourrir la phobie déjà existante.

En réalité virtuelle, les premiers essais ont été faits sur l’acrophobie - peur du vide - qui touche beaucoup de gens: on emmène le patient en condition réelle et on lui apprend à gérer sa peur très progressivement. Entre une tour au centième étage et un avion perdu dans l’univers, nous arrivons à soigner un grand nombre de patients. 

Il faut instaurer "l’échelle de la peur", une mesure graduelle des craintes de 0 à 100: 0 serait l’absence de peur totale, 100 serait son paroxysme. Cette échelle aura pour vocation de nous permettre de connaître l’état d’anxiété du patient et sa progression. Elle sera le thermomètre de la situation. Aujourd’hui, je propose de conjuguer la psychanalyse avec la réalité virtuelle dans le cadre des TCC. Ainsi, nous trouvons dès lors une solution rapide pour calmer la souffrance et l’anxiété et nous pouvons également travailler le fond des problèmes à aborder. Il ne semblait plus possible, de nos jours, d’attendre des années pour faire cesser les souffrances des patients. A l’ère de l’instantané, il faut pouvoir aller vite et obtenir des résultats.

Peur des chiens, des chats, des autoroutes, du métro, de l’avion etc.: il est urgent de savoir que nous disposons de plus en plus d’environnements virtuels pour guérir l’ensemble des phobies qui se présentent à nous. Pour les patients et leur bien-être, le pluridisciplinaire est essentiel et les progrès techniques un moyen d’atteindre ce but.

Cet article a été rédigé par Rodolphe Oppenheimer, psychanalyste (http://www.psy-92.fr/). Son dernier ouvrage, Peurs, angoisses, phobies, par ici la sortie! (Ed. Marie B) est disponible en librairie depuis le 15 novembre.


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