Un sujet difficile à aborder

Décès: comment expliquer le deuil à un enfant?

Selon Rodolphe Oppenheimer, il est important de rappeler aux enfants que tout ce qui naît meurt un jour. - © GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP/Archives

Lorsqu'un décès survient dans une famille, il est parfois compliqué d'en parler aux enfants. En partenariat avec "FranceSoir", le psychanalyste Rodolphe Oppenheimer livre ses conseils afin d'aider les parents à aborder le sujet sans angoisse et pour les accompagner au mieux dans cette épreuve.

La question de la mort et celle du deuil en particulier est souvent un sujet tabou dans nos sociétés occidentales. Pour les adultes, il est difficile d’aborder le sujet et pour les enfants, il est compliqué pour eux de poser des questions étant donné la charge émotionnelle. La difficulté éprouvée provient en grande partie du rapport que nous avons avec notre propre mort, nos propres questions. L’enfant, lui, est bien plus pragmatique que nous. Ses questions ne seront pas parsemées de doute. Il nous demandera clairement, franchement, brusquement: "Qu’est-ce qu’il se passe quand on est mort"?

De notre réponse va naître en nous de nouvelles interrogations, réveiller des angoisses ou nous faire penser à des proches que nous avons perdus. La plupart du temps, nous avons dans l’idée que nous devons protéger nos enfants de ce qui est dangereux, de ce qui est angoissant, de ce qui fait peur. Cependant, la mort fait partie intégrante de la vie. Aussi, cette dernière ne peut être vécue sans parler du sujet, sans l’évoquer.

Prônez la simplicité dans les réponses, une certaine forme de pragmatisme. Il s’agit de répondre comme on le peut aux questions de vos enfants sans partir dans une tirade philosophique visant à cacher, à masquer, vos propres questions même si elles sont sans réponse. Si tel est le cas, dites-le, n’ayez pas peur de montrer qu’il existe des questions sans réponse. Il ne faut pas avoir honte de dire à un enfant que papa ou maman ne sait pas.

Il est important de leur rappeler que tout ce qui naît meurt un jour, que c’est le sens de l’existence et la "normalité". Expliquez également que la mort ne "frappe" pas que les personnes âgées. Pour éviter un trop plein d’angoisse, précisez tout de même que le grand âge est la norme en matière de décès. Si les films hollywoodiens ont protégé leurs héros et puni les méchants, rappelez à vos enfants que la mort peut toucher les méchants mais aussi les personnes gentilles et sympathiques.

Face à votre enfant, vous êtes en droit de vous poser la question: "Comment lui annoncer la mort d’un être cher à ses yeux?". Il est parfois conseillé de le lui apprendre par l’intermédiaire d’un autre être cher à son cœur ou une personne en qui il a une parfaite confiance. Il convient d’éviter les métaphores: ne pas raconter que l’être aimé, aussi proche soit-il, s’est endormi ou qu'il est "parti en voyage très loin", sans quoi l’enfant refusera d’aller dormir ou de partir en vacances. Ou pensera qu’il est possible de le rejoindre.

Mourir est une fin avec tout ce que cela comporte: ne plus revoir la personne, ne plus l’entendre, ne plus la toucher, etc. L’explication, aussi douloureuse soit-elle, doit être claire. L’idée d’un possible retour ne doit pas subsister. Une discussion peut même être entamée sur son souhait ou pas de revoir une dernière fois le corps du défunt. Il convient de ne pas obliger l’enfant à voir le corps, ni même de l’embrasser comme cela peut se faire dans certaines traditions. Mais il faut lui soumettre cette possibilité. Dans le cas où l’enfant le souhaite, il convient de l’accompagner. Proposez lui de matérialiser cet au revoir par un cadeau, une offrande, une rose, un poème, une lettre, un dessin. L’enfant aura donc une place d’acteur et non uniquement de spectateur. Cela permettra de démarrer un travail de deuil.

Lors des funérailles, il faut l'accompagner et le protéger en ne lui lâchant pas la main ou en ne le laissant pas seul afin qu’il ne se sente pas encore plus abandonné. Dans le cadre de ce travail de deuil, l'enfant doit pouvoir exprimer tout ce qu’il ressent: il faut donc lui laisser poser toutes les questions qu’il souhaite et lui dire la vérité. Utiliser des objets ou même ses jouets pour l’aider à verbaliser ses ressentis. Il peut par exemple dessiner ses émotions ou ses cauchemars. Vous pouvez également créer un jeu de rôle pour l’aider à poser des questions graves dans une forme moins douloureuse. L’enfant n’a pas de doute sur le manque ou la tristesse qu’il ressent. Cependant, il faut parfois, dans le cadre du deuil, lui faciliter l’ouverture à la parole.

Lors de ces périodes, il est primordial de le rassurer car il ne faut pas qu’il s’imagine que tous ceux qu’il aime vont mourir, partir ou disparaître dans l’immédiat. Dans le même temps, il faut lui expliquer que personne ne remplacera l’être aimé. L’enfant ne doit pas avoir une impression de transition, l'impression de ne pas savoir si l’être aimé va revenir ou pas. Il est donc important de l'accompagner sur la tombe du défunt ou dans un lieu symbolisant sa mort afin de fleurir la sépulture ou de laisser une lettre.

Enfin, il faut aider l'enfant à dire adieu en retournant sur la tombe après les obsèques, de temps en temps. Dans ces moments particuliers, vous pouvez évoquer des souvenirs heureux liés à la vie du défunt, raconter des moments drôles, des événements qui évoquent la présence du défunt aux cotés de l’enfant. "Tu te rappelles quand… ", "Je me souviens d’un moment très drôle… ", etc. N’hésitez pas à lui montrer des photos qui retracent son histoire ou bien des clichés sur lesquels il se trouve avec l'enfant. Cela lui permettra de redonner une image positive de l'être aimé et de se raccrocher à des souvenirs heureux qui rendront la tristesse de la disparition moins pesante. Le deuil est un processus qui peut être long, l’accompagnement est primordial. 

Cet article a été rédigé par Rodolphe Oppenheimer, psychanalyste (http://www.psy-92.fr/). Son dernier ouvrage, Peurs, angoisses, phobies, par ici la sortie! (Ed. Marie B) est disponible en librairie depuis le 15 novembre.


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