Je n'ai plus de batterie

High-Tech: le casse-tête du chargeur universel

Déjà en 2009 Guenter Verheugen, ancien commissaire européen chargé des entreprises et de l'industrie, plaidait pour le chargeur universel. - ©Thierry Roge/Reuters

Le Parlement européen a adopté le 13 mars dernier une directive instaurant un chargeur universel, notamment pour les téléphones portables. De quoi faciliter la vie des consommateurs a priori, même s'il n’est pas encore facile d’y voir clair dans cette réglementation.

La fin des chargeurs et de leurs fils entremêlés au fond d’un tiroir, vous en rêviez? L’Union européenne l’a fait. Ou tout du moins, elle vient de poser une première pierre.

L’UE se félicite d’avoir entériné la mise en place de chargeurs universels pour les téléphones portables, GPS, tablettes et appareils photo pour 2017. Finis donc les câbles vieux de dix ans qu’on garde "au cas où", la galère pour recharger son téléphone avec le câble du collègue ou du copain. De quoi ravir les consommateurs européens.

Le sujet agite les institutions européennes et les lobbys du numérique depuis 2006. En 2010, un accord d’autorégulation avait été passé avec les différents fabricants. Ceux-ci devaient s’engager sur la voie du chargeur universel. Si une légère tendance à l’uniformisation s’était fait sentir, aucune obligation n’avait été définie. L’UE ne donne donc plus le choix aux fabricants. En mars 2017, ils seront obligés de proposer des chargeurs universels.

Au-delà du côté pratique, le but de cette réglementation est de permettre au consommateur de faire des économies et de limiter la quantité de déchets. Des points qui soulèvent d’autres interrogations. Car sur le plan écologique, certains s’inquiètent de l’effet pervers de cette nouvelle règle. Qu’adviendra-t-il dans un futur proche de tous les chargeurs devenus définitivement obsolètes? Dans un premier temps il serait donc possible de voir le nombre de déchets augmenter, avant de diminuer à long terme.

De même, puisque le chargeur universel ne devrait pas concerner uniquement les téléphones portables mais tous les petits appareils numériques, on risque de se trouver face à une accumulation de câbles identiques. Pour éviter que le client ne paye pour un chargeur qu’il a déjà en un ou plusieurs exemplaires, les vendeurs pourraient bien sûr les proposer à part. Mais à ce jeu-là, l’inquiétude est de voir leur prix s’envoler.

Mais le plus complexe reste de traduire cette réglementation en pratique. Il faudra d’abord définir quel type de câble sera retenu comme chargeur universel. Aujourd’hui le micro-USB tient la corde. Reste que ce modèle, s’il est très répandu, n’est pas forcément le plus performant. De toute manière, aucun type de chargeur ne peut prétendre être parfaitement abouti. Les évolutions technologiques vont vraisemblablement permettre de créer de nouveaux modèles plus efficaces.

A croire que l’UE a troqué un méli-mélo de câbles pour un autre, réglementaire cette fois. Car à l’heure actuelle, les institutions européennes n’ont pas défini ce qu’elles entendent par "chargeur universel". Il semble évident que le port connecté à l’appareil à charger devrait être unique. Quand à savoir si une prise pour secteur sera obligatoire à la place des chargeurs USB par exemple, rien n’est sûr.

Surtout, il faudra définir si par "chargeur universel" la loi entendra l’ensemble du câble ou si le fabricant sera simplement tenu de proposer –gratuitement ou non– un adaptateur permettant de recharger n’importe quel produit. Une telle initiative aurait le mérite de maintenir l’existence de chargeurs de différentes qualités mais ne réglerait pas le problème de l’accumulation des câbles et s’opposerait à la vision écologique du projet.

En outre se pose la question du poids de l’Union européenne face aux Etats-Unis et à l’Asie, les deux pôles dominants tant en matière de fabricants qu’en termes de marchés. Le terme "chargeur universel" risque de ne s’appliquer que sur les appareils vendus sur le territoire européen.

Car l’UE doit faire face aux réticences des constructeurs, Apple en premier ligne. La marque à la pomme joue en effet sur des modèles dont elle contrôle la vente. Ses clients ne peuvent donc acheter de chargeurs compatibles à la concurrence.

Enfin, cette règle n’est qu’une directive européenne. Elle doit être traduite dans chaque Etat par une règle de droit nationale. Laquelle peut présenter des différences d’un pays à l’autre dès lors que le but et l’esprit de la directive sont respectés. Autant dire que le sac de nœuds n’est pas encore entièrement démêlé.


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