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Sexualité: comment en parler avec ses enfants?

Concernant le thème de la sexualité, il faut adapter les réponses en fonction de l’âge de l’enfant et ne pas devancer ses questionnements, selon Rodolphe Oppenheimer. - © Ishara S.KODIKARA / AFP/Archives

Les questions d'ordre sexuel ne sont pas simples à aborder avec ses enfants., surtout quand il sont jeunes. Alors, pour aider les parents à trouver les bons mots sans pour autant trop en dire, le psychanalyste Rodolphe Oppenheimer, en partenariat avec "France-Soir", prodigue ses conseils.

La sexualité est un thème qui est difficile à aborder avec ses proches, en particulier avec ses enfants pour de nombreuses raisons. Très jeune, l’enfant pose déjà un grand nombre de questions, anodines pour lui, qui découlent d’une curiosité vis-à-vis de sa propre conception. Le mieux est sans doute de répondre à ses questions sans pour autant aller trop loin dans les explications. Il faut adapter les réponses en fonction de l’âge de l’enfant et ne pas devancer ses questionnements.

Une de premières questions que l’enfant se pose est liée à sa propre existence: il a tendance à demander à ses parents comment il est apparu, comment il a été conçu. Ne prenez pas les devants sur des questions que vous imaginez qu’il pourrait se poser, écoutez patiemment les interrogations qui sont les siennes. Je conseille dès lors de leur répondre de façon sincère mais courte. Rien n’est tabou mais tout doit être jaugé selon l’âge et le degré de maturité de l’enfant: lui parler de sexualité serait de nature à le traumatiser et à l’angoisser. Nous pourrions parler de traumatisme d’intrusion ou "d’abus sexuel par le psychisme" si tel était le cas.

Dès l’âge de 36 mois, l’enfant commence à se poser des questions. Souvent, il ne comprend pas pourquoi il est différencié par la nature (différence entre le genre). Il n’est pas rare qu’une petite fille de deux ou trois ans ayant un frère, un cousin ou un ami exprime une grande inquiétude sur le fait de ne pas avoir de pénis. Vous devez alors la rassurer en lui expliquant que son corps est tout à fait normal et que certaines choses que l’on voit chez le garçon n’est pas visible chez la fille et inversement. Il faudra toutefois attendre l’âge de huit ans pour entendre des questions sur les relations sexuelles à proprement dites.

Alors que vous êtes préparés à entendre parler de tous ces sujets aux âges évoqués, votre calme et vos réponses spontanées permettront de ne pas créer chez l’enfant une sensation de stress, d’inquiétude. Un garçon aura tendance à poser la question à son père dans lequel il se retrouve et s’identifie tandis qu'une fille osera plutôt la poser à sa mère pour des raisons analogues. Si le parent de même sexe répond, l’enfant ne doit pas croire que l’autre parent ne survivrait pas à une telle question: il peut donc ajouter un mot, un sourire en répondant partiellement ou en ajoutant un petit détail.

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Les questions d’ordre sexuel ne sont pas simples à aborder. Vous ne devez pas vous en vouloir d’avoir l’impression que vous ne trouvez pas les mots les plus justes pour lui répondre. Par ailleurs, votre réponse ne nécessite pas d’urgence en la matière: vous pouvez donc vous munir d’un livre d’anatomie pour enfant afin d’illustrer votre propos. Tant que l’enfant ne reçoit pas de fin de non-recevoir, il verra ses questions comme étant légitimes et ne craindra pas de vous interroger sans honte.

Evitez d’avoir un jugement sur la sexualité qui viendrait de votre éducation: l’amour, le sexe ne sont pas dégradants. Ne donnez pas l’impression à votre enfant qu’il y a des questions à occulter, qu’il pourrait avoir honte de vous interroger ou même de se questionner sur ces sujets. Très jeune, il faut lui faire comprendre qu’il est naturel d’explorer son corps et que cela est normal. Cependant, rappelez lui que cette "recherche ", cette quête est exclusivement à lui et ne doit pas être partagée avec quiconque. Expliquez-lui que nul n’a le droit de toucher ses parties intimes, ni de les regarder. Donnez-lui des exemples de cas exceptionnels où cela est parfois nécessaire: un soin médical par exemple. Lui évoquer le danger de la pédophilie de façon abrupte et inappropriée ne servirait qu’à lui créer des angoisses et des troubles de la sexualité.

Les contes de fées ont encore une importance particulière. Le jeune enfant se plaira à entendre que son existence est due à une belle rencontre, lorsque le papa et la maman ont échangé une graine. Cette vision n’a pas vocation à mentir à l’enfant. Cependant, il doit garder à l’esprit une part de rêve. Puis, au fur et à mesure qu'il avance en âge, le discours peut, petit à petit, se préciser. Plus tard, avec un enfant plus âgé, ne rentrez pas dans des réponses dites "techniques" même si les questions sont plus précises. Pour autant, il ne faut pas fuir les réponses. En revanche, il faut savoir que vous n’avez pas vocation à faire l’éducation sexuelle de vos enfants. Un médecin peut être un bon interlocuteur lorsque les questions sont plus poussées.

Il existe toujours un risque pour vos enfants: les smartphones, Internet ou encore la télévision peuvent mettre dans leurs mains des images érotiques ou pornographiques. L’enfant se taira ou viendra vous demander de quoi il s’agit. Il vous suffira de répondre que ce sont là des jeux d’adultes uniquement mais que ces deux personnes ont accepté de jouer à ces jeux, qu’en aucun cas il n’y a eu contrainte. L’enfant ne doit pas se sentir en danger ou menacer de subir ce qu’il vient de voir.

Quelles que soient les questions de l’enfant, ne prenez jamais l’exemple de son père ou de sa mère. La sexualité des parents reste dans la sphère du "sacré". Vos enfants peuvent vous dire papa ou maman "Toi aussi tu fais ceci ou cela?". Il est important de répondre à l’enfant que cela ne le regarde pas. Tous les couples du monde peuvent avoir des rapports sexuels mais cette vision-là ramène l’enfant à de l’inceste et de l’écœurement.

Si vous surprenez un de vos enfants en train de jouer au docteur avec la cousine/le cousin ou une copine/un copain, il faut lui expliquer qu’il/elle n’a pas à le faire, que chacun est propriétaire de son propre corps et que celui de l’autre n’est ni un jouet un objet. Si vous voyez votre enfant "se caresser" l’entre-jambe, il ne faut surtout pas lui dire qu’il fait quelque chose de mal ou de dégoutant. N’hésitez pas à lui dire que s’il/elle aime explorer son corps, cela est normal et qu’il/elle peut le faire dans son intimité, dans un lieu privé comme sa chambre ou son espace de vie où il/elle ne sera pas vu(e) par autrui. Qu’il s’agit là de quelque chose de personnel qui ne se partage pas.

Cet article a été rédigé par Rodolphe Oppenheimer, psychanalyste (http://www.psy-92.fr/). Son dernier ouvrage, Peurs, angoisses, phobies, par ici la sortie! (Ed. Marie B) est disponible en librairie depuis le 15 novembre.


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