Un projet utile, mais très en retard

Sivens: un barrage, pour quoi faire?

L'utilité du barrage de Sivens est très contestée. - ©Régis Duvignau/Reuters

Suite à la mort d’un opposant au barrage de Sivens, de nombreuses voix réclament l’arrêt du projet. Retour sur un projet imaginé il y a des dizaines d’années mais qui semble arriver bien trop tard.

Le débat fait rage suite à la mort de Rémi Fraisse lors d’affrontements entre opposants au barrage de Sivens et forces de l’ordre. Au-delà des responsabilités, la question de la poursuite du chantier, et donc de l’utilité du projet, se pose.

Imaginé il y a plusieurs dizaines d’années, ce barrage vise à mieux gérer les ressources en eau de la petite vallée du Tescou, un affluent du Tarn. La zone choisie, à peu près à mi-chemin entre Albi et Montauban, doit permettre de stocker jusqu’à 1,5 million de mètres cube d’eau, afin de sécuriser l’irrigation des exploitants agricoles de la région.

Le Tescou est en effet un petit cours d’eau et, l’agriculture étant la principale activité économique de sa vallée, il arrive parfois que son débit se révèle insuffisant. Voire même que son cours s’assèche.

Sauf qu’entre-temps, les agriculteurs se sont organisés. "Sivens, c'est un projet de plus de trente ans. Il était fondé alors, mais vous ne croyez pas que de Gaillac à Montauban, on a tous attendu la bouche ouverte que le barrage nous arrive! Moi, j'ai fait mon propre lac en 1975, j'ai trois puits aussi. Les autres ont fait pareil!", déclarait en septembre un exploitant de la région à une reporter du Monde.

Un constat que partage Roland Foissac, vice-président communiste du Conseil général du Tarn. "Nous (les élus PCF, NDLR) n’avons pas approuvé ce projet parce qu’il était lourd d’incertitudes, voire de contradictions. Il a été élaboré il y a plus de quinze ans, sur la base de données qui sont aujourd’hui obsolètes", a-t-il déclaré à L’Humanité. L’élu évoque également un rapport d’experts très critique vis-à-vis du projet.

Ce rapport a été établi par Nicolas Forray et Pierre Rathouis, deux ingénieurs généraux des ponts, des eaux et des forêts mandatés par le gouvernement. Ils concluent à une "surestimation des besoins de l’ordre de 35%" ainsi qu’un choix "privilégié sans réelle analyse des solutions alternatives possibles". Enfin, les experts pointent du doigt une étude d’impact "très moyen(ne)" et un coût d’investissement rapporté au volume stocké élevé. La note s’élèverait ainsi à environ 8,4 millions d’euros, auxquels il faut ajouter environ 360.000 euros par an pour les frais de fonctionnement.

Quant au nombre de bénéficiaires du barrage, il fait lui aussi débat. Les opposants avancent le chiffre de 19 exploitants, contre 81 pour les chambres d’agriculture locales. Les auteurs du rapport retiennent, eux, une quarantaine d’agriculteurs.

Enfin, les associations qui se mobilisent contre le barrage mettent également en avant les 13 hectares de zone humide, abritant de nombreuses espèces végétales et animales, dont certaines protégées, qui sont menacées. Tandis que Thierry Carcenac, président PS du conseil général du Tarn, soutient que le projet vise à fournir de l’eau aux habitants de la région. Un argument par ailleurs repris pas le Premier ministre Manuel Valls ce mercredi matin sur RTL.

Pour autant, malgré leurs conclusions, les auteurs du rapport estiment qu’il est "difficile de procéder à l’arrêt du chantier" compte tenu de l’avancée des travaux. Au grand dam des opposants.


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