Triomphe de Lénine

La Révolution d'Octobre, une petite insurrection qui change la face du monde (Diaporama)

Fidèle à sa doctrine, Lénine s'impose par le coup de force. - ©Tass/AFP

Dans la nuit du 7 au 8 novembre 1917 (24 et 25 octobre du calendrier julien) une poignée d'hommes s'emparent presque sans violence des bâtiments névralgiques de Petrograd (actuelle Saint-Pétersbourg). La pari de Lénine et de Trotski est réussi, les bolcheviks viennent de prendre le pouvoir.

> Il est nécessaire de préciser que la "révolution de Février" et la "révolution d'Octobre" sont appelées ainsi du fait du calendrier julien toujours en vigueur en Russie à l'époque de Nicolas II et du gouvernement provisoire, en léger décalage par rapport au calendrier grégorien. Les dates indiquées dans cet article sont celles du second calendrier.

La révolution de Février 1917 a vu la disparition de l'Empire russe avec le tsar Nicolas II à sa tête. Un gouvernement provisoire dirigé par le menchévik Alexandre Kerenski gère le pays, qui est encore en guerre contre l'Allemagne, respectant son traité d'alliance avec les forces de l'Entente. Néanmoins, la situation va progressivement se dégrader dans un pays déjà mis à mal par trois ans d'une guerre terrible, permettant la prise du pouvoir par les bolcheviks en octobre 1917.

Rentré en Russie de son exil suisse à la faveur de la chute de régime tsariste, Lénine, discrédité par son absence en février, doit reprendre la main. Dans ses Thèses d'avril, il expose son programme pour renverser "la révolution bourgeoise" des menchéviks. Il en ressortira un mot d'ordre qu'il martèlera jusqu'en octobre: "La paix, la terre et tout le pouvoir aux soviets".

Contrairement à celle de février qui renverse le pouvoir autocratique du tsar, la révolution bolchevik tient plus de l'opération militaire que du soulèvement populaire. Contre l'avis d'une partie des dirigeants bolcheviks, dont notamment Zinoviev et Kamenev, qui pensent pouvoir prendre le pouvoir grâce à la majorité acquise au Congrès pan-russe des soviets, Lénine, soutenu par Trotski, estime, dès la fin septembre, que seule l'insurrection militaire peut les porter au pouvoir. Il veut, à tout prix, forcer la marche de l'Histoire.

Pour prendre le pouvoir, un Conseil militaire révolutionnaire va être monté par Trotski à Petrograd, capitale russe (actuelle Saint-Péterbourg). Il doit coordonner les actions le jour de l'insurrection et s'assurer de la loyauté des gardes rouges (ouvriers armés) et des régiments mutins. Ce genre de préparatifs ne passent pas inaperçus mais l'aveuglement de Kerenski est total.

L'annonce du coup d'Etat est même éventée dans un journal bolchévik La Vie Nouvelle, par Zinoviev et Kamenev en personne (!). Néanmoins, le Gouvernement provisoire va estimer que les bolcheviks ne représentent pas grand danger et ne va prendre aucune mesure pour érailler la machine insurrectionnelle lancée par Lénine. Il va amèrement le payer.

L'insurrection est lancée dans la nuit du 7 au 8 novembre. Les gardes rouges et les soldats mutins prennent, presque sans tirer un coup de feu, le contrôle des gares, des grandes routes, des ponts sur la Neva, de la banque centrale, des centrales postales et téléphoniques, avant de lancer un assaut final sur le palais d'Hiver

Si la geste soviétique gardera, notamment à travers le film Octobre d'Eisenstein, l'image héroïque des courageux gardes rouges et des célèbres marins de Kronstadt, le torse barré d'impressionnantes cartouchières, montant à l'assaut des marches du palais d'Hiver sous un feu nourri, la réalité est plus prosaïque.

En effet, si l'on excepte quelques cosaques, des junkers (élèves-officiers) fidèles au gouvernement menchevik et des femmes-soldats des "bataillons de la mort" formés en novembre 17 par Kerenski, le palais n'est guère défendu et tombe facilement. Les principales victimes de la bataille se trouvent dans les caves du palais où les insurgés vont faire main basse sur les vins fins et champagnes datant de l'époque tsariste.

Le coup d'Etat qui s'est déroulé dans les 7 au 8 novembre 1917 a ceci de singulier qu'il se déroule dans l'indifférence quasi-générale d'une grande partie de la population de Petrograd. Ainsi, alors même que les bolcheviks prennent de force les lieux du pouvoir et les bâtiments névralgiques de la ville, les tramways continuent à circuler, les théâtres à jouer, les magasins restent ouverts et les badauds continuent à flâner sur le perspective Nevki.

Le lendemain, 9 novembre, Leon Trotski annonce officiellement la dissolution du gouvernement provisoire lors de l’ouverture du Congrès pan-russe des soviets des députés ouvriers et paysans (562 délégués étaient présents, dont 382 bolcheviks et 70 socialistes-révolutionnaires de gauche). Les députés du soviet vont entériner les premières mesures révolutionnaires des nouveaux hommes forts de Petrograd. Alors même que le contrôle de larges parties du territoire russe échappent aux bolcheviks. 

Le Conseil des commissaires du peuple, mis en place par le Congrès des soviets et intégralement composé de partisans de Lénine, va rapidement promettre d'appliquer les aspirations du plus grand nombre: la paix aux soldats, la terre aux paysans et le contrôle ouvrier sur les usines au prolétariat des villes. Le premier décret promulgué est d'ailleurs connu sous le nom de "Décret sur la terre" qui abolit la grande propriété privée et dresse les grandes lignes du partage des terres. Une mesure qui va permettre aux nouveaux dirigeants de s'attitrer la sympathie de la paysannerie russe, sortie du servage depuis à peine 50 ans.

Les journées révolutionnaires d'octobre n'ont pas un lourd bilan humain. Les historiens soviétiques estiment qu'une dizaine de personnes sont mortes tout au plus, on avance même le chiffre de moins de cinq victimes. Jamais une échauffourée de si faible envergure aura eu une influence aussi importante sur l'histoire du monde. Cette prise du pouvoir a été rendue possible par le fait qu'une vaste révolution sociale, multiforme (dans l'armée, dans les milieux ouvriers, dans les campagnes, parmi les nationalités qui composent l'Empire russe) avait, depuis plusieurs mois, ébranlé les institutions traditionnelles, sapé les fondements mêmes de l'État.

Car si le coup d'Etat n'est pas sanglant, il préfigure le début d'une guerre civile longue de cinq ans, marquée par la violence des combats, les exactions et les famines. Cette dernière ne s'achève qu'en octobre 1922, date à laquelle les bolcheviks écrasent les dernières forces contre-révolutionnaires et entament la mise en place de l'un des régimes totalitaires les plus répressifs de l'Histoire.


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