Terrorisme

Djihad - Que reste-t-il du territoire de l'Etat islamique en Syrie et en Irak?

Sur le recul en Irak et Syrie, l'Etat islamique ne contrôle plus que quelques territoires éparses. - © Fadel SENNA / AFP/Archives

Les défaites de l'Etat islamique s'accumulent en zone irako-syrienne depuis plusieurs mois, avec notamment les chutes des ses deux "capitales", Mossoul et Raqqa. Matteo Puxton, agrégé d'Histoire, spécialiste des questions de défense et observateur de référence du conflit irako-syrien, présente en partenariat avec "France-Soir" les dernières localités où se maintiennent les djihadistes.

L'Etat islamique est en train de disparaître, territorialement parlant, sur le théâtre syro-irakien. Depuis le printemps dernier, il doit affronter l'offensive du régime syrien à travers l'est de la Syrie, qui a conduit ce dernier à reprendre al-Suknah (5 août), à faire la jonction avec ses forces encerclées à Deir Ezzor (5 septembre), à reconquérir Mayadin (17 octobre), puis à s'emparer de la ville de Deir Ezzor (3 novembre), les forces de Bachar al-Assad encerclant actuellement al-Bukamal.

Les Forces démocratiques syriennes (FDS) ont lancé leur offensive sur la rive est de l'Euphrate (8 septembre) et ont repris Raqqa (20 octobre). En Irak, après la chute de Mossoul en juillet, l'EI a successivement perdu, face aux assauts de l'armée irakienne, les réduits de Tal Afar (2 septembre) et de Hawija (8 octobre) avant que l'armée irakienne et la mobilisation populaire (milices chiites irakiennes) ne lancent l'offensive sur l'ouest d'al-Anbar, reprenant al-Qaïm (3 novembre). Malgré ce recul spectaculaire, le groupe djihadiste n'est pas encore complètement éradiqué sur le plan territorial.

> Voir aussi: Comment l'Etat islamique a défendu l'est syrien jusqu'à Deir Ezzor

Carte principale:

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Source: isislivemap

En Syrie, les djihadistes contrôlent encore une poche dans le désert syrien (1 sur la carte ci-dessus), qui court du sud d'al-Suknah, en passant au sud de Deir Ezzor, et au sud de Mayadin, jusqu'au nord d'al-Bukamal. C'est le résultat de la percée du régime vers Deir Ezzor, qui s'est effectuée par l'axe principal passant par al-Suknah. Mais plus au sud, autour du village d'Humaymah, le régime syrien n'a pu avancer devant la féroce résistance déployée par l'EI. Ce n'est qu'en septembre-octobre que le régime décide de poursuivre vers l'est, via la station de pompage T2, pour reprendre al-Boukamal alors que, parallèlement, ses forces avancent vers le sud depuis Deir Ezzor, reprenant Mayadin.

> Lire aussi: Le Hezbollah libanais en Syrie: l'assaut contre la station T2 tenue par l'Etat islamique (Deir Ezzor)

L'objectif est de cisailler ce "saillant" du groupe terroriste enfoncé dans les lignes du régime, alors que le siège est mis devant al-Boukamal. En témoigne l'offensive au sud de Mayadin qui semble vouloir rejoindre la station de pompage T2, de façon à isoler complètement le saillant.

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Source: isislivemap

A l'est de l'Euphrate, où les FDS avancent vers le sud, l'Etat islamique contrôle encore une partie de la rive est jusqu'à Abou Kamal, et surtout le secteur mitoyen à la frontière irakienne plus à l'Est (2 sur la carte principale).

Au nord-est de la province de Hama, l'EI est encore présent dans une minuscule poche (3 sur la carte principale), encerclée par le régime, qui a réduit l'essentiel de la présence du groupe dans la région cet été. C'est depuis cette poche que l'organisation djihadiste, franchissant les lignes du régime, a tenté de s'installer à partir du 9 octobre dans un secteur contrôlé par son rival, le groupe djihadiste Hayat Tahrir al-Cham. Ce dernier déploie des moyens militaires importants pour éradiquer la poche constituée par Daech, laquelle se limite aujourd'hui à quelques villages.

> Voir aussi: Syrie: rudes combats à Abou Dali entre les djihadistes d'Hayat Tahrir al-Cham et le régime de Damas

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Le 9 octobre, Hayat Tahrir al-Cham publie une carte montrant comment les djihadistes de l'EI franchissent les lignes du régime pour venir "mordre" sur le territoire du groupe au nord-est de la province de Hama. HTC a depuis quasiment réduit la poche que l'EI s'était créée dans son territoire.

Par ailleurs, l'Etat islamique est également présent à 4 km à peine du centre historique de Damas, dans la poche d'environ 20 km² encerclée par le régime depuis 2013, autour du camp palestinien du Yarmouk (4 sur la carte principale). Le groupe contrôle la partie située à l'ouest de cette poche (source), et affronte surtout les rebelles syriens qui en tiennent les autres morceaux. Récemment, l'EI a publié une vidéo (lien) mettant en scène ses snipers dans la poche. Il a également mis en ligne plusieurs reportages photos montrant ses activités dans le secteur.

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Source: Syria Direct, retravaillée

Enfin, adossée au Golan israélien, il y a la poche tenue par le groupe Jaysh Khalid ibn al-Walid (Armée Khalid ibn al-Walid), rallié à l'Etat islamique depuis un an et demi, entouré par les rebelles syriens (5 sur la carte principale). Ce secteur est l'un des rares où l'organisation terroriste peut encore mettre en avant sa capacité à gouverner un territoire à travers sa propagande, en montrant par exemple l'enseignement dispensé aux enfants (novembre). Un reportage photo récent renseigne aussi sur un camp d'entraînement baptisé Abu Hashim al-Ansari, du nom d'un des chefs décédés de l'Armée Khalid ibn al-Walid.

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Source: @Nawaroliver et @OmranDirasat, retravaillée.

En Irak, en plus du secteur qui depuis al-Boukamal court le long de l'Euphrate, avec la ville de Rawa sur le point d'être assaillie par l'armée irakienne, Daech ne contrôle plus qu'un secteur relativement désertique qui s'étale au nord-ouest de la province d'al-Anbar, à l'ouest et au nord-ouest de la province de Salahuddine et au sud-ouest de la province de Ninive, en vis-à-vis du territoire encore contrôlé du côté syrien, face à l'avancée des FDS (6 sur la carte principale).

Il faut cependant souligner que malgré sa prochaine disparition territoriale en Irak, l'EI a réorienté certaines de ses wilayats (provinces) qui n'avaient pas forcément l'assise territoriale d'une province à proprement parler, vers l'insurrection et le terrorisme (source), et ce dès l'année 2016. La province de Diyala, au nord-est de Bagdad, en est un bon exemple. Prise en main dès 2014 par les miliciens chiites, notamment ceux de l'organisation Badr, elle n'offrait plus à l'EI l'opportunité d'agir selon un mode opératoire semi-conventionnel comme c'était le cas ailleurs en Irak, ou en Syrie. Aussi, dès 2016 au plus tard, le groupe passe à la guérilla: attaques à l'IED sur les routes, raids sur de petites installations, assassinats ciblés, souvent de nuit, attaques avec kamikazes ou véhicules kamikazes... les djihadistes disposent encore de bases dans les secteurs ruraux de la province. De la même façon, dans la province de Ninive, l'EI a tenté un raid récemment sur la frontière syro-irakienne, et continue d'activer des cellules à Mossoul pour commettre des attaques kamikazes. Si la reconquête de la poche de Hawija a affaibli les capacités du groupe terroriste dans la wilayat Salahuddine, le groupe arrive encore à lancer des raids et des attaques depuis le territoire désertique tenu plus à l'ouest, notamment au nord de Baiji (octobre).

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Source: isislivemap, retravaillée

Enfin, depuis juillet dernier, l'Etat islamique a réinvesti le district de Jurf al-Sakhar (source), dans la province de Babil, à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de Bagdad, qui est contigu à la province d'al-Anbar. Ce district, pris par l'EI en juin 2014, reconquis en octobre, a été vidé de sa population -majoritairement sunnite- par l'armée et les milices chiites irakiennes, et les habitants n'ont toujours pas été autorisés à rentrer chez eux, sur ordre du conseil provincial et des miliciens chiites. Le district est situé près de la route qui permet aux pèlerins chiites de Bagdad et du nord de se rendre à Kerbala et autres lieux de culte. L'Etat islamique a recruté dans les villages au sud de Bagdad et a expédié des hommes d'al-Anbar pour harceler les miliciens chiites, avec attaques à l'IED, aux engins kamikazes, et avec ses snipers ici, mis à l'honneur dans une récente vidéo.


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