Manque de mobilisation

La Poste: la grève pour protester contre la dégradation des conditions de travail peu suivie

La direction a fait état d'un taux de grévistes de 4,74% en fin de journée. - ©Rina Sergeeva/Flickr

Les postiers étaient appelés à se mettre en grève ce jeudi pour lutter contre la dégradation de leurs conditions de travail. Elle a été très peu suivi, et les syndicats n'ont pas annoncé de chiffres officiels.

Les postiers, appelés à la grève jeudi 8, se sont rassemblés en petits comités devant leurs directions ainsi que devant le Sénat à Paris, pour protester contre la dégradation de leurs conditions de travail, responsables d'une crise sanitaire et sociale sans précédent, selon les syndicats.

La direction a fait état d'un taux de grévistes de 4,74% en fin de journée, tandis que les syndicats n'avançaient pas de chiffres globaux en milieu d'après-midi, à l'exception de l'Unsa faisant état de "10.000 grévistes" (sur plus de 250.000 salariés au total).

En Gironde, où une centaine de personnes se sont rassemblées à Bordeaux, SUD a fait état de 10% de grévistes parmi les guichetiers et de 5% au courrier. Des rassemblements ont eu lieu à Lille, Rennes et Rouen notamment.

Dans certains centres de tri, comme à Ajaccio ou à Toulouse, le taux de grévistes étaient supérieurs à 40%, selon la CGT.

Selon SUD-PTT, nombre de facteurs n'ont pas voulu se mettre en grève, craignant de se voir supprimer leur prime de Noël, qui ne concernerait cependant "que 2.000 postiers", selon la direction.

Munis de drapeaux et de ballons aux couleurs des syndicats qui appelaient à cette grève -CGT, SUD, Unsa ainsi que FO localement- les postiers étaient entre 150 et 200 à Paris devant le Sénat où s'est tenu un débat sur l'avenir de La Poste à l'initiative des sénateurs communistes, a constaté un journaliste de l'AFP.

"Rendez-nous nos PTT, on n'est pas des banquiers", lisait-on sur une banderole prônant "un service public de La Poste", devenue société anonyme en 2010 mais dont l’État reste le principal actionnaire avec la Caisse des dépôts et consignations.

Au Sénat, Jean-Pierre Bosino, maire communiste de Montataire (Oise), a évoqué de très importants "dysfonctionnements" dans son département. Sa mairie, a-t-il expliqué, n'a reçu "aucun courrier en août et tous les plis en septembre avec 28 jours de retard parfois". Selon lui, un cabinet de juristes, "excédé par les retards de distribution" a porté plainte contre La Poste.

Il a en outre déploré que seuls les maires communistes aient voté contre le contrat de présence postale territoriale 2017-2019 qui lie l’État, la Poste et les communes.

Le sénateur dénonce le "démantèlement du maillage territorial" et la stratégie commerciale de l'entreprise "avec des conséquences terribles et dramatiques sur les agents" dont une "souffrance au travail". Il a déploré que "ni la ministre du Travail, ni le ministre de l’Économie ne soient intervenus".

Jean Desessard (Écologistes) a regretté "une logique de rentabilité" au détriment du service public, Joël Guerriau (UDI-UC) défendant "une présence postale accrue" et le "rôle d'aménagement du territoire" de La Poste, tandis que Delphine Bataille (PS) fustigeait la fermeture de bureaux "sans concertation", -250 dans les nouveaux contrat de présence postale qui lie La Poste, l’État et les communes-, ce qui "pénalise les plus fragiles".

A Paris, Jean-Marie, facteur gréviste du 9e arrondissement a dénoncé auprès de l'AFP "une baisse d'effectifs continue après chaque réorganisation, tous les deux ans en moyenne", et des tournées à rallonge avec des horaires compressés le samedi.

Retraité depuis deux mois, Laurent Ripoche a déploré "une très forte charge de travail, un courrier qui baisse mais une pub en augmentation constante". Il a évoqué le cas d'une collègue continuant à travailler avec une "ceinture de maintien" pour atténuer ses maux de dos et des attèles pour ses tendinites "par peur de perdre son travail".

Face à la baisse des volumes du courrier (30% de 2008 à 2015), la Poste a réorganisé ses services avec, en parallèle, une baisse des effectifs très importante (3.000 à 5.000 postes en moins par an rien que pour les facteurs depuis 2005) qui, selon les syndicats, génère une dégradation très importante des conditions de travail et de santé des agents.

 


Voir la version optimisée mobile de cet article
Poursuivre sur Francesoir.fr