Porte-feuille numérique

Leetchi, la cagnotte en ligne

Les membres de l'équipe Leetchi, dans leurs bureaux parisiens - ©DR

Leetchi, c’est le nom de la start-up de cagnottes en ligne lancée en 2009 par Céline Lazorthes. Leader dans son domaine, la jeune entreprise est en pleine croissance et sa dirigeante se félicite d’avoir l’attention du patron de Free, Xavier Niel, qui a investi dans l’aventure.

"J’ai toujours voulu être libre de mes décisions", dit Céline Lazorthes. En 2009, fraîchement diplômée d’HEC à 26 ans, elle monte son entreprise, Leetchi, qui développe un système de cagnottes en ligne. C’est l’organisation du week-end d’intégration de sa promotion en dernière année d’HEC qui lui a donné l’idée. "J’étais partie avec mon enveloppe et mon fichier Excel pour collecter les fonds, et c’était la galère!", explique-t-elle. 

Avec Leetchi, finie l’enveloppe qui circule, tout se fait en ligne. L’entreprise revendique un fonctionnement simple, en trois étapes: "Je créé, je collecte, je dépense". En quelques clics, l’internaute crée gratuitement une cagnotte personnalisée: pour lui ou pour un proche, pour un anniversaire, un mariage, un pot de départ… Il invite ensuite ses amis et proches (par e-mails, sms, Twitter, Facebook) à participer au pot commun, en leur indiquant un lien sur le site leetchi.com. Le destinataire du lien a alors la possibilité de verser la somme qu’il désire, par carte bleue, via un système de paiement sécurisé assuré par Payline. 

Deux millions d'utilisateurs

Une fois le montant complété, l’initiateur de la cagnotte récupère le tout. Il peut le dépenser sans frais sur un des 100 sites partenaires référencés par Leetchi (Fnac, Amazon, Crazy Voyages, YellowKorner…) ou l’offrir directement au bénéficiaire. Il peut également se le faire transférer sur son compte en banque –mais dans ce cas, l’entreprise prend 4% de commission. Le suivi de la cagnotte s’effectue depuis le site ou l’application iPhone.

Quand Céline Lazorthes décide de créer Leetchi il y a six ans, aucun système de collecte et de gestion d’argent en ligne entre amis n’existe sur le marché. Une subvention de 20.000 euros d’Oséo (aujourd’hui BPI, Banque publique d’investissement) permet à Céline Lazorthes d’initier le projet, développer le prototype, valider le concept et le mettre en service. "Cette subvention a été une aide superbe, qui m’a permis de mettre le pied à l’étrier. J’étais étudiante et je n’avais pas beaucoup d’argent de côté", raconte Céline Lazorthes. 

A la suite du lancement, elle salarie puis associe trois de ses meilleurs amis. Un pari risqué: "certaines personnes de notre entourage voyaient cela avec un peu d’inquiétude", explique la jeune entrepreneuse. Mais les faits ont convaincu les plus sceptiques: Leetchi rassemble 2 millions d’utilisateurs sur son site et revendique un volume d’affaires de 120 millions d’euros en 2014, avec une prévision de 200 millions pour 2015. 

Après la France, où la start-up occupe 90% du marché, l'entreprise s’est développée dans de nombreux pays, notamment en Allemagne, en Espagne, en Angleterre. Une réussite due en partie "à la bienveillance des médias à notre égard", souligne Céline Lazorthes. En outre, "être une femme dans le secteur du numérique est un atout majeur: on est moins nombreuses donc très visibles, sollicitées et encouragées". 

La jeune entrepreneuse se réjouit d’avoir l’oreille de Xavier Niel, qu’elle "a l’occasion de rencontrer de temps en temps". Le patron de Free, qui a investi dans Leetchi en 2010, est "un modèle" pour Céline Lazorthes. "Il connaît un succès monumental et il reste d’une grande humilité et d’une grande gentillesse". 

A 32 ans, elle affirme ne pas avoir été grisée par le succès. "On n’a jamais réussi tant qu’on n’a pas perdu, et on n’a jamais perdu tant qu’on n’a pas réussi", confie-t-elle. Aujourd’hui l’entreprise, basée à Paris avec une annexe au Luxembourg, compte 30 salariés et s’attache au quotidien à améliorer ses services en fonction des attentes des utilisateurs. 

Une cagnotte pour une girafe

Si Leetchi était au départ tournée vers les cadeaux d’anniversaire et enterrements de vie de jeune fille et de garçon, les internautes "ont fait de Leetchi leur propre produit", à des fins parfois… originales. Comme cette girafe, offerte à de jeunes mariés par leurs amis. "Cette cagnotte était très surprenante. La girafe est dans la banlieue parisienne et j’ai régulièrement de ses nouvelles", s’amuse Céline Lazorthes. 

Leetchi héberge aussi de nombreuses cagnottes de solidarité, créées par des associations ou des particuliers.  

Non contente du succès de Leetchi, Céline Lazorthes a également monté deux autres start-up basées sur le même mode de fonctionnement. MangoPay, en 2013 –un système de cagnottes en ligne destiné aux professionnels– et Bankiwi, axée sur les 12-16 ans pour les aider à gérer leur argent de poche. 

Céline Lazorthes a fait partie en 2013, dans le classement Europe1-Le Parisien, des "cent personnalités qui font le Web français", et le site britannique Wired l’a sélectionnée la même année dans son classement des start-up les plus prometteuses des grandes capitales mondiales. "Le succès de Leetchi est bien au-delà de ce que j’imaginais être capable de réaliser, et en même temps c’est ce dont je rêvais. On travaille comme des fous, on a l’impression de voler, de vivre de façon hyper intense, c’est super agréable", conclut Céline Lazorthes.

 

 


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