"Exhibit-B": tout savoir sur le spectacle polémique de Brett Bailey

Explications

"Exhibit-B": tout savoir sur le spectacle polémique de Brett Bailey

Publié le :

Vendredi 28 Novembre 2014 - 16:38

Mise à jour :

Samedi 29 Novembre 2014 - 15:42
"Mon œuvre explore les dimensions et la complexité du paysage africain colonial et post colonial", explique le metteur en scène sud-africain d'"Exhibit-B", accusé de racisme.
©Reuters
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"Humiliant", "raciste", "choquant"… Les détracteurs d'Exhibit-B n’ont pas de mots assez durs pour qualifier le spectacle de Brett Bailey, actuellement présenté au théâtre Gérard Philippe à Saint Denis (TGP) et dont la réprésentation de jeudi soir a dû être annulée en raisons de manifestations hostiles. Mais qu’en est-il vraiment? Qu’est-ce qu’Exhibit-B et qui est son créateur?

"Exhibit-B" est un spectacle qui présente une série de douze tableaux-performances. Ces derniers illustrent des scènes issues de l’histoire coloniale et post-coloniale. Les interprètes noirs de ces tableaux vivants obligent le spectateur à regarder en face comment les ancêtres de ces noirs ont été exposés dans les "zoos humains" et les foires jusqu’au début du XXe siècle. Pour son créateur, Brett Bailey (un blanc), il s’agit de dénoncer les causes du racisme institutionnalisé et gravé dans les mentalités des anciennes métropoles coloniales. "Mon œuvre explore les dimensions et la complexité du paysage africain colonial et post-colonial. L’Afrique est si souvent considérée comme un +cas désespéré+, le +continent sans espoir+", explique l'artiste, qui avait d’abord créé Exhibit-A, qui illustrait l’histoire de lancien Sud-Ouest Africain, l’actuelle Namibie, ex-colonie allemande. 

C’est pourquoi, malgré la pétition lancée pour faire interdire la pièce en France, la LICRA, la LDH (Ligue des Droits de l'Homme) et le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples) ont décidé de la soutenir. "Dans la France d’aujourd’hui, dont les préjugés racistes n’auront pas disparu, loin s’en faut, nous, organisations antiracistes, affirmons que l’art doit être libre de contribuer à la lutte contre ce fléau, et que nul ne saurait interdire à un artiste de représenter la souffrance qui en résulte, dès lors qu’il n’en fait pas l’apologie. Nous affirmons qu’il n’est pas admissible de faire un procès d’intention à l’artiste au motif qu’il est blanc, la lutte contre le racisme étant universelle et ne pouvant dépendre de la couleur de la peau, des origines ethniques ou des convictions religieuses de ceux qui la portent", ont écrit les associations dans un communiqué commun, publié sur le site du TGP.

"J’apporte tout mon soutien à l’artiste Brett Bailey ainsi qu’aux directeurs qui ont choisi de programmer cette œuvre, Jean Bellorini au Théâtre Gérard-Philipe à Saint-Denis et José-Manuel Gonçalvès au 104 à Paris. Je réaffirme avec force les principes fondamentaux de liberté de création et de programmation qui sont la fierté de notre Nation", a quant à elle déclaré la ministre de la Culture, Fleur Pellerin, dans un communiqué. "La France s’est toujours enorgueillie de défendre les artistes et les œuvres, d’être une terre d’accueil et de liberté pour les créateurs du monde entier. Nous devons aujourd’hui nous montrer dignes de l’héritage de tous ceux qui se sont battus au nom de cette liberté. Je condamne donc fermement ces tentatives d’intimidation ou de censure, car elles reposent sur des amalgames et des formes d’intolérance qui n’ont pas droit de cité dans notre République". 

Et l’artiste dans tout ça ? Comment se défend-il contre les critiques dont on l'accable? "Oui, je suis un Sud-Africain blanc, et donc dans une position de privilège. Si j’avais été noir, je ne serais très probablement pas dans la position qui est la mienne aujourd’hui ", estime l’auteur, designer et metteur en scène de théâtre. Pris à parti par les détraceurs d'Exhibit-B sur ses déclarations antérieures à la presse où il avait expliqué avoir grandi sans conscience du drame de l’apartheid, il explique: "Chez moi, il y avait une femme de ménage noire, mais je n’avais pas idée du sort de la population noire, ni de l’ampleur du combat contre l’apartheid, qui se passait underground. Quand on vit dans un aquarium, on ne sait pas qu’il y a une mare au dehors…".

Brett Bailey est né en 1967 en Afrique du Sud. De 2006 à 2011, il a dirigé les spectacles d'ouverture du Festival international des arts de Harare, au Zimbabwe, et a organisé le Festival des Arts Publics en Afrique du Sud. En 2009, il a mis en scène le spectacle d'ouverture du Sommet mondial des Arts et de la Culture à Johannesburg et présidé le jury de la Quadriennale de Prague deux ans plus tard. Membre de celui des Music Théâtre Now de l'International Théâtre Institute, il a exposé en Europe, en Australie et en Afrique et reçu de nombreux prix pour son oeuvre. En 2007, il a même remporté même une médaille d'or dans la catégorie scénographie à la Quadriennale de Prague. En 2013, il a présenté Exhibit-B pour la première fois au Festival d'Avignon. Dans le plus grand calme...

(Voir ci-dessous une vidéo d'"Exhibit-B" filmée lors du Holland Festival):

 

 

"Exhibit-B" montre des scènes issues de l’histoire coloniale et post-coloniale.

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