Expo: Le Pérugin, maître oublié de la peinture italienne

Expo: Le Pérugin, maître oublié de la peinture italienne

Publié le :

Mardi 28 Octobre 2014 - 09:26

Mise à jour :

Jeudi 06 Novembre 2014 - 17:21
Extrêmement célèbre et admiré par ses contemporains, Le Pérugin (1450-1523) est aujourd’hui peu connu des Français. Près de cinq siècles après la mort de ce virtuose de la peinture de la Renaissance italienne, le musée Jacquemart-André à Paris met à l’honneur jusqu’au 19 janvier celui qui fut le maître de Raphaël.
©Courtesy National Gallery of Art/Washington
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Astrid Seguin

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Pour ses contemporains, Pietro Vannucci –dit Le Pérugin-, était sans conteste "l’un des plus grands peintres d’Italie". Aujourd’hui tombé dans l’oubli, ce maître de la peinture italienne de la Renaissance est réhabilité par le musée Jacquemart-André (8e arrondissement de Paris) qui lui consacre une exposition jusqu’au 19 janvier.

Les portraits représentant Le Pérugin brossent les traits d’un homme au regard sévère, aux lèvres pincées, légèrement enrobé. Les historiens de l’art prêtent même à l’homme un caractère colérique. Un trait de personnalité bien éloigné de la douceur et de la sérénité qui émanent des toiles de cet artiste né vers 1450 près de Pérouse (centre de l’Italie).

Ses vierges à l’enfant, notamment, lui valurent une renommée dans l’ensemble de l’Italie et au-delà en Europe. Dans l’exposition, une salle est réservée à ces représentations. Les madones à l’enfant du Pérugin côtoient celles de Caporali et Botticelli, pour mieux comparer les évolutions de la représentation de ces deux personnages bibliques.

Ces toiles du Pérugin captivent le regard par une luminosité et une douceur intense.  L’artiste utilisa le visage de sa femme, Chiara Fancelli –qui était selon les dires d’une grande beauté– pour illustrer celui de la Vierge. On raconte même que le Pérugin prenait lui-même grand soin de la coiffure et de la parure de son épouse, chose peu commune à l’époque. 

Chapelle Sixtine

Le Pérugin a consacré la quasi-totalité de sa peinture à des scènes de dimension religieuse. Une peinture en adéquation avec les attentes de la société florentine, en demande d’un art emprunt de recueillement et de paix.

L’artiste portait également une attention toute particulière aux paysages, inspirés de la campagne ombrienne, et dans lesquels des arbres filiformes se détachent finement d’un ciel saisi aux premières heures du jour. Ces paysages champêtres empruntent à la fois à l’art florentin et flamand. Dans L’Annonciation (vers 1498), accrochée dans la seconde partie de l’exposition, la lumière du soleil inonde la toile jusque dans le palais avant de sortir du tableau.

De son vivant, Le Pérugin a suscité l’intérêt de personnalités illustres et notamment celle du pape Sixte IV. En 1480 le souverain pontife lui demande de réaliser, de concert avec Botticelli, Ghirlandaio et Rosselli, la décoration de la Chapelle Sixtine, toujours visible au Vatican.

La précision avec laquelle Le Pérugin ciselait les corps était particulièrement appréciée. Elle lui venait de son passage par l’atelier de Verrocchio, dans lequel les artistes pouvaient travailler à partir de mannequins de cire ou de cadavres. La superbe Sainte Marie-Madeleine en témoigne. Le Pérugin reçut de très nombreuses commandes, notamment vers 1500 alors qu’il était au sommet de son art, et jusqu’à sa mort à 73 ans de la peste.

Maître de Raphaël

La cinquantaine de toiles rassemblées dans le musée parisien ne sont qu’un aperçu de l’ampleur de l’œuvre du "divin pittore" (le divin peintre), comme l’avaient surnommé ses contemporains. Pourtant, Le Pérugin est aujourd’hui d’avantage connu non pour sa peinture mais parce qu’il fut le maître d’un jeune artiste qui devint l’un des plus célèbres de l’histoire de la peinture italienne: Raphaël, de 33 ans son cadet. Un fait qui justifie le titre de l’exposition, "Le Pérugin, maître de Raphaël".

L’exposition interroge le lien artistique des deux peintres. Il y eut entre les deux hommes une complicité mêlée de concurrence, le disciple venant à surpasser le maître. "Raphaël ne serait jamais devenu l’artiste qu’il fut sans Le Pérugin", insiste la commissaire de l’exposition et ancienne directrice de la Galerie nationale d’Ombrie, Vittoria Garibaldi.

Les similitudes des fresques Prédelle du retable de Fano du Pérugin et Prédelle du retable Oddi de Raphaël invitent à la comparaison, en fin d’exposition. L’Archange Gabriel (Polyptyque de Saint Augustin) (1502-1512) du Pérugin, dernier tableau de l’exposition, semble pointer du doigt les fragments du Couronnement de saint Nicolas de Tolentino (1500-1501) de Raphaël. Comme pour désigner la relève artistique, l’éclosion d’une nouvelle  génération d’artistes italiens de talent dont Michel-Ange et Léonard de Vinci feront aussi partie.

 

"Le Pérugin, maître de Raphaël"

Musée Jacquemart-André

158 boulevard Haussmann 75008 Paris

12 septembre- 19 janvier 2015

Du lundi au dimanche de 10h à 18h, nocturnes le jeudi jusqu’à 20h30.

Tarifs: de 10 à 12€. Gratuit pour les moins de 7 ans.

Le tableau La Vierge à l’enfant (vers 1500), le Pérugin. ©Courtesy National Gallery of Art/Washington


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