"L'Art et l'enfant": les mille visages de l'enfance au musée Marmottan

"L'Art et l'enfant": les mille visages de l'enfance au musée Marmottan

Publié le :

Mardi 14 Juin 2016 - 17:40

Mise à jour :

Mercredi 15 Juin 2016 - 10:49
©Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown, Massachusetts, USA (photo by Mickael Agee)
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Raphaëlle de Tappie

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Au travers d'une exposition intitulée "L'Art et l'enfant", le musée Marmottan Monet s'interroge sur l'évolution du statut de l'enfant à travers la peinture au fil des siècles. Jusqu’au 3 juillet, le spectateur pourra redécouvrir des chefs d'oeuvre tels que "L'Enfant à l'oiseau" de Renoir, "Le Peintre et l'enfant" de Picasso ou encore "L’enfant au toton" de Chardin sous un oeil nouveau.

Enfant-Dieu, roi, bourgeois, révolutionnaire, orphelin ou choyé... de Chardin à Cézanne en passant par Renoir et Picasso, de nombreux peintres d'envergure se sont intéressés à la figure de l'enfant. Par le biais d'une exposition sobrement intitulée L'Art et l'enfant, le musée Marmottan Monet retrace l'évolution du statut de l'enfant à travers la peinture au fil des siècles. Jusqu'au 3 juillet 2016.

Le Christ fut le premier enfant jamais représenté dans l'iconographie occidentale. Aussi l'exposition s'ouvre-t-elle sur La présentation au temple. Attribuée à André Beauneveu et Jean de Liège, cette oeuvre illustre la prépondérance de l'enfant-Dieu dans la peinture jusqu'à la fin du Moyen Age. A partir de la Renaissance au XVIème sièle arrive ensuite la figure de l'enfant-Roi, comme le montrent ici les nombreux portraits représentant le jeune Louis XIV. "Jusqu'au milieu du XVIIIème siècle, l'enfant n'est pas représenté pour ce qu'il est mais en tant que maillon d'une lignée. On le montre systématiquement comme un petit adulte, comme la promesse de l'homme qu'il sera plus tard et la pérennité qu'il garantira à une dynastie, que ce soit celle des Valois ou des Bourbons", explique Marianne Mathieu, adjointe au directeur et Chargée des collections et de la communication du Musée Marmottan à FranceSoir. A cette époque, la tendresse familiale n'existe pas. En témoigne ce tableau extrêmement sophistiqué et froid représentant Anne d'Autriche et ses enfants. "Cette distance s'explique du fait de la mortalité infantile. Un enfant sur quatre meurt avant l'âge de un an", analyse Marianne Mathieu.

Mais, avec l'arrivée des Lumières et les progrès de la science au milieu du XVIIIème siècle, l'enfant commence à exister en tant qu'être à part entière dans la société. Rousseau publie Emile ou de l'éducation, la médecine s'acharne à faire baisser la mortalité infantile et encourage les femmes à allaiter, de nouvelles techniques d'accouchement se développent et le gouvernement prend enfin conscience qu'un Etat n'est fort que du nombre de ses sujets. "C'est ce qu'on appelle le populationnisme", explique Marianne Mathieu. "Cette évolution sociale va entraîner le triomphe du sentiment familial. Avec la lutte contre la mortalité infantile, on peut enfin s'attacher aux enfants. Pour la première fois, on voit des tableaux où les parents enlacent leurs enfants", poursuit-elle. Apparaissent également des oeuvres montrant des enfants seuls, en train d'étudier (apprentissage du tricot ou des évangiles pour les filles, éducation académique et livresque pour les garçons) ou de jouer à la toupie ou aux cartes.  

Au XIXème siècle, l'enfant devient un sujet de peinture primordial. Les artistes ne s'intéressent plus seulement aux jeunes privilégiés mais à tous ceux qui se sont battus pour la liberté. La mort du jeune Bara de David représentant Joseph Bara, jeune tambour de l'armée républicaine tué par des Vendéens, fait de l'enfant le symbole du martyr de la Révolution. Les Petits patriotes de Philippe Auguste Jeanron illustre avec une force qui rappelle La Liberté guidant le peuple les garçonnets qui luttèrent sur les barricades pendant les Trois Glorieuses en 1830. Ces jeunes Gavroche livrés aux armes côtoient les orphelins des villes, comme le Martyr, marchand de violettes de Pelez ou Le petit cireur de bottes à Londres de Jean Bastien-Lepage. Aux oeuvres tragiques des naturalistes s'opposent celles plus légères des impressionnistes, chantres d'une enfance choyée. 

Au XXème siècle, l'enfant n'est plus seulement un sujet de peinture mais une véritable source d'inspiration pour les artistes de l'avant-garde, comme Dubuffet et Chaissac. Ces derniers vont puiser dans les créations enfantines comme dans les arts primitifs pour fonder leur art brut, en opposition à l'art d'élite codifié qu'ils arborent. Picasso lui-même se rêve en enfant. “Quand j'étais enfant je dessinais comme Raphaël mais il m'a fallu toute une vie pour dessiner comme un enfant", dit-il. Toute une vie de travail et de persévérance au terme de laquelle il accouchera de son oeuvre Le peintre et l'enfant, double autoportrait où l'enfant échevelé brandit un pinceau d'un air victorieux sous le regard du vieux peintre barbu. De quoi troubler une toute dernière fois le spectateur repu d'avoir parcouru quatre siècles de peinture en une petite heure. 

 

Informations pratiques 

L'art et l'enfant au Musée Marmottan Monet du 10 mars 2016 au 03 juillet 2016
2, rue Louis-Boilly 75016
Paris 01 44 96 50 33. Métro Muette, RER C gare Boulainvilliers
Ouvert les mardi, mercredi, vendredi, samedi et dimanche de 10 à 18h, les jeudis de 10 à 21h.
Tarif: 11 ou 6,5€. 

 

Avec "L'Enfant à l'oiseau", Renoir se fait le chantre d'une enfance choyée.

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