"The Birth of a Nation": naissance d'une nation, côté noir (VIDEO)

La révolte des esclaves

"The Birth of a Nation": naissance d'une nation, côté noir (VIDEO)

Publié le :

Lundi 09 Janvier 2017 - 17:08

Mise à jour :

Mercredi 11 Janvier 2017 - 11:06
Le film "The Birth of a Nation", ce mercredi sur les écrans, raconte l'histoire vraie de Nat Turner, un Noir américain qui mena une sanglante révolte d'esclaves en 1831. Le titre s'inspire de "Naissance d'une nation", le film de 1915 de D.W. Griffith controversé pour son discours raciste.
©20th Century Fox

Auteur : Jean-Michel Comte

  
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C'est, lit-on au début du générique, "inspiré d'une histoire vraie". Le film The Birth of a Nation, qui sort ce mercredi 11 sur les écrans français, raconte l'histoire peu connue de Nat Turner, esclave noir qui mena une révolte sanglante –et ratée– contre les Blancs en 1831.

C'était une trentaine d'années avant la guerre de Sécession. Dans l'État de Virginie, Nat Turner travaille dans les champs de coton mais, ayant appris à lire très jeune chez sa maîtresse blanche, c'est un esclave cultivé. Il est très croyant et, armé de sa Bible, il prêche la bonne parole quand les Noirs se réunissent.

Ce prédicateur très écouté des siens est plutôt bien traité par ses propriétaires blancs. Mais ce n'est pas le cas de tous les esclaves. Certains ont tendance à ne pas obéir au doigt et à l'œil, et leurs maîtres blancs voudraient bien obtenir de l'aide pour les calmer et les faire travailler davantage.

Le propriétaire de Nat Turner, qui connaît des difficultés financières, accepte alors une offre d'autres familles de fermiers blancs: il leur prête son esclave pour utiliser ses talents de prêcheur et, sous couvert de religion, inciter les autres Noirs à la discipline. Mal à l'aise, Nat Turner s'exécute et prêche la soumission et la prière comme seule attitude à adopter. Jusqu'au jour où il ne supportera plus les brimades et atrocités subies par les siens et notamment par sa femme, jeune esclave avec qui il a eu un enfant…

C'est l'acteur noir Nate Parker, 37 ans, peu connu du grand public (et impliqué récemment dans une affaire de viol datant de 1999), qui interprète le rôle principal dans ce film qui est son premier comme réalisateur. Il a décidé de reprendre, un siècle plus tard, le même titre que le film de D.W. Griffith Naissance d'une nation (1915), qui raconte la guerre de Sécession et la reconstruction du pays avec les yeux des Sudistes et en faisant l'apologie du Ku Klux Klan. "Pour moi, intituler ce film The Birth of a Nation était une manière de me réapproprier ces mots, de réparer une injustice et de transformer ce titre en source d’inspiration", explique-t-il.

Le film est réalisé avec efficacité et conviction, n'évitant pas (à quelques exceptions près) les clichés gentils Noirs/méchants Blancs mais ménageant, avant la révolte finale, pas mal de moments d'émotion. L'intérêt principal du film est de donner enfin sa place, au cinéma, à un personnage controversé de l'histoire américaine, extrémiste pour les uns, héros pour les autres. "Nat Turner s’est mû en leader en dépit d’incroyables obstacles", explique Nate Parker. "Dans la culture populaire, l’esclavage est souvent traité à travers des histoires de souffrance et de persévérance, mais l’histoire de Nat Turner est bien plus que cela: c’était un esclave mais également un rebelle qui s’est élevé contre l’injustice. Son histoire devait être racontée avec sincérité, elle est incroyablement pertinente et témoigne de l’aspiration à la paix raciale dans ce pays".

The Birth of a Nation s'inscrit dans une lignée d'autres films évoquant la question de l'esclavagisme et de la ségrégation raciale dans l'histoire plus ou moins récente des États-Unis. Le cinéma américain n'a pas attendu pour traiter de la question (d'Autant en emporte le vent à La couleur pourpre en passant par Devine qui vient dîner), qu'ont  évoquée récemment des réalisateurs blancs: Tate Taylor (La couleur des sentiments), Quentin Tarantino (Django Unchained), Gary Ross (Free State of Jones) ou Jeff Nichols (Loving, sur les écrans français le 15 février).

Mais la nouveauté, ces dernières années, est que ce sont aussi des réalisateurs ou réalisatrice noirs qui, comme Nate Parker, font entendre la voix de la communauté afro-américaine à Hollywood: Lee Daniels avec Le majordome, Steve McQueen avec 12 Years a Slave ou Ava DuVernay avec Selma. Une tendance qui a aussi vu se développer depuis plusieurs mois la polémique sur le peu de place laissée aux réalisateurs, réalisatrices, acteurs et actrices noirs dans les récompenses annuelles du cinéma américain, et notamment aux Oscars –plus d'un siècle après le Naissance d'une nation de D. W. Griffith dans lequel les personnages noirs étaient joués par ces acteurs blancs maquillés.  

(Voir ci-dessous la bande-annonce du film):

 

Auteur : Jean-Michel Comte

 
Nate Parker interprète Nat Turner, premier esclave noir à s'être révolté.