"Border": mystère, horreur et fantastique à la suédoise (vidéo)

"Border": mystère, horreur et fantastique à la suédoise (vidéo)

Publié le :

Lundi 07 Janvier 2019 - 11:49

Mise à jour :

Mardi 08 Janvier 2019 - 12:26
©Metropolitan FilmExport
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Jean-Michel Comte

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Une douanière suédoise dotée d'un sixième sens rencontre un homme qui lui ressemble: les deux, physiquement monstrueux, vont s'attirer mutuellement. C'est le point de départ du film suédois "Border", étrange et déroutant, primé lors du dernier Festival de Cannes.

SORTIE CINÉ – Il reste plus de 11 mois mais le film Border, qui sort ce mercredi 9 janvier, sera peut-être le plus glauque –et l'un des plus originaux– de l'année 2019. Mélange de mystère, d'horreur et de fantastique, ce film suédois a reçu en mai dernier le Prix Un Certain Regard, la section parallèle officielle du Festival de Cannes.

Tina, au physique ingrat (elle a un visage quasi monstrueux), travaille aux douanes suédoises et a un don pour flairer, au sens propre comme au sens figuré, les individus suspects. "Je peux sentir ces choses: la honte, la culpabilité, la colère", explique-t-elle à ses collègues.

Elle habite dans une maison en bois en pleine forêt, avec son compagnon passionné de chiens de combat et de courses de chevaux, qui passe son temps affalé dans le canapé à boire des bières devant la télé. Pas rancunière, elle aime la nature.

Un jour, lors d'un contrôle, elle croise un homme aussi laid qu'elle, à la dentition en désordre et aux ongles sales. Il s'appelle Vore et elle le rencontre à nouveau peu après, qui récolte des asticots dans un parc pour les manger crus. Il lui fait goûter: "C'est pas mauvais, hein?"

Tina semble fascinée voire attirée par Vore, et le revoit. Elle va s'apercevoir qu'il a la même cicatrice qu'elle a dans le dos depuis l'âge de 3 ans, lorsqu'elle fut frappée par la foudre. Et surtout qu'il cache quelque chose –mais, pour une fois, elle n'arrive pas à savoir quoi…

Le réalisateur du film, coproduction suédo-danoise, est Ali Abbasi, 37 ans, un Iranien venu s'installer en 2002 en Suède puis au Danemark. Border est son deuxième long-métrage après Shelley en 2016, film d'horreur sur la gestation pour autrui.

Il décrit son film comme une "love story", mais c'est le mystère, le suspense, l'horreur et le fantastique qui caractérisent cette histoire non conventionnelle, bizarre. Le malaise s'installe peu à peu, l'atmosphère est lourde, les images sombres. Avec une enquête parallèle sur des pédophiles, à laquelle contribue Tina la douanière.

On voit vite que Tina et Vore ne sont pas comme les autres. Avec son titre faisant référence à la frontière à la fois entre deux pays mais aussi entre les humains et les autres êtres vivants, Border parle de la différence, de ce qu'est "l'autre", du fait d'appartenir à une minorité (ethnique, intellectuelle, sexuelle). "Même si je ne suis pas très investi dans les problématiques autour de la question raciale, j’ai un sens très aigu et intime de ce que signifie la «minorité», et ce depuis mon enfance", explique le réalisateur. "Appartenir à la minorité, ce n’est pas seulement une question de couleur de peau, c’est aussi et surtout une question de personnage différent des autres. Je fais partie de la minorité aussi bien en Iran qu’à Copenhague".

Pour tourner ce film singulier, les deux acteurs principaux ont dû se métamorphoser physiquement: l'actrice suédoise Eva Melander et l'acteur finlandais Eero Milonoff ont dû prendre chacun une vingtaine de kilos pour le rôle, et passaient plusieurs heures au maquillage chaque jour. A l'écran, la transformation est étonnante (voir ici le vrai visage des deux acteurs, lors du dernier Festival de Cannes), surtout pour Eva Melander qui réalise une performance d'actrice bluffante, son masque en silicone ne l'empêchant pas de renifler, ouvrir les narines, bouger sa lèvre supérieure, grincer des dents et donner une profondeur, une humanité et une note d'espoir inattendues à son personnage peu banal.

L'acteur Eero Milonoff (à gauche) et l'actrice Eva Melander ont subi une transformation physique, avec des masques de silicone, pour interpréter les deux rôles principaux.


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