Critique – "L'Heure de la sortie": les inquiétants élèves surdoués de Laurent Lafitte (vidéo)

Critique – "L'Heure de la sortie": les inquiétants élèves surdoués de Laurent Lafitte (vidéo)

Publié le :

Lundi 07 Janvier 2019 - 10:05

Mise à jour :

Jeudi 10 Janvier 2019 - 09:09
©Haut et Court
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Jean-Michel Comte

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CRITIQUE – Dans "L'Heure de la sortie", qui sort ce mercredi, Laurent Lafitte interprète un prof qui remplace un collègue suicidaire dans un collège privé de province et se retrouve confronté à une classe d'élèves surdoués, hostiles et inquiétants.

SORTIE CINÉ – Non, ce n'est pas un biopic sur Sheila. Laurent Lafitte, en prof de français remplaçant, doit faire face à des élèves adolescents inquiétants dans le thriller psychologique L'Heure de la sortie, ce mercredi 9 janvier sur les écrans.

Dans le collège privé Saint-Joseph, en province, on est en fin de deuxième trimestre quand le prof de français de la classe de 3e-1 se défenestre. Pierre Hoffman (Laurent Lafitte), 40 ans, professeur suppléant, qui finit une thèse sur Kafka, est appelé pour le remplacer.

La 3e-1 est une classe pilote, pas comme les autres: les 12 élèves qui la composent sont des "EIP", des "enfants intellectuellement précoces". Originaires de familles aisées, ils parlent comme des adultes, sont sérieux et appliqués et, très solidaires, accueillent avec froideur et prudence leur nouveau professeur.

Très vite la tension monte entre eux et lui, à coups de réflexions, d'incidents, d'affrontements verbaux. Et, un jour, lors d'une sortie à vélo, le prof a l'occasion de suivre et d'espionner un groupe de six d'entre eux, dont Apolline, l'une des meneuses. Il découvre qu'ils ont des activités inquiétantes et mystérieuses, et va tenter de savoir ce qu'ils manigancent…

C'est le deuxième long-métrage de Sébastien Marnier, romancier, scénariste et cinéaste de 39 ans, après Irréprochable en 2016, avec Marina Foïs, un thriller dans le monde des agents immobiliers. Ici, explique-t-il, "l’élément fondateur de ce projet était de trouver la manière de donner à ressentir l’opacité du monde adolescent. L’Heure de la sortie ne parle que de ça: comment les adultes que nous sommes ne parviennent presque jamais à percer le mystère de l’adolescence. Et pourtant nous en avons tous été!".

Les six étudiants épiés par le prof semblent terrifiés par la menace écologique, ont une vision nihiliste de l'avenir et croient la planète condamnée. Ils sont surdoués et comprennent ce que beaucoup d'adultes refusent d'admettre. De là à passer à l'action, c'est ce que craint le prof…

"Ce qui me frappe le plus depuis quelques années, c’est de voir plusieurs catastrophes se dessiner sous nos yeux et pourtant, la plupart de nos dirigeants et les lobbies financiers y restent aveugles", explique le réalisateur, qui glisse ce message en filigrane de ce thriller psychologique. "Leurs décisions vont presque toujours dans le mauvais sens et l’on sent que le monde pourrait basculer d’un jour à l’autre à plusieurs endroits de la planète. Sur les questions terroriste et écologique, c’est frappant. Et à chaque fois, c’est la même chose: il faut attendre que la catastrophe se produise pour que le +vivre ensemble+ et la prise de conscience collective puissent prendre corps".

L'ambiance du film, malgré le grand soleil de l'été qui approche, est lourde et sombre, et le suspense monte peu à peu, dans une réalisation habilement anxiogène. Mystère, angoisse, voire séquences virant au fantastique: on se dit peu à peu que tout cela va mal finir, mais comment, mais pourquoi, mais quand?...

Laurent Lafitte, vu récemment dans Un peuple et son roi et dans Au revoir là-haut dans des rôles très différents, montre ici encore la variété de son talent, impeccable en prof sûr de lui au départ mais peu à peu perturbé, inquiet, désemparé face aux cafards qui envahissent son appartement, face aux coups de fil anonymes en pleine nuit sur son portable, face à la jeune génération dont il a du mal à percer les obscurs secrets…

Lire les critiques:

> Un peuple et son roi: le lourdingue film "citoyen"

> Au revoir là-haut: Albert Dupontel raconte les gueules cassées et les cœurs brisés de la Grande Guerre

Laurent Lafitte est perplexe devant l'hostilité des élèves de la classe dans laquelle il débarque comme prof suppléant.


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