Critique- "Un peuple et son roi": le lourdingue film "citoyen" (vidéo)

Critique- "Un peuple et son roi": le lourdingue film "citoyen" (vidéo)

Publié le :

Mardi 25 Septembre 2018 - 07:50

Mise à jour :

Mardi 25 Septembre 2018 - 12:18
©Jérôme Prébois/StudioCanal
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Jean-Michel Comte

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CRITIQUE – Fresque historique qui mêle événements réels et personnages fictifs, le film "Un peuple et son roi", dans les salles ce mercredi, raconte la Révolution française entre la prise de la Bastille et la mort du roi Louis XVI.

SORTIE CINÉ – "Citoyen". Plus de 200 ans avant de redevenir à la mode comme adjectif ("nettoyage citoyen", "battue citoyenne", "banque citoyenne"), "citoyen" l'était comme substantif. On le prononce des dizaines de fois dans Un peuple et son roi, l'ambitieux mais emphatique film sur la Révolution française réalisé par Pierre Schoeller, qui sort ce mercredi 26 septembre sur les écrans.

Le film évoque la période qui va de la prise de la Bastille (14 juillet 1789) à l’exécution de Louis XVI (21 janvier 1793) en mêlant personnages historiques réels et gens du peuple fictionnels. Au-delà d'un simple alignement chronologique des événements, c'est la participation active du peuple à la Révolution et à la construction d'un monde nouveau qui est racontée, et son rapport à la royauté en passe de devenir l'Ancien Régime.

"En 1789, c’est tout un peuple qui se met à s’imaginer une autre existence, toute une nation qui bâtit une nouvelle société", explique le réalisateur. "En mettant le peuple des faubourgs, et surtout les femmes, au centre des événements, je voulais redonner à la Révolution française son visage populaire et contemporain".

Les personnages représentant le peuple tournent autour de l'atelier d'un souffleur de verre du faubourg Saint-Antoine (Olivier Gourmet) et de sa femme Solange (Noémie Lvosky): Françoise (Adèle Haenel) et Margot (Izïa Higelin), deux jeunes lavandières liées à la vie à la mort, Basile l'indigent sans famille et sans nom que l'on recueille (Gaspard Ulliel), deux jeunes enfants, un comédien, quelques autres. Dans la catégorie "peuple" il y a aussi deux personnages réels: Reine Audu, fruitière surnommée "la Reine des Halles" (Céline Sallette), et le curé Norbert Pressac, ecclésiastique prêchant le pardon en plantant des "arbres de la Liberté" (Stéphane De Groodt).

Du côté de la grande Histoire, le film passe brièvement par Versailles, les Tuileries, l'Assemblée, le Champ-de-Mars avec les personnages historiques que sont le roi Louis XVI (Laurent Lafitte), la reine Marie-Antoinette et leur jeune fils, Robespierre (Louis Garrel), Marat (Denis Lavant), Saint-Just, Danton, Camille Desmoulins, Sieyès, Condorcet…

Pierre Schoeller, qui avait déjà abordé le politique et le social, mais à l'époque contemporaine, dans ses films précédents Versailles (2008) et L’exercice de l’Etat (2011, voir la bande-annonce ici), a travaillé pendant sept ans au scénario et à la réalisation de cette fresque historique. Lui et les producteurs espéraient être sélectionnés pour le dernier Festival de Cannes, mais le film n'a pas été retenu.

On croit comprendre pourquoi en le voyant. Dès le début, la réalisation fait penser à du théâtre filmé, avec des dialogues qui sonnent faux, lancés comme des slogans, et des personnages tellement typés et symboliques qu'ils en deviennent caricaturaux (le maître verrier plein de sagesse répandant les idées progressistes, sa femme Solange donneuse de leçons, Françoise la féministe qui s'émancipe, Basile le moins-que-rien qui va devenir l'exemple des sans-culottes et prendre l'ascenseur social).

Tout est lourdingue, appuyé, démonstratif, à l'image de cette scène, au début, dans laquelle la démolition de la Bastille permet au soleil d'inonder la rue dans laquelle vit tout ce petit peuple. Ou ces femmes qui chantent ensemble (les chansons ont réellement existé) comme dans une manif unitaire des enseignants un jour de grève entre Bastille et Nation ou comme dans une pub pour purée lyophilisée. Ou cette voix off qui lit de manière ampoulée la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen

Plus réussies sont les scènes racontant les vrais événements, et notamment en fin de film les débats à l'Assemblée, lors du procès du roi, dans la salle du Manège (mais c'est sans doute qu'on s'est habitué, pendant deux heures, à l'impression "théâtre filmé" que donne la réalisation). Tous les faits et tous les dialogues sont historiquement authentiques: "notre plus grand allié dans l’histoire, ce sont les mots, les paroles de ces députés. Vous entendez leurs mots. Il n’y a eu aucune réécriture, aucun changement dans la chronologie, seulement des coupes et du montage", explique le réalisateur, qui a écrit le scénario en s'aidant de plusieurs historiens renommés.

Lire la critique – "Les Visiteurs" ratent leur Révolution

Son ambition de mêler l'intime à la grande Histoire, personnages du peuple et figures célèbres, était louable. Et la reconstitution historique n'est pas en cause: il ne manque pas un bouton de guêtre à ce film à gros budget qui se voulait "film historique qui ne sente pas le magasin d’antiquités", dit Pierre Schoeller. "Durant tout le tournage, j’ai fait la chasse à la naphtaline! J’ai demandé du présent, que les faucilles et les faux coupent les herbes, que les chansons soient a cappella, que le verre sorte à 1.200 degrés du four, que les nuits soient éclairées aux bougies et aux torches, que les foules ne soient pas qu’une collection de pixels…"

Quelques rares moments de beau cinéma surgissent ça et là: Louis XVI voyant apparaître en rêve ses prédécesseurs Louis XI, Henri IV, Louis XIV; ou la fillette dansant sous une pluie de plumes des édredons et matelas éventrés aux fenêtres du Palais des Tuileries, fait historique avéré.

Mais le défilé de nombreux acteurs connus –qui auraient fait, certes, un beau tapis rouge à Cannes– rend parfois difficilement crédibles leurs personnages (Stéphane De Groodt en curé révolutionnaire, Louis Garrel en Robespierre, Denis Lavant en Marat). Et surtout la lourdeur des personnages populaires enlève l'envergure, l'authenticité, la simplicité, l'émotion non programmée qu'on pouvait espérer de ce film "citoyen" aux bonnes intentions mais finalement pompeux et décevant.

Louis Garrel joue Robespierre, que l'on voit peu dans le film.


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