"La danseuse": Soko, caractère fort et grâce artistique (VIDEO)

"La danseuse": Soko, caractère fort et grâce artistique (VIDEO)

Publié le :

Mardi 27 Septembre 2016 - 01:36

Mise à jour :

Mardi 27 Septembre 2016 - 14:48
©Shanna Besson/Wild Bunch
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Jean-Michel Comte

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La film "La danseuse", ce mercredi dans les salles, est un biopic sur l'Américaine Loïe Fuller, qui révolutionna la danse au début du siècle dernier, avant de lancer Isadora Duncan. Les deux danseuses sont interprétées par Soko et Lily-Rose Depp.

Elle révolutionna la danse et les arts scéniques au début du XXe siècle et connut une gloire mondiale à l'époque, mais le grand public, aujourd'hui, n'a pas retenu son nom. Le film La danseuse (ce mercredi 28 sur les écrans) rend justice à l'Américaine Loïe Fuller, interprétée avec une force de caractère et une grâce artistique peu communes par la chanteuse et actrice Soko.

Née dans le grand Ouest américain, Loïe Fuller vit depuis une vingtaine d'années dans un ranch avec son père quand celui-ci est assassiné. Elle rejoint alors sa mère à New York et entame une carrière d'actrice, avec de petits rôles. Mais c'est la danse qui la fait vibrer, et elle commence à se faire remarquer, dans les entractes de quelques spectacles, par un numéro où sa longue robe blanche lui donne l'allure d'un papillon.

Elle débarque ensuite à Paris, où elle met au point un numéro époustouflant, la Danse Serpentine, cachée sous des mètres de soie, les bras prolongés de longues baguettes en bois, sous des éclairages sophistiqués. Ce spectacle inédit et fascinant séduit le directeur des Folies-Bergère (François Damiens) et son assistante (Mélanie Thierry).

Loïe Fuller monte sa troupe et, ne se contentant pas de danser, s'occupe de tout: mise en scène, chorégraphie, éclairages, costumes. Son succès va la conduire au sommet, à l'Opéra de Paris. Mais sa rencontre avec une jeune prodige, au fort caractère comme elle et avide de gloire, Isadora Duncan (Lily-Rose Depp), va précipiter sa chute…

La réalisatrice française Stéphanie Di Giusto, dont c'est le premier long métrage, a été séduite par le travail, l'énergie, la volonté qui, outre son talent artistique, animait Loïe Fuller, au physique non prédestiné à la danse. "Elle ne possède aucun des canons de beauté en vogue à l'époque. Son physique est ingrat, elle a la robustesse et la puissance d'une fille de ferme et se sent prisonnière d'un corps qu'elle a déjà envie d'oublier. Mais d'instinct, elle s'invente un geste et va traverser le monde grâce à lui. La beauté naturelle qu'elle n'a pas, elle va la fabriquer à travers son spectacle et, ainsi, se libérer grâce à l'art. Elle va réinventer son corps sur la scène".

Le film montre notamment, derrière le talent, les efforts physiques que s'est imposés l'héroïne: sa chorégraphie et ses éclairages l'ont fait souffrir du dos et ont endommagé ses yeux. Mais le résultat émerveillait le public et est, dans ce film, bien rendu par quelques séquences, dont les images d'une danse sur la musique des Quatre saisons qui sont parmi ce que l'on a vu de plus beau sur un écran depuis longtemps. "Une ivresse d'art", comme l'écrivit à l'époque le critique du Mercure de France.

C'était un défi pour la réalisatrice, car aucune des performances de Loïe Fuller n'a jamais été filmée: "Malgré son insistance, Loïe Fuller a toujours refusé à Thomas Edison, qui était pourtant son ami, d'immortaliser sa danse sur de la pellicule. +Il est hors de question qu'on m'enferme dans une boîte+, lui disait-elle. Et les images qui circulent sur YouTube ne sont que de pâles captations d'imitatrices".

Soko, plus connue comme chanteuse de rock indépendant et post-punk que dans le monde du cinéma (à l'exception de sa vie privée, puisqu'elle fut pendant quelques mois la compagne de l'actrice américaine Kristen Stewart), joue ici son premier grand rôle avec énergie et assurance, mais aussi un joli sens de la nuance.

Aux côtés de François Damiens, Mélanie Thierry et Gaspard Ulliel (dans le personnage, inventé pour le film, d'un aristocrate décadent ami de Loïe Fuller), c'est aussi un premier grand rôle pour Lily-Rose Depp, 16 ans au moment du tournage, fille de Johnny Depp et Vanessa Paradis. Très convaincante elle aussi mais dans un autre style que Soko, elle apparaît au bout d'une heure, dans la peau d'Isadora Duncan, cadette de 15 ans de Loïe Fuller, donnant de l'épaisseur à la fin du film.

"Isadora Duncan incarne tout ce que Loïe Fuller ne peut pas être: la jeunesse, le génie et la grâce. C'est elle la danseuse. Il lui suffit d'apparaître quand Loïe soit s'entraîner durant des heures et user de mille artifices. Cette forme d'injustice m'intéressait: on est tous confrontés à ses limites un jour ou l'autre", dit la réalisatrice. Et d'ajouter: "Dernière facétie de la vie: Loïe Fuller est enterrée au Père Lachaise à 100 mètres d'Isadora Duncan. Sa tombe est enfouie dans la végétation quand celle d'Isadora est magnifiquement entretenue. L'injustice perdure".

(Voir ci-dessous la bande-annonce du film):

Soko interprète avec conviction le personnage réel de Loïe Fuller, danseuse du début du XXe siècle.


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