"Le Redoutable": Godard hargneux, drôle et amoureux (VIDÉO)

Iconoclaste

"Le Redoutable": Godard hargneux, drôle et amoureux (VIDÉO)

Publié le :

Vendredi 08 Septembre 2017 - 19:26

Mise à jour :

Mardi 12 Septembre 2017 - 20:09
Michel Hazanavicius, le réalisateur de "The Artist", évoque l'histoire d'amour entre Jean-Luc Godard et sa jeune épouse Anne Wiazemsky à la fin des années 60, dans son film "Le Redoutable" qui sort mercredi dans les salles après avoir été présenté au Festival de Cannes.
©StudioCanal

Auteur : Jean-Michel Comte

 
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Jean-Luc Godard imbu de lui-même et de mauvaise foi? Le public connaît cela. Jean-Luc Godard drôle et sarcastique? Ses proches et les journalistes qui l'ont côtoyé le savent. Mais Jean-Luc Godard amoureux? C'est l'aspect peu connu du cinéaste phare de la Nouvelle Vague que dévoile le film Le Redoutable, qui sort mercredi 13 dans les salles après avoir été présenté en compétition au dernier Festival de Cannes.

Il ne s'agit pas d'un biopic mais du récit de la relation amoureuse et du mariage, à la fin des années 60, entre Jean-Luc Godard et Anne Wiazemsky, racontée par celle-ci dans un livre paru en 2015, Un an après (Ed. Gallimard). C'est Michel Hazanavicius, le réalisateur des OSS-117 et de The Artist, qui a adapté le livre au cinéma.

Anne Wiazemsky, petite-fille de François Mauriac, issue d'une famille bourgeoise, a 18 ans quand elle rencontre Jean-Luc Godard, 34 ans, sur le tournage du film de Robert Bresson Au hasard Balthazar dont elle est (déjà) l'actrice principale, en 1965. Le réalisateur, marié à l'actrice Anna Karina de 1961 à 1964, a déjà derrière lui ses meilleurs films (À bout de souffle, Une femme est une femme, Le mépris, Pierrot le fou).

Quelques mois plus tard ils se revoient, tombent amoureux, tournent ensemble La Chinoise, se marient. Mais la réception houleuse du film au Festival d'Avignon à l'été 1967 et les événements de Mai 68 vont accélérer la radicalisation maoïste du cinéaste et mettre son couple en danger. Godard est amoureux mais jaloux, drôle mais hargneux, passionné mais radical, de plus en plus prétentieux, arrogant, difficile à vivre, reniant ses films passés et se sentant incompris de sa femme…

"C'est avant tout leur histoire d’amour qui m'a attiré. (…) J'ai été très touché par leur histoire, que j'ai tout de suite trouvée originale, émouvante, sexy, et tout simplement très belle", dit Michel Hazanavicius, qui n'a pas craint de déboulonner la statue de l'icône iconoclaste. "À la recherche d'idéaux et pour l'amour de la révolution, cet homme va tout détruire autour de lui. Ses idoles, son milieu, son travail, ses amis, mais aussi son couple, et même son nom, pour finir par se détruire lui-même".

Mais le ton est léger, le film n'est pas une hagiographie de Godard mais ne s'acharne pas à détruire son image, et le réalisateur a bien pris soin de faire figurer sur l'affiche la mention "Une comédie de Michel Hazanavicius". Godard n'arrête pas de casser accidentellement ses lunettes, Godard adore les mauvais jeux de mots ("Monsieur et Madame Nous ont eu une fille, ils l'ont appelée Marion"), Godard multiplie les mots d'auteur et les aphorismes comme dans un film de Lelouch ("La politique, c'est comme les chaussures: il y a la gauche, la droite, et un jour on a envie de marcher pieds nus"), Godard est insupportable mais plein d'humour.

Tout moqueur qu'il est, le film rend hommage au cinéaste en pastichant parfois son style, avec des sous-titres décalés, une alternance de couleurs vives et de noir et blanc, un montage parfois haché, un découpage en chapitres aux titres comme des slogans: "Wolfgang Amadeus Mozart", "Mao c'est du chinois", "Les liaisons dangereuses", "Avec Mao tout est plus beau", "Pierrot le mépris" (il est question de Pierre Lazareff, le fondateur de France-Soir), "Sauve qui peut (les meubles)", "Le premier des Mohicans", "Tuer Godard".

Le Redoutable (le film tire son titre du premier sous-marin nucléaire français lancé en 1967) est aussi respectueux des événements de Mai 68, avec un petit côté vintage dont ne s'est pas moqué Michel Hazanavicius: "Mai 68 a peu été représenté par le cinéma français. J’avais envie d’y remettre un souffle, des couleurs, de l’élan, de la joie. C'était important car ces images montrent pour moi le respect au premier degré de cet esprit de Mai 68. Le film est parfois irrévérencieux, voire moqueur avec Godard, et je ne voulais pas maltraiter Mai 68".

Et bien sûr le film doit beaucoup à ses deux acteurs principaux. Louis Garrel, grosses lunettes noire, crâne dégarni, barbe de trois jours, zozotant, est étonnant dans une imitation parfois au premier degré, très à l'aise dans le côté drôle du personnage et encore plus dans son côté désagréable. La jeune actrice Stacy Martin, découverte en 2014 dans Nymphomaniac de Lars von Trier, visage d'ange et corps de liane que le réalisateur ne se prive pas de filmer nu, est également très crédible et respire le naturel.

Après leur séparation en 1970, Anne Wiazemsky a continué sa carrière d'actrice (parfois avec Godard) mais surtout d'écrivain, avec une quinzaine de livres depuis les années 90. De son côté Jean-Luc Godard, aujourd'hui âgé de 86 ans, n'a collaboré ni de loin ni de près au film et ne l'a pas commenté depuis Cannes. Michel Hazanavicius lui prête cette réplique, en début de film: "Mozart est mort à 35 ans et il avait raison. Tous les artistes devraient mourir à 35 ans avant de devenir de vieux cons".

(Voir ci-dessous la bande-annonce du film):

Auteur : Jean-Michel Comte

 
Louis Garrel et Stacy Martin interprètent le couple Jean-Luc Godard/Anne Wiazemsky.

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