"Magic in the Moonlight": Woody Allen, l’ensorceleur sans illusions

"Magic in the Moonlight": Woody Allen, l’ensorceleur sans illusions

Publié le :

Mardi 21 Octobre 2014 - 08:41

Mise à jour :

Mercredi 05 Novembre 2014 - 17:44
Le Woody Allen annuel, "Magic in the Moonlight", sort sur les écrans français ce 22 octobre. Comédie légère et sentimentale, c’est l’un des meilleurs de l’imposante filmographie du réalisateur américain.
©Mars Distribution.
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Jean-Michel Comte

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Plus de 35 ans après Annie Hall, Intérieurs ou Manhattan, deux décennies après La rose pourpre du Caire ou Hannah et ses soeurs, à peine dix ans après Match Point, il serait abusif de dire que Woody Allen, 78 ans, s'améliore avec l'âge.

Pourtant, force est de constater qu'après Blue Jasmine, unanimement applaudi l'an dernier, le Woody Allen annuel cuvée 2014 est encore au-dessus de la moyenne.

Magic in the Moonlight, son 44e film, sur les écrans français ce mercredi 22 octobre, est le plus charmant, le plus agréable, le plus léger depuis longtemps –sans perdre une once du pessimisme élégant du réalisateur américain le plus prolifique de son époque.

Il a toujours été fasciné par les magiciens, "une passion de petit garçon", dit-il –et un rôle qu'il tenait dans Scoop en 2006 aux côtés de Scarlett Johansson.

Dans Magic in the Moonlight, le personnage principal est un prestidigitateur anglais, Stanley Crawford (Colin Firth) qui, à la fin des années 20, est le plus célèbre magicien du monde. Il effectue des tournées en Europe sous le déguisement et le pseudonyme d'un Chinois, Wei Ling Soo.

Arrogant, cynique, grognon et imbu de sa personne, il ne supporte pas les soi-disant médiums et voyants qui prétendent prédire l'avenir et communiquer avec l'au-delà. Quand un ami lui propose d'en démasquer un, il accepte.

En démasquer une, plus précisément: il s'agit d'une ravissante jeune femme, Sophie Baker (Emma Stone), qui, avec sa mère comme impresario, fait tourner les tables et donne des séances de spiritisme. Toutes deux sont invitées pendant quelques jours dans la somptueuse villa d'une riche famille américaine, sur la Côte d'Azur, dont la veuve espère communiquer avec son défunt mari.

Avec son ami, Stanley Crawford débarque à son tour sur les lieux, se faisant passer pour un homme d'affaires. Il est persuadé de confondre très vite la jeune extralucide mais, à sa grande surprise, c'est elle qui démasque sa véritable identité: "êtes-vous originaire d'Extrême-Orient?", lui demande-t-elle à leur première rencontre.

Et très vite, le cartésien habitué à débusquer les escrocs et autres faux médiums tombe sous le charme. Non seulement de la jeune femme –sans que ni l'un ni l'autre ne le reconnaissent, bien sûr–, mais aussi de ses performances, qui semblent des dons réels.

Sans explication rationnelle, mal à l'aise et stupéfait, troublé par cette vraie-fausse voyante, le vrai magicien se confie à sa tante, Vanessa (Eileen Atkins), qui habite la région. Dès lors, le spectateur se demande de quel côté vont pencher Colin Firth et Woody Allen à propos d'Emma Stone: petite arnaqueuse ou vraie télépathe?...

Le suspense est principalement sentimental, et si la fin semble prévisible, elle ne se présentera pas forcément sur des chemins évidents. Le tout dans une atmosphère Art Déco et des décors naturels idylliques dans le sud de la France (le film a été tourné au Cap d’Antibes, à Mougins, à Juan-les-Pins, à Roquebrune et à Nice, notamment), nouvelle étape des tournages européens de Woody Allen depuis 2005 (Londres, Barcelone, Paris, Rome).

Sur la Côte d’Azur on dîne en smoking et robe longue sur la terrasse au coucher du soleil, on nage dans les calanques, on danse dans les boîtes de jazz ou dans les bals dans les jardins des grandes villas, on se balade dans les roseraies, on fait la route de la corniche en décapotable.

En chemisiers légers, en robes de coton ou de tulle, chapeau à fleurs et sourire enchanteur, fine silhouette et grands yeux clairs, chevelure rousse, Emma Stone est aussi charmante qu'espiègle. La fiancée de Spider-Man a aussi séduit Woody Allen puisqu'elle vient d'achever, dans le Connecticut et Rhode Island (nord-est des États-Unis), le tournage de son prochain film, aux côtés de Joaquin Phoenix.

Colin Firth, lui, porte beau la veste, la cravate et le pantalon de lin, et allie à la perfection cynisme et élégance. Avant –et ce n'est pas le moindre des sortilèges– de tomber sous le charme magnétique de son «adversaire».

Comment ne pas reconnaître un peu de Woody Allen, avec 25 ans de moins, dans ce misanthrope incrédule et un peu fat, qui finalement sait se moquer de lui-même? "En fait, Dieu et la magie sont des impostures qui nous permettent de nous sentir mieux. Ceux qui prétendent avoir un don de voyance sont tous des escrocs, des charlatans, des malhonnêtes", déclarait-il récemment au Journal du Dimanche.

"En apparence, mon scénario est romantique et comique, mais le message reste pessimiste. Il n’y a ni Dieu ni magie (…). Entre la réalité et l’illusion, c’est malheureusement la réalité qui gagne à chaque fois", ajoutait-il.

Mais des films pessimistes comme cela, aux dialogues ciselés (subtile et longue scène entre Colin Firth et Eileen Atkins, vers la fin) et au charme fou, on en redemande. C'est cela la vraie magie de Woody Allen l'ensorceleur sans illusions: y'a un truc, mais on ne sait pas lequel...

 

 

Joutes oratoires entre Colin Firth et Emma Stone.


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