"Opération Beyrouth": profession négociateur (critique)

"Opération Beyrouth": profession négociateur (critique)

Publié le :

Mardi 29 Mai 2018 - 07:19

Mise à jour :

Mardi 29 Mai 2018 - 16:47
Un ancien diplomate américain à Beyrouth en 1972 rappelé dix ans après par la CIA pour une mission délicate: c'est la trame du thriller d'espionnage "Opération Beyrouth", qui sort ce mercredi.
©Warner Bros
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Jean-Michel Comte

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Suspense et géopolitique en plein conflit israélo-palestinien: le film américain Opération Beyrouth, sur les écrans ce mercredi 30 mai, est un passionnant thriller d'espionnage dont l'action se situe en 1982 au cœur de la guerre du Liban.

Dix ans avant, en 1972, dans le Beyrouth du c'était-mieux-avant où les diverses communautés ethniques, politiques et religieuses cohabitent encore avec harmonie, Mason Skiles (Jon Hamm), diplomate américain, organise une réception dans sa grande villa, en présence de sa femme libanaise et de leur fils adoptif Karim, un orphelin palestinien de 13 ans. Le meilleur ami de Skiles, l'agent de la CIA Cal Riley, débarque pour lui annoncer des nouvelles inquiétantes. Et quelques minutes plus tard, des terroristes font irruption et ouvrent le feu sur les invités: la femme de Skiles est tuée et Karim est enlevé.

Dix ans plus tard, Skiles, célibataire, a sombré dans l'alcool. Vivant désormais à Boston, il travaille dans le civil comme médiateur dans les conflits entre patrons et salariés au sein des entreprises. Jusqu'au jour où la CIA fait appel à lui pour une mission délicate: un inconnu lui remet un passeport, un billet d'avion pour Beyrouth et une forte somme d'argent.

D'abord réticent, il accepte et débarque dans une ville ravagée par la guerre, qu'il ne reconnaît plus. Il comprend alors pourquoi on l'a fait venir: des terroristes ont enlevé son ami Cal Riley, et réclament de négocier avec lui. Skiles va être aidé par Sandy Crowder (Rosamund Pike), membre de la CIA, au milieu de personnages aux intérêts divergents: espions américains et israéliens, diplomates et envoyés gouvernementaux, intermédiaires de l'OLP et terroristes. Il va devoir compter sur ses talents de négociateur pour sauver son ami et tenter de rester maître d'une situation chaotique qui semble lui échapper à chaque nouveau développement…

Le film a été tourné à Tanger par Brad Anderson, réalisateur relativement peu connu dont les films les plus marquants sont The Machinist en 2005 (avec Christian Bale) ou The Call en 2013 (avec Halle Berry). Il s'est attaché à construire un personnage intéressant, celui de cet ancien diplomate devenu alcoolique et qui reprend du service. "Très franchement, je ne connaissais pas grand-chose sur Beyrouth, si bien que c'est davantage la psychologie des personnages qui m'a intéressé. Le parcours de Mason Skiles, être torturé qui tente de se racheter en sauvant son ami, m'a captivé", dit-il.

Mais plus qu'au réalisateur, le film doit son intérêt à son scénariste, Tony Gilroy, à qui l'on doit ces dernières années les scénarios de La mémoire dans la peau, Michael Clayton et Rogue One: A Star Wars Story. Il avait achevé son scénario en 1992 et plusieurs comédiens et réalisateurs s'étaient montrés intéressés, mais le projet n'avait pas pu se faire: l'évocation, même fictive, des manigances des Américains, des Israéliens et de l'OLP dans le Liban de 1982 paraissait un sujet trop sensible. "Le problème, c'est que le scénario était très réaliste", explique Tony Gilroy. "L'OLP n'avait pas un comportement exemplaire. Israël n'avait pas un comportement exemplaire. Et le Département d'État américain n'avait pas non plus un comportement exemplaire. Aucune des forces en présence n'était épargnée, si ce n'est le protagoniste".

C'est après la sortie d'Argo, en 2012, que le projet est devenu économiquement envisageable. Le film de Ben Affleck, dont l'action est située en 1979 en Iran, a remporté l'Oscar du meilleur film et généré 232 millions de dollars de recettes mondiales, prouvant qu'un thriller politique se déroulant au Moyen-Orient pouvait être rentable pour Hollywood.

Opération Beyrouth déroule donc son intrigue à rebondissements dans un contexte de guerre du Liban (1975-1990), juste avant l'intervention israélienne de juin 1982 en réponse aux attaques de l'OLP et avant le double attentat de 1983 contre les contingents américain et français de la Force multinationale de sécurité. Le film essaye, sans toujours y parvenir, d'éviter les clichés simplistes qu'impose la situation géopolitique: gentils juifs/méchants arabes, gentils Palestiniens/méchants Israéliens, gentils opprimés/méchants impérialistes, gentils démocrates/méchants terroristes, gentils Américains/méchants Américains…

C'est le premier grand rôle de Jon Hamm, principalement connu pour son personnage de Don Draper dans la série Mad Men. Il est très crédible dans ce rôle de négociateur au cœur du chaos, à la fois fragile et fort, sympathique, bien épaulé par Rosamund Pike, révélée dans le James Bond Meurs un autre jour en 2002 (avec Pierce Brosnan et Halle Berry) et remarquée dans Jack Reacher en 2012 (avec Tom Cruise) et surtout dans Gone Girl en 2014 (avec Ben Affleck).

Rosamund Pike et Jon Hamm, unis pour une mission délicate à Beyrouth.


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