"Police": le cas de conscience de trois flics ordinaires (vidéo)

"Police": le cas de conscience de trois flics ordinaires (vidéo)

Publié le 27/08/2020 à 10:20
©StudioCanal
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Auteur(s): FranceSoir

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SORTIE CINÉ – Les policiers sont des êtres humains comme les autres. Pour ceux qui en doutaient, c'est le message du nouveau film d'Anne Fontaine, Police (ce mercredi 2 septembre sur les écrans), qui raconte les états d'âme de trois flics ordinaires, un couple formé par Omar Sy et Virginie Efira et un collègue interprété par Grégory Gadebois, confrontés à un cas de conscience.

Virginie (Virginie Efira) est l'une des rares femmes d'un commissariat parisien. Elle voulait être patineuse quand elle était petite, mais elle est flic. Mariée depuis 7 ans à un mari violent, elle a un enfant de 18 mois. C'est une femme forte, qui fait du judo et ne s'en laisse pas compter. Elle est enceinte et a pris rendez-vous pour avorter.

"Un désert dans ma tête"

Elle est enceinte d'un de ses collègues, Aristide (Omar Sy), célibataire "pas domesticable", comme il se définit. Il l'aime bien et respecte sa décision. Il semble joyeux et décontracté, il appelle souvent sa grand-mère au téléphone, il fredonne du Daniel Balavoine et du Marc Lavoine dans la voiture de patrouille. Mais au psy des services de police, il explique son mal-être: "C'est comme s'il y avait un désert dans ma tête". Quand il rentre chez lui après sa journée de travail, il se déshabille et se met en slip sur le palier et compte jusqu'à 60 devant sa porte, avant d'entrer chez lui: "Comme ça, je ne fais pas rentrer toute cette merde chez moi".

"Monsieur Propre"

Leur collègue Erik (Grégory Gadebois), 20 ans de service sans faute, est surnommé "Monsieur Propre". Mais dans la vie privée sa femme le harcèle et il essaye de ne pas retomber dans l'alcoolisme. Dans les bars, il commande un cognac juste pour le respirer, sans le boire. Dans son métier, "j'obéis aux ordres, c'est mon boulot", dit-il. Et comme Aristide, quand il se lave les mains à la fin d'une journée de travail, il dit que "l'odeur de mort, on a beau la savonner, ça ne part pas".

Un jour les trois collègues se voient obligés d’accepter une mission inhabituelle: reconduire un immigré tadjik à la frontière. Sur le chemin de l’aéroport, Virginie, en lisant son dossier, comprend que leur prisonnier risque la torture et la mort s’il rentre dans son pays. Face à ce cas de conscience, elle cherche à convaincre ses collègues de le laisser s’échapper...

Le film "est un voyage intérieur qui pose des questions métaphysiques. Ni un polar ni une analyse sociologique. Un voyage où, je l’espère, on ressent une émotion différente à glisser vers l’inconnu avec les personnages et à se laisser porter par leur trouble", explique Anne Fontaine, qui a réalisé une quinzaine de films depuis 1992, dont Nettoyage à sec, Nathalie…, La Fille de Monaco, Gemma Bovary ou récemment Blanche comme neige.

Ici, avant le huis clos final de la voiture de police dans laquelle le trio de policiers conduit le Tadjik à l'aéroport, elle a soigneusement planté le décor en dressant leur portrait, racontant leur histoire personnelle et expliquant leur cheminement intérieur. En décrivant ainsi leur vie privée –c’est-à-dire en les rendant plus humains et pas seulement professionnels–, elle essaye de mettre le spectateur à leur place: que ferions-nous dans la même situation?

Tiré d'un roman

"On devait avoir acquis une proximité émotionnelle avec les personnages aussitôt que possible, afin de comprendre leur dilemme, et se poser les mêmes questions qu’eux –non pas de l’extérieur, mais en ressentant leurs doutes", explique-t-elle.

Le film est tiré d'un roman de Hugo Boris paru en 2016 aux éditions Grasset. C'est une immersion réaliste au cœur de la police parisienne, et souvent la réalisatrice met l'accent sur le manque de moyens des policiers, au métier difficile –comme en témoigne cette séquence où ils sont appelés sur une scène de crime et découvrent un bébé mort dans un congélateur.

Rien à voir avec les a priori qui circulent

"J’ai passé du temps dans des commissariats, rencontré d’autres policiers (…), des gens de la Police des frontières, des hommes mais aussi des femmes –elles sont désormais très nombreuses dans la police, entre 30 à 40% des effectifs. J’ai vu des êtres humains parfois très complexes, d’autres plus simples, des gens, en tout cas, qui n’avaient rien à voir avec tous les a priori qui circulent", dit Anne Fontaine.

À la fin, la tension et le suspense montent –même si ça traîne un peu en longueur et en bavardages– et globalement la réalisation est bien maîtrisée, avec de nombreux et courts flash-back et, au début, un joli artifice: la même scène filmée sous trois angles différents, selon la perspective vécue à chaque fois par chacun des trois personnages principaux.

Une des actrices marquantes

Ceux-ci, bien sûr, portent le film sur leurs six épaules. Virginie Efira, vue récemment dans Un amour impossible, s'impose de plus en plus, à chaque film, comme l'une des actrices marquantes du cinéma français actuels.

Omar Sy, lui, poursuit sa carrière imposante, dans un rôle inhabituel pour lui et très différent de ses personnages comiques ou de sa dernière apparition dans Le Prince oublié.

Lire les critiques:

> Un amour impossible: Virginie Efira, courageuse fille-mère de Christine Angot

> Le Prince oublié: Omar Sy, papa conteur

> J'accuse: l'Affaire Dreyfus vue par Roman Polanski

Le duo est remarquablement complété par un acteur moins connu mais au visage familier, Grégory Gadebois, vu notamment dans J'accuse, le dernier film de Roman Polanski. Son personnage est opposé à la moindre entorse au règlement mais plus on s’enfonce dans la nuit, plus on se rapproche de l’aéroport de Roissy, et plus les brèches s’agrandissent et les débats entre les trois policiers se font plus tendus…

Auteur(s): FranceSoir


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Erik, Virginie, Aristide (Grégory Gadebois, Virginie Efira, Omar Sy, de gauche à droite): trois flics ordinaires placés dans une situation qui ne l'est pas.

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