"Raoul Taburin": Benoît Poelvoorde a un petit vélo dans la tête (vidéo)

"Raoul Taburin": Benoît Poelvoorde a un petit vélo dans la tête (vidéo)

Publié le :

Lundi 15 Avril 2019 - 08:20

Mise à jour :

Mercredi 17 Avril 2019 - 12:36
©Kris Dewitte/Pan-Européenne/Pathé
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Jean-Michel Comte

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CRITIQUE – Dans le film "Raoul Taburin a un secret", tiré d'un BD de Sempé et qui sort ce mercredi sur les écrans, Benoît Poelvoorde incarne un réparateur de vélos qui a un secret lourd à porter: il ne sait pas monter sur un vélo.

SORTIE CINÉ – Imaginez un boucher qui soit secrètement végétarien. Ou un libraire qui n'ait jamais lu un livre. C'est ce genre de secret, lourd à porter, que cache Benoît Poelvoorde dans le film Raoul Taburin a un secret (ce mercredi 17 sur les écrans): il est réparateur de vélos mais n'a jamais su faire de vélo…

Cadre, guidon, pédalier, dérailleur, chaîne, selle, freins, roues, chambres à air: dans le petit village de Saint-Céron, Raoul Taburin en connaît un rayon dans le domaine des cycles et est renommé comme réparateur de vélos. Marié, père de deux jeunes enfants, il mène une vie tranquille et est apprécié des habitants.

Mais il porte sur ses épaules –ou dans la tête– ce qu'il appelle lui-même "un poids mal réparti entre l'être et le paraître": le poids du secret. Car, contrairement à ce que tout le monde pense, il ne sait pas faire de vélo.

Cela remonte à son enfance où, fils de facteur, il a renoncé à suivre son père dans ses tournées. Puis il a trouvé, au fil des années, tous les prétextes inimaginables pour éviter les sorties à vélo avec les copains, avec l'école ou avec la famille. Le secret est devenu un mensonge puisqu'il n'a jamais pu le dire à personne.

Cela ne l'a pas empêché d'ouvrir un garage de réparation de vélos et, devenu adulte, le poids du secret continue de lui peser. Et puis, un jour, s'installe au village un photographe parisien, Hervé Figougne (Édouard Baer). Lui non plus ne sait pas monter à vélo, et il l'avoue à Raoul Taburin, qui aussitôt se lie d'amitié avec lui…

Cette histoire de Raoul Taburin est tirée d'un album du dessinateur Sempé paru en 1995. Ses dessins ont déjà été adaptés au cinéma en 2009 et 2014 dans les deux films consacrés au Petit Nicolas, un personnage imaginé par René Goscinny. Mais ici l'idée de départ est très simple, voire simpliste, et l'histoire ténue: le défi de l'adaptation cinématographique était donc grand. "L’ambition était d’être absolument fidèle à Sempé. Dès lors, comment donner des épaules à cette histoire sans la dénaturer? Ce fut un travail de dentelle", explique le réalisateur, Pierre Godeau, dont c'est le troisième film après Juliette (2013) et Éperdument (2016).

Pour réaliser son film, il a eu recours à la voix off (celle de Benoît Poelvoorde), a étoffé les personnages secondaires (la femme de Raoul Taburin, son père), a opté pour une narration rétrospective et a parsemé l'histoire de petites saynètes plus ou moins courtes, plus ou moins importantes. Il ne se passe pas grand-chose mais le film, au rythme tranquille, est gentiment drôle, doucement mélancolique, parfois poétique comme ces séquences oniriques où le vélo roule tout seul derrière Raoul Taburin et le suit comme un chien.

Salopette bleue et air un peu ahuri, Benoît Poelvoorde (savoureux l'an dernier dans Le Grand bain) n'en fait pas trop et sait rester humble quand il le faut, et son compère Édouard Baer (exquis récemment dans Mademoiselle de Joncquières) fait du Édouard Baer, mélange d'ironie et de bienveillance. Le film est bucolique dès les premières images du générique, l'image est claire et ensoleillée, le village de Saint-Céron est charmant (le vrai lieu du tournage est le petit village de Venterol, dans la Drôme, dont de nombreux habitants apparaissent comme figurants ou dans de petits rôles).

Lire les critiques:

> Le Grand bain: le drôle et émouvant plongeon de Gilles Lellouche

> Mademoiselle de Joncquières: la vengeance de Cécile de France

Sempé –86 ans, qui fait lui aussi une petite apparition dans le film– raconte comment lui est venue l'idée de cette histoire: "Je n’arrive pas à comprendre comment on peut tenir en équilibre. J’ai, un jour, posé la question à un grand savant, qui m’a répondu: «C’est très compliqué!». Il n’a pas pu m’expliquer. La question de l’équilibre me fascine. Voir une grosse personne faire du vélo relève du miracle: comment fait-elle pour ne pas tomber? L’équilibre est une merveille".

Et le film, selon son réalisateur, se résume donc à "une histoire toute simple à l’enjeu à la fois infime, fondamental et universel, qui pose la question suivante: comment parvenir à être soi-même au milieu des autres?"

Edouard Baer et Benoît Poelvoorde ont un point commun: ils ne savent pas monter sur un vélo -et donc deviennent amis.


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