"Silence": le credo mystique de Martin Scorsese (VIDÉO)

Il était une foi

"Silence": le credo mystique de Martin Scorsese (VIDÉO)

Publié le :

Vendredi 03 Février 2017 - 00:03

Mise à jour :

Mercredi 08 Février 2017 - 11:26
Près de 30 ans après "La dernière tentation du Christ", retour à la religion pour Martin Scorsese avec son dernier film "Silence", qui sort ce mercredi. Le film, tiré d'un roman japonais, raconte l'histoire de deux missionnaires qui partent à la recherche d'un prêtre disparu dans le Japon féodal où les chrétiens sont persécutés.
©Kerry Brown/Metropolitan FilmExport
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Jean-Michel Comte

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C'est, dit-il, "mon film le plus personnel". Martin Scorsese, l'un des plus brillants réalisateurs américains, livre son testament spirituel avec son dernier film, Silence, une réflexion magistrale sur la foi tirée d'un livre de l'écrivain japonais Shûsaku Endô (ce mercredi 8 sur les écrans français).

L'histoire se situe dans le Japon du XVIIe siècle, où débarquent deux jeunes prêtres jésuites portugais, le père Sebastian Rodrigues (Andrew Garfield) et le père Francisco Garupe (Adam Driver). Ils viennent y rechercher leur mentor, le père Cristovao Ferreira (Liam Neeson), porté disparu et dont on dit qu'il aurait renié sa foi.

Dans ce Japon féodal, seigneurs et samouraïs sont déterminés à éradiquer le christianisme et ses pratiquants. Les deux missionnaires vont donc découvrir un pays et une culture inconnus, mais surtout y mener une mission dangereuse car les chrétiens y sont persécutés et torturés, obligés d'abjurer leur foi sous peine d'affronter une mort atroce.

Dans la clandestinité, accueillis en cachette par certains paysans catholiques comme des messies, mais poursuivis par les hommes du grand inquisiteur local, ils vont faire face aux dangers et aux obstacles qui vont confronter leur foi aux pires épreuves…

C'est le 24e film du réalisateur de Taxi Driver (Palme d'or à Cannes en 1976), Raging Bull, Les affranchis, Casino, Shutter Island ou Le loup de Wall Street, son dernier film (2013). C'est son troisième détour vers des thèmes religieux, après La dernière tentation du Christ (1988), qui imaginait de façon iconoclaste la double nature humaine et divine de Jésus, et Kundun (1997), biopic sur le dalai-lama.

Mais c'est surtout le film qu'il voulait réaliser depuis une trentaine d'années, et dont le projet a été remis à plusieurs reprises. C'est en 1988, lors de la projection organisée à New York pour présenter aux autorités religieuses de la ville La dernière tentation du Christ, que Martin Scorsese fit la connaissance de l’archevêque Paul Moore, arrivé au terme de son mandat d’évêque du diocèse de New York et qui lui offrit Silence, le roman historique de l'écrivain catholique japonais Shûsaku Endô (1923-1996).

"J’ai été frappé de voir que le livre posait les questions fondamentales liées au christianisme, des questions auxquelles je tente de répondre chaque jour. Arrivé à cette époque de ma vie, je m’interroge constamment sur la foi et le doute, la faiblesse et la condition humaine –des thèmes que Shusaku Endo aborde de manière très directe", explique Scorsese.

Le "silence" dont il est question est celui de Dieu devant la souffrance des hommes, l'absence de réponse à leurs questions, le vide face au doute. En ce sens, le film est une réflexion sur l'opposition entre croyance et doute, entre foi et questionnement. "Et pourtant, je suis convaincu que l’un ne va pas sans l’autre. L’un nourrit l’autre. Le questionnement peut conduire à une grande solitude, mais s’il coexiste avec la foi, la vraie foi, la foi irréductible, il peut conduire à un bienheureux sentiment de communion", dit Scorsese, 74 ans, né dans une famille sicilienne catholique, séminariste dans sa jeunesse et tenté par la prêtrise avant d'y renoncer assez vite.

Son Silence ne déclenchera pas les mêmes polémiques violentes que La dernière tentation du Christ il y a une trentaine d'années, même s'il passionnera sans doute davantage les croyants que les athées. Tourné à Taïwan (pour des raisons budgétaires), long (2h40) et dépouillé, mais superbe et intense, d'une réalisation bien sûr parfaitement maîtrisée, le film met en scène des personnages confrontés aux notions d'héroïsme, de sacrifice et de facilité (ou d'impossibilité) de renier sa foi, des questions qui dépassent largement la notion de religion.

(Voir ci-dessous la bande-annonce du film):

Dans le Japon féodal où les chrétiens sont persécutés, Liam Neeson joue le rôle d'un prêtre porté disparu.

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