EXCLUSIVITE : Et si Didier Raoult avait raison ? Traiter et laisser prescrire - partie 1

EXCLUSIVITE : Et si Didier Raoult avait raison ? Traiter et laisser prescrire - partie 1

Publié le 20/07/2020 à 17:40 - Mise à jour à 17:59
Guy Courtois
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Auteur(s): FranceSoir

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Extraits du chapitre 4 sur 22 – Traiter et laisser prescrire, du livre de Guy Courtois : Et si Didier Raoult avait raison ?  

Guy Courtois est l’auteur de « Et si Didier Raoult avait raison ? Les coulisses d’un scandale international. » un ouvrage qui s’intéresse à la crise sanitaire mondiale que nous vivons encore.  

FranceSoir propose en exclusivité cette semaine, la lecture du chapitre 4 découpé sous forme de plusieurs articles publiés à raison d’un par jour.

 

 

 

SYNTHÈSE DU CHAPITRE 4

Faut-il traiter en période de crise ? Même si nous n’avons pas une totale certitude ?

Didier Raoult ne se pose pas la question et traite à Marseille.

Pour autant, ils sont nombreux à exprimer des réticences vis-à-vis de cette approche.

 

1- LE MANQUE DE CONFIANCE ACCORDÉ À LA MÉDECINE LIBÉRALE EST DOMMAGEBALE

La mise à l’écart de la médecine libérale au profit des structures hospitalières a accentué la pression sur ces dernières. Les conséquences sanitaires en résultant auraient pu être évitées.

 

2- LES ENJEUX SONT IMPORTANTS AUTOUR DE LA LIBERTÉ DE PRESCRIPTION DES MÉDECINS.

Le retrait de la liberté de prescription aux médecins généralistes fait naître la colère et l’incompréhension au sein du corps médical.

Aux États-Unis, tout porte à croire que les médecins ont conservé leur liberté de prescription.

Le calvaire des médecins n’est pas terminé car la liberté de prescription est une nouvelle fois attaquée, via la problématique de l'azithromycine.

Mais que dit le Serment d’Hippocrate ?

 

3- L’ESSENCE MÊME DU MÉTIER DE MÉDECIN EST BAFOUÉE ET MISE À MAL.

Quand les menaces accompagnent le respect du Serment : les médecins sont déchirés entre venir en aide aux malades ou se plier aux règles nationales.

Interdire l’hydroxychloroquine mais autoriser le Rivotril provoque l’incompréhension et l'indignation des médecins.

Didier Raoult avait raison ; il fallait laisser aux médecins leur droit fondamental de prescrire librement et aux patients leur droit fondamental de choisir comment être soigné. Nous devrions être libres de prendre nos décisions, en tant que médecins ou en tant que citoyens et citoyennes.

 

Extrait du Chapitre 4 - partie 1 

Faut-il traiter en période de crise ? Même si nous n’avons pas une totale certitude ?

Aujourd’hui Antonin Répaci ne se sent pas très bien[1]. La crise du coronavirus est maintenant bien présente en France, en Europe et en Amérique du Nord. Le virus circule, les symptômes se précisent. Antonin se sent fiévreux, il tousse et a mal à la tête. Il se dit alors qu’il n’y a peut-être pas lieu de s’inquiéter, après tout ce sont aussi les symptômes de la grippe saisonnière. Mais Antonin n’est pas dupe, il sait bien que ce nouveau coronavirus n’est pas une « grippette » comme d’autres aiment le répéter en plaisantant. Son inquiétude s’accroît lorsqu’il s’aperçoit qu’en plus de tout cela, il commence à perdre ses sens olfactifs et gustatifs. Sans plus tarder, il décide d’appeler le SAMU. Mais il n’est pas aussi bien encadré que ce à quoi il s’attendait. Trois heures durant il attend. Trois heures c’est assez long, surtout en période de crise sanitaire, alors qu’une sorte de panique générale s’empare du pays autour de ce nouveau virus d’origine chinoise dont on ignorait l’existence il y a encore quelques mois. Trois heures à se ronger les ongles, à tousser, et à sentir l’angoisse s’infiltrer en lui. Quand, enfin, on lui répond, Antonin Répaci croit défaillir. Quelle n’est pas sa surprise, lorsqu’au bout du fil, après avoir consciencieusement expliqué ses symptômes, une voix lui dit de rester chez lui, d’attendre et de rappeler dans quelques jours si son état ne s’est pas amélioré ! Heureusement qu’il n’est pas hypocondriaque ! Lui qui espérait être soigné, le voilà seul dans son salon, son téléphone encore pendant à sa main, ne sachant que prendre pour soulager ses douleurs… hormis du paracétamol comme on le lui a conseillé.

Dans les jours suivants, Antonin Répaci reçoit une alerte du journal Le Monde sur son téléphone : « Covid-19 : le Maroc mise sur la chloroquine pour soigner les personnes contaminées[2]. » Il peut y lire : « Pour établir un protocole thérapeutique pour le traitement de la maladie Covid-19, les autorités marocaines se sont concertées avec un comité technique et scientifique qui a préconisé une association chloroquine et azithromycine, un antibiotique macrolide, selon la note ministérielle. Lundi, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a cependant appelé à la prudence concernant la chloroquine, en raison notamment du faible nombre de patients traités jusqu’à présent par ce biais. Après une série d’essais en Chine, la France a décidé lundi d’administrer ce traitement aux malades souffrant de « formes graves » du nouveau coronavirus, mais pas aux formes « moins sévères ». Finalement, son cas n’est pas assez désespéré pour être traité… alors qu’au même moment au Maroc on utilise la bithérapie. Il entend parler des controverses autour de ce traitement, des études menées par le professeur Didier Raoult, mais il faut bien l’avouer : il est totalement perdu et ne sait que penser.  Mais si le Maroc traite ses malades, pourquoi la France ne fait-elle pas de même ? Tout le monde martèle que c’est une crise sanitaire sans précédent, mais personne ne veut prescrire un médicament utilisé depuis fort longtemps à Antonin Répaci qui est définitivement dans une grande incompréhension.

 

Didier Raoult ne se pose pas la question et traite à Marseille.

Pour le professeur Didier Raoult, les choses sont claires. Dans une telle situation d’urgence, il faut faire au mieux. Il faut traiter, en prenant évidemment en compte toutes les choses que l’on connaît. En l’occurrence prendre en compte les essais provenant de Chine, menés in vivo puis in vitro. C’était le sens de la lettre publiée par ses équipes et lui-même le 22 mars 2020, en invoquant la conformation « au serment d’Hippocrate que nous avons prêté, nous obéissons à notre devoir de médecin. Nous faisons bénéficier nos patients de la meilleure prise en charge pour le diagnostic et le traitement d’une maladie. Nous respectons les règles de l’art et les données les plus récemment acquises de la science médicale »[3]. Selon les signataires, ce serment prêté par l’ensemble des médecins suffit à justifier la prescription d’un traitement, en l’occurrence ici l’association de l’hydroxychloroquine avec l’azithromycine « dans le cadre des précautions d’usage de cette association »[4].

De plus, Didier Raoult affirme dans une vidéo datant du 12 mai 2020 postée sur la chaîne YouTube de l’IHU Méditerranée Infection que « Si vous soignez les gens, même si vous n'avez pas le médicament précis qui permet de tuer le virus, ils vont mieux à la fin, il y a moins de morts. […] Alors si vous utilisez en plus le traitement dont on pense qu'il marche le mieux vous diminuez encore cette mortalité en particulier chez les sujets les plus vulnérables[5]. » Le 28 avril, par les mêmes moyens de communication, il affirme : «  laisser les gens jusqu’à ce qu’ils aient une insuffisance respiratoire sans rien leur donner, c’est une idée … la médecine n’a jamais fait ça de toute l’histoire de la médecine, on soigne les gens, on leur donne quelque chose, au moins pour les rassurer, pour dire qu’on s’occupe d’eux, on peut pas dire [que] les gens sont malades [et] on les laisse dans un lit jusqu’à ce qu’ils n’arrivent plus à respirer […] c’est contre toute la pratique médicale depuis Hippocrate, on peut pas faire ça, on peut pas valider ça. Ce n’est pas possible[6]. »

De ce fait, en accord avec ses convictions le professeur Raoult et ses équipes procèdent au traitement des patients diagnostiqués à l’IHU marseillais, comme il l’a déclaré le 16 mars 2020 : « si vous êtes testés, vous avez le droit d'être traité ici et nous c'est ce qu'on fera ». En effet, le 14 avril le professeur annonce avoir traité 2600 personnes avec le protocole de bithérapie[7]. On a d’ailleurs pu lire dans le journal Marianne le témoignage de François David, « hospitalisé depuis le 17 mars à Marseille, dans le service des maladies infectieuses du Pr Raoult », heureux de recevoir le traitement en question.[8]

 

Pour autant, ils sont nombreux à exprimer des réticences vis-à-vis de cette approche.

Pour d’autres médecins et personnalités du monde médical, il ne faut pas crier victoire si promptement. Et de fait, il nous est possible, voire même important de garder la tête froide. Des doutes et réticences sont exprimés, à l’instar de Yves Hansmann responsable du service des maladies infectieuses aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg qui confie que : « Seuls les essais cliniques permettront de répondre avec certitude si l'efficacité est avérée ou non. Cela n'empêche pas d'utiliser ce produit individuellement chez des patients en situation délicate puisque c'est un traitement connu[9]. » Pour Xavier Lescure aussi, le point le plus important est d’attendre, attendre d’avoir des certitudes données par des essais cliniques. Selon lui il faut à tout prix éviter « que tout le monde considère que ce médicament est magique, ce qui pourrait empêcher la réalisation des essais cliniques et empêcher de savoir in fine si tel médicament est actif sur le virus »[10]. Fort de ce doute, comme l’a rapporté le ministre des solidarités et de la santé Olivier Véran, le Haut Conseil de santé publique ne recommande pas l’utilisation de la chloroquine. Toutefois, il la permet dans les cas graves pour des personnes hospitalisées, sous une surveillance médicale accrue. Le ministre ajoute que ce même Haut Conseil « exclut toute prescription pour des formes non sévères en l'absence de preuves probantes »[11]. En quelques mots : ne pas traiter tant que l’on ne sait pas avec certitude que la bithérapie proposée par le professeur Didier Raoult fonctionne.

Qu’elle fonctionne, certes, mais il nous faut aussi être certains de sa non-dangerosité, comme l’explique Françoise Barré-Sinoussi : « Il est absolument indispensable que l’essai de ce médicament soit réalisé avec rigueur scientifique, pour avoir une réponse sur son efficacité, et ses éventuels effets secondaires. […] D’autant plus que l’hydroxychloroquine, ce n’est pas du Doliprane, elle peut avoir des effets délétères et comporter des risques de toxicité cardiaque. Il n’est donc pas raisonnable de la proposer à un grand nombre de patients pour l’instant, tant qu’on ne dispose pas de résultats fiables[12]. » À titre d’exemple, nous pourrions rappeler les conclusions troublantes d’une étude clinique publiée par la célèbre revue The Lancet en 2004[13] montrant que l’utilisation de corticoïdes pour traiter les traumatismes crâniens ne permet pas de réduire la mortalité comme on le pensait, mais pourrait même l’augmenter[14]. Ainsi, l’utilisation hâtive d’un traitement pourrait in fine provoquer plus de dégâts que prévu, et donc contrarier les effets voulus initialement. À savoir, dans le cas présent, guérir les malades du Covid-19.

Autant de raisons de douter des affirmations de Didier Raoult.

 

Fin de l'extrait - suite le 21 juillet 2020

**

 

Pour en savoir plus sur le livre.

Il est possible consulter le site Internet qui présente l’ouvrage :

https://www.enquetecovid.com/

 

[1] Interview réalisée par Guy Courtois, la personne a souhaité garder l’anonymat, avril 2020.

[2] AFP, « Covid-19 : le Maroc mise sur la chloroquine pour soigner les personnes contaminées », France, Le Monde, 25 mars 2020.

[3] BROUQUI P. & al, « Épidémie à Coronavirus COVID-19 », France, IHU Méditerranée Infection, Marseille, 22 mars 2020.

[4] Ibid.

[5] RAOULT D., « COVID-19 : Quelles leçons doit-on tirer de l'épidémie ? », France, IHU Méditerranée Infection YouTube, 12 mai 2020.

[6] RAOULT D., « Point sur l'épidémie : risque-t-on vraiment une deuxième vague ? », France, IHU Méditerranée Infection YouTube, 28 avril 2020.

[7] RAOULT D., « Coronavirus, recul de l’épidémie à Marseille », France, IHU Méditerranée Infection YouTube, 28 avril 2020.

[8] RABINO T., « "Je suis un privilégié" : le témoignage exclusif d’un patient du Pr Raoult, traité à la chloroquine », France, Marianne, 21 mars 2020.

[9] PAUGET D. « Attendre la fin des essais sur la chloroquine ? Pourquoi la question divise les médecins », France, L’Express, 25 mars 2020.

[10] LESCURE X. « "Je réclame un confinement plus dur" », France, Journal du 20h TF1, 23 mars 2020.

[11]AFP, « Chloroquine : le Haut conseil de santé publique recommande de ne pas l'utiliser », France, L’Express, 23 mars 2020.

[12] SANTI P., « Françoise Barré-Sinoussi : « Ne donnons pas de faux espoirs, c’est une question d’éthique » », France, Le Monde, 24 mars 2020.

[13] “Effect of intravenous corticosteroids on death within 14 days in 10 008 adults with clinically significant head injury (MRC CRASH trial): randomised placebo-controlled trial”, Royaume-Uni, The Lancet, 9 octobre 2004.

[14] « Traumatisme crânien : les corticoïdes ne réduisent pas la mortalité, au contraire », France, Caducee, 19 octobre 2004.

 

 

 

Auteur(s): FranceSoir


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Extraits du livre de Guy Courtois : Et si Didier Raoult avait raison ?

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