Faut-il être inspiré par le divin pour mener de grandes causes ?

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Faut-il être inspiré par le divin pour mener de grandes causes ?

Publié le 03/09/2020 à 10:19
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Auteur(s): Corine Moriou pour FranceSoir

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Christine Goguet décrypte la part de Dieu qui a influencé l’action d’hommes et de femmes d’exception qui ont marqué l’histoire.

Sonder la part de Dieu qui existe dans l’âme de grands hommes est un exercice périlleux. Christine Goguet, journaliste et écrivain, a réussi cet exploit en plongeant dans l’intimité de treize personnalités qui ont marqué l’histoire : Charles de Gaulle, Victor Hugo, Vincent Van Gogh, François Mitterrand, Mère Teresa, Margaret Thatcher, Alexandra David-Néel… Son livre « Les Grands Hommes & Dieu », ambitieux et modeste à la fois, nous offre des pépites, dévoilant la face cachée de ceux que l’on pensait pourtant bien connaître. Ces personnages, tous exceptionnels, sont très dissemblables, mais ils ont en partage la question de l’existence de Dieu, la seule essentielle selon l’auteur. Cette psychographie passionnante, un genre inédit, donne à réfléchir en cette période post-confinement. La foi, la prière ou la méditation semblent avoir un regain d’intérêt face à un avenir incertain.

 

Pourquoi avez-vous choisi d’écrire sur le thème des grands hommes et Dieu ?

J’ai dédié ce livre à ma mère. Celle-ci est morte en se noyant dans la mer, à 69 ans. Après son décès, je ne pouvais plus penser que Dieu existait ! Puis j’ai dû faire face à un cancer, et dans le même temps, à des difficultés professionnelles. J’ai alors eu le besoin d’aller regarder dans la vie de grands hommes pour mieux comprendre leur relation à Dieu. Cela m’a permis de faire en quelque sorte ma propre thérapie.

 

Comment avez-vous procédé pour décrypter la spiritualité de ces personnalités ?

Pendant trois ans, j’ai parcouru de nombreuses biographies, j’ai consulté une documentation importante, réalisé des interviews afin d’avoir la matière nécessaire à cet essai. Mon intuition, étayée par des faits précis, m’a aussi guidée. Il s’agit d’une psychographie, une approche différente d’une biographie, car il m’a fallu m’immiscer dans la psychologie et la spiritualité de ces personnalités hors norme. Mon travail est le fruit d’une pensée occidentale avec principalement des portraits de chrétiens, mais aussi de juifs, musulmans, bouddhistes. Grâce à l’écrivain Patrick Besson, j’ai trouvé un éditeur aux éditions du Rocher. Cela m’a motivée, je n’aurais pas entrepris un tel travail sans l’assurance d’être publiée.

 

Quel est le dénominateur commun entre les treize personnalités de votre livre ?

J’ai voulu entrer dans le cœur et l’âme de grands hommes qui me touchaient à titre personnel et m’approcher au plus près de leur intimité. Il s’agit d’un choix du cœur, totalement subjectif avec des personnages très dissemblables. Charles de Gaulle était « mon chouchou », mais je voulais aussi comprendre le rapport à Dieu de Winston Churchill, le retour de foi de Napoléon au soir de son existence, la croyance de Nelson Mandela derrière les barreaux pendant 27 ans. Auprès de Dieu, ils ont trouvé réconfort à leurs souffrances personnelles. Mais ils ont surtout vécu une relation au divin qui les a inspirés dans leurs actions pour défendre de grandes causes. Ces personnages d’exception, guidés par leur foi, ont eu une vision, un chemin, et s’y sont tenus. Ils ont combattu le mal (le nazisme, l’apartheid, l’inégalité, la misère…) pour que le bien triomphe, que le monde change.

 

C’est donc votre Panthéon personnel ?

Oui pour tous, sauf pour un. Mon éditeur estimait que François Mitterrand avait une relation compliquée avec la religion - à juste titre – et que cela méritait de l’associer à cette sélection. Celui-ci a reçu une éducation catholique, mais il n’a cessé de s’interroger sur sa foi avec la complicité de Jean Guitton, grand philosophe chrétien, et Marie de Hennezel, psychologue. Peu avant sa mort, Bernard Pivot l’interrogeant, il répondit :« Je ne sais pas si j’y crois. Les hommes les plus croyants ont leurs heures de doute. Je suis un agnostique mystique ».

 

Quels sont ceux qui, selon vous, avaient la foi la plus pure ?

Charles de Gaulle avait la foi la plus pure. Pour lui, Dieu était une donnée de l’existence qui ne pouvait être remise en cause. Anne, née trisomique, a été l’épreuve de sa vie. Puis elle est devenue « une grâce de Dieu ». « Elle m’aide à demeurer dans la modestie des limites et des impuissances humaines », confie-t-il dans une lettre.  Il restait discret sur ses croyances, sa pratique religieuse, la France étant une République laïque. Il se définissait comme « un soldat de Dieu » agissant dans l’intérêt de la nation. Sa foi a eu une influence considérable sur ses choix de chef d’Etat, les causes sociales qu’il a défendues. Il a fait adopter le droit de vote des femmes, la loi sur la contraception, a créé les comités d’entreprise … Rien d’étonnant qu’il y ait aujourd’hui autant de politiques qui se revendiquent du gaullisme.

Victor Hugo possédait une foi presque naïve : il n’a jamais renié Dieu malgré la perte de quatre enfants. Dieu, la spiritualité, l’humanité sont au cœur de son œuvre et de son action. Il a voté l’abolition de la peine de mort, s’est insurgé contre la misère jugée comme « une maladie du corps social ». Sa pensée christique est palpable dans chaque chapitre de son immense succès populaire « Les Misérables ».

 

Il y a surtout des hommes politiques dans votre livre !

Oui, mais on y trouve aussi un scientifique, un sportif, un artiste, un écrivain. Ils ont en commun une quête intérieure, un état de transcendance qui les porte plus loin, plus haut. Ainsi, Albert Einstein croyait au Dieu de Spinoza qui se révèle dans l’ordre harmonieux de la nature. Il parlait de « sentiment de religiosité cosmique » et il découvrit la théorie de la relativité. Autre personnage étonnant : Cassius Clay. Sa conversion à l’Islam épousa le visage de la cause noire. Il abandonna son nom, symbole d’esclave, pour celui de Mohamed Ali. Van Gogh rêvait de devenir pasteur, mais il n’y parvint pas. Seul son frère bien aimé Théo le soutenait. Dans sa peinture, toute sa foi mystique éclate à travers ses ciels, ses tournesols… Parmi les grands hommes, c’est lui qui a eu le destin le plus tragique. Se sentant totalement seul, ignoré, incompris, il s’est tiré une balle dans la poitrine et en est mort à 37 ans.

 

Et le rôle des grandes femmes dans l’histoire ?

Bien sûr, elles figurent dans mon livre au même titre que ces messieurs ! Mère Teresa portait la croix du doute. Un doute lancinant, vertigineux qui accompagnera toute la vie de celle qui sera béatifiée par Jean-Paul II. Cela ne l’a pas empêchée d’offrir sa vie à Dieu et aux pauvres de Calcutta. Un tout autre destin, celui de Margaret Thatcher, fille de Pasteur, qui a rejoint le courant anglican après son mariage. Son action politique trouvait ses racines dans la parabole des talents. Très décriée sur le plan social, « la Dame de fer » prêchait la responsabilité personnelle. Elle a adopté le credo de Saint Paul : « Si quelqu’un ne veut pas travailler qu’il ne mange pas non plus. » Et d’ajouter : « Si quelqu’un meurt de faim, offrez-lui à manger, ce n’est pas à l’Etat de le faire. »

 

Alexandra David-Néel affirmait « je crois à la supériorité de l’enseignement de Bouddha sur le Christ ». Qu’en pensez-vous ?

Le Christ est né après Bouddha. Pourquoi le Christ ne se serait-il pas inspiré de Bouddha ? D’autant qu’ils ont des valeurs communes. Alexandra David-Néel était une pionnière voulant vivre selon les principes de la philosophie bouddhiste. Sa quête d’aventure en Inde, au Népal, au Tibet était indistinctement liée à sa quête religieuse. Elle a été la première femme occidentale à avoir rencontré le treizième dalaï-lama. Elle avait adopté le yoga et la méditation bien avant tout le monde. C’est une figure très moderne !

 

Le monde de l’après-confinement est-il propice à un regain de foi ?

L’anxiété, les épreuves liées au coronavirus incitent à la réflexion, un recours à Dieu. Mais je pense qu’il y a regain de christianisme, le désir de renouer avec les racines de notre civilisation depuis environ trois ans. Le besoin de spiritualité se traduit à notre époque sous différentes formes. La méditation est une nouvelle forme de prière. Les valeurs sont transversales. J’ai écrit une nouvelle dans « Voyages immobiles en temps de confinement » , un ouvrage collectif de 40 auteurs au profit des enfants malades de l’Hôpital de La Timone, publié aux éditions Ramsay.

Mon fils m’a ouvert un compte Facebook fin 2019. Beaucoup de gens m’écrivent ! Il y a un véritable besoin d’échanges autour de la spiritualité, de l’histoire. Les réseaux sociaux ont permis l’essor du livre auprès des lecteurs avant que la presse classique ne s’en empare. En rupture de stock, mon éditeur a dû faire imprimer d’autres exemplaires !

 

Qu’est-ce que ce livre a changé dans votre vie ?

Le message divin doit être transmis. Celui d’une spiritualité commune à tous. Comme le disait Churchill « Tous les Hommes raisonnables devraient avoir la même religion ». Et le même Dieu. Le livre m’a convertie, moi qui doutais et il m’a ouvert de nombreuses portes et des choses étonnantes me sont arrivées.  Le groupe Havas m’a contactée pour réfléchir à la communication de Lourdes qui a perdu de nombreux pèlerins depuis le confinement. Il y a plein de signes qui font que je doute moins de l’existence de Dieu. Une amie juive m’a offert une médaille miraculeuse de la chapelle de la rue du Bac où est apparue la Sainte Vierge. J’ai trouvé cela étrange au départ mais je la garde toujours sur moi : elle m’a porté chance dans les épreuves et accompagnée tout au long de la sortie du livre.

 

Si vous deviez interviewer des personnalités d’aujourd’hui, lesquelles choisiriez-vous ?

Pourquoi pas Angela Merkel, fille de pasteur, qui semble animée d’une mission qui dépasse, me semble-t-il, son rôle de chef d’Etat ? Elle a accueilli un million de migrants en Allemagne. Gérard Depardieu doit aussi avoir des choses à dire, car c’est un mystique, un être généreux, hors norme. Michel Onfray se revendique athée chrétien, partageant des valeurs communes aux chrétiens. Sa pensée mérite qu’on s’y attarde.

 

BIO EXPRESS : Christine Goguet est née en octobre 1964 à Lyon. Elle a été grand reporter, puis dirigeante au sein du groupe Le Figaro, directeur de la rédaction du Figaroscope. Elle a ensuite rejoint le groupe Amaury afin de développer les éditions spéciales du Parisien/Aujourd’hui en France, a été chroniqueuse pour TV5 monde et TF1 Stylia. Aujourd’hui, elle est Directrice de la mission Mécénat et Partenariats du Centre des Monuments Nationaux. Elle est auteur d’"Album de famille des Lyonnais" (éditions Horvath) et de "Refuser le malheur des hommes"- Les 30 ans de Médecins du Monde (éditions Le Cherche Midi).

 

Livre de Christine Goguet préfacé par l’écrivain Denis Tillinac qui invite à un voyage sur tous les continents de la spiritualité

Auteur(s): Corine Moriou pour FranceSoir


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« Ces personnages d’exception, guidés par leur foi, ont eu une vision, un chemin, et s’y sont tenus »

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