Thomas Azier, phénomène électro-pop made in Berlin

Dans vos oreilles

Thomas Azier, phénomène électro-pop made in Berlin

Publié le :

Mardi 28 Octobre 2014 - 10:04

Mise à jour :

Mercredi 03 Décembre 2014 - 22:09
Adoubé par Stromae et Woodkid, le jeune Néerlandais Thomas Azier multiplie les concerts pour faire découvrir au public les titres de son premier album, "Hylas", sorti en mars. Portrait d’un jeune homme dont la musique électro-pop combine tonalités vintage, musique contemporaine et accents futuristes.
©DR
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Astrid Seguin

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Thomas Azier parle de sa musique comme d’une "métamorphose". Celle du jeune musicien qu’il était en arrivant, seul, à Berlin, à tout juste 19 ans. Celle d’un album, Hylas, dont les sonorités électro-pop ont chatouillé l’oreille du Belge Stromae et du Français Woodkid

La rencontre du jeune Néerlandais de 27 ans avec Stromae s’est produite outre-Rhin. "C’est notre directeur artistique qui nous a présentés. Tous les deux, nous avons ce point commun de nous intéresser à toutes sortes de musiques, d’être très éclectiques. Paul (le vrai prénom de Stromae, NDLR) avait besoin d’inspiration pour finir son album, j’étais en train de finir le mien. Il avait besoin d’un break et il est venu à Berlin. On ne se connaissait pas mais le feeling a été immédiat", confiait récemment le jeune artiste aux Inrocks

Une usine désaffectée pour studio

Même attirance artistique avec le Français Woodkid. Thomas Azier se rappelle avoir reçu un coup de fil de "Yoann" (Yoann Lemoine, alias Woodkid) il y a environ deux ans. La star française lui propose de l’accompagner sur sa tournée. Une expérience inédite pour le jeune homme. Ce qu’il retient de Yoann? "Voir plus grand". "Je me suis vu changer pendant l’écriture de mon album, devenir un adulte", confie Thomas Azier. 

Cinq années de travail dans une grande usine désaffectée de l’ex-RDA à Berlin, qu’il transforme en studio d’enregistrement, ont donné naissance à son premier album, sorti en mars et entièrement écrit en anglais. "L’endroit était abandonné et il y avait encore des drapeaux de Lénine partout. C’était là qu’ils fabriquaient les cloches du Kremlin", explique Thomas Azier. "L’ambiance était tellement belle. Cet endroit froid et abandonné m’a poussé à me dépasser pour écrire et composer ma musique". 

Le jeune homme confie pudiquement être passé par de longs moments de solitude. "J’ai parfois été seul pendant des semaines, voire des mois. C’est là qu’on commence à réfléchir beaucoup". Un rapport à l’isolement retrouvé dans les titres Ghostcity et Angelene.  

Emprunts mythologiques

Pour le jeune artiste qui a débuté le piano à l’âge de 5 ans, tout est sujet à inspiration. Berlin, au premier chef, "the ever transforming city" (la ville en constante transformation), affirme-t-il. Le livre d’Ovide, Métamorphoses, l’a également marqué dans l’écriture de ses chansons et notamment le mythe de Hylas, qui a donné son nom aux deux EP et à l’album qui en a découlé ainsi qu'au label de Thomas Azier. 

Dans la mythologie grecque, Hylas, fils de Théodamas, roi des Dryopes et de la nymphe Ménodicé, est envoyé chercher de l’eau au lac d’Ascanios. En arrivant au point donné, des nymphes s’éprennent de sa beauté et l’entraînent dans l’eau. Il se noie et devient nymphe à son tour. "L’histoire de Hylas, comme beaucoup d’histoires mythologiques, parle de changement, de métamorphose. Et pour moi, le changement est partout dans nos vies", explique Thomas Azier.

Le changement, la sphère musicale en est remplie. Un titre chasse l’autre et la musique est omniprésente, des supermarchés aux voitures en passant par la télévision et le Web. "Aujourd’hui, enregistrer de la musique est assez facile, tout le monde le fait sur Internet. J’avais le sentiment de me noyer au milieu des enregistrements des autres. Je voulais dire quelque chose, quelque chose qui ait du sens, de l’importance". 

C’est cette envie de percer qui l’a poussé à se rendre à Berlin, où la scène musicale est particulièrement riche. Remarqué en Allemagne mais aussi en France, Thomas Azier a signé en 2012 un contrat avec le label Universal Music France, premier pas d’une carrière naissante.

Thomas Azier parle beaucoup dans ses chansons du lien ténu entre la douleur, la violence et l’amour. Il qualifie sa musique de "jeu entre espoir et désespoir". "Je voulais communiquer sur des émotions basiques. Déconstruire pour reconstruire", poursuit-il. "Il y a tellement d’émotions dans cet album qu’à chaque fois que je le joue sur scène je suis épuisé après le show. Je me remets dans l’état d’esprit dans lequel j’étais quand j’ai écrit les chansons. J’ai le sentiment de le devoir au public qui vient me voir". 

Le jeune musicien était sur scène en juin à la Gaîté Lyrique à Paris. Dans la salle, l’auditoire le rappelle sur scène à plusieurs reprises. Encore tout surpris de ce succès naissant, il savoure pleinement ce moment d’effervescence avec le public. Bien loin de ses débuts où il mixait «dans des boîtes de nuit autour de 4h du matin». Après de nombreux remerciements, il donne rendez-vous au public devant la salle pour une séance de dédicaces. 

Le garçon est relativement réservé. Quand il donne une interview, ses mots sont pesés, comme pour leur restituer leur sens. Ses grands yeux gris-vert portent cette douceur noire que le jeune talent cherche dans sa musique. "Beaucoup de gens n’attendent pas ça de moi mais j’ai un côté très joyeux. Je fais des blagues tout le temps, je pense être un gars facile à vivre", explique-t-il en souriant.

 

Thomas Azier a sorti son premier album en mars.

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