L’un est le pays de la fleur d’oranger, des hammams, du thé à la menthe, de la cuisine orientale, des siestes interminables, des djellabas, l’autre est l’eldorado des chaussures à talons, des ventes privées, des voitures, des klaxons et de la tour Eiffel. Ces deux terres que tout semble opposer font rêver des deux côtés. Marie a quatorze ans et vit à Fédala, une ville balnéaire marocaine qui fut rebaptisée Mohammedia par feu le roi Mohammed V, le 25 juin 1960. Marie a une vie tranquille, trop tranquille pour elle. La pêche et les vagues rythment son quotidien. Presque rien ne vient perturber son existence. Elle s’ennuie, une seule personne peut lui redonner le sourire, sa tante Fifi qui s’est expatriée à Paris, Ville lumière où tout semble possible.
Entre Orient et Occident
« Ma mère disait : “N’oublie pas ton chapeau.” Mon père disait : “N’oublie pas d’être heureuse”, et la recommandation valait en toute occasion. C’était à la fois plus simple et plus compliqué : attraper le bonheur comme un gilet dans un placard. Trop impalpable, trop indéfinissable, en cela il ressemblait au sommeil qui ne venait pas si on y pensait. Fifi avait une solution bien à elle, la vie n’était envisageable qu’à condition d’être mince et d’habiter Paris. » N’oublie pas d’être heureuse, de Christine Orban, évoque des problèmes existentiels que tout le monde pourrait se poser. Faut-il tout quitter pour réaliser ses rêves, quel qu’en soit le prix ? L’auteur parle de nos choix, nos doutes, nos faiblesses qui jalonnent notre vie. Son message est explicite : la chance ne frappe pas deux fois à la même porte. Il faut savoir prendre les bonnes décisions et profiter de ce qu’on a. On pense souvent à tort que la vie ailleurs est meilleure. Mais le vrai bonheur est de pouvoir vivre entouré des êtres chers. Le luxe et les objets superficiels ne sont pas gages de bonheur, c’est en tout cas le parti pris de Christine Orban.
Au fil de la lecture, on pourrait s’y laisser prendre, mais non, N’oublie pas d’être heureuse n’est pas un roman autobiographique. Cependant, Christine Orban y met quelques éléments personnels. Comme l’héroïne, elle est née et élevée au Maroc. Elle déclare même : « J’ai deux cultures en moi. » Elle sillonne l’Afrique avec son père mais une fois le bac en poche elle part seule vivre à Paris. Les couleurs du Maroc sont donc très familières à la jeune femme . Elle connaît ses senteurs, son caractère et ses caprices. Un très beau cri d’amour à l’humanité.
N’oublie pas d’être heureuse, Christine Orban, éd. Albin Michel, 220 pages.16 euros, sortie le 7 janvier.


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