Culture

Marc Lévy publie 'Le Premier Jour'

Ingrid Bernard, le jeudi 25 juin 2009 à 04:00

lu 8575 fois · commentaires fermés Printer User_go Twitter Viadeo Wikio Digg_france

Marc Levy publie son neuvième ouvrage, Le Premier Jour. Un roman d’aventures qui pousse les lecteurs à se poser des questions sur la véritable naissance du monde.

La critique le boude, qu’importe. Les lecteurs l’adulent. Et si Marc Levy a vendu 17 millions d’exemplaires dans le monde, qui ont été traduits dans 41 langues, l’homme a su garder les pieds sur terre. Ce n’est pas sans une certaine humilité qu’il se confie. Sans fausse pudeur il évoque son travail d’écriture, qu’il voit comme un véritable artisanat, sa jeunesse et son regard sur le monde littéraire. Un grand Marc Levy.

FRANCE-SOIR. Ce 9e roman apparaît comme le plus personnel. Est-ce le cas ?
MARC LEVY.
Dans Le Premier Jour, j’ai mis en œuvre tous mes rêves d’enfant qui sont restés des rêves d’adulte. Je me suis vraiment lâché.

Etiez-vous, dans votre jeunesse, comme ce petit garçon qui dans les premières pages du livre se pose des questions sur la véritable origine du monde ?
Oui. Où commence l’aube ? Cette question, je me la suis posée durant toute mon enfance. Il n’était pas rare, quand mes parents dormaient, que je fasse le mur pour aller voir les étoiles. Le ciel, l’horizon me captivaient. Ils ont illuminé ma jeunesse.

« J’ai eu peur de ne pas être à la hauteur »

Est-ce à dire que vous êtes du genre à vous poser des questions existentielles ?
Des questions sur l’humanité, oui. Jamais sur moi, par contre. Quand j’étais adolescent, je m’interrogeais énormément sur l’infiniment grand, l’infiniment petit. Ce roman, je le dois d’une certaine manière à une de mes profs d’histoire-géo. Un jour, elle nous avait dit en cours : « Pendant très longtemps, l’homme a cru que la Terre était plate. Il avait extrêmement peur de l’horizon parce qu’il imaginait qu’au bout il n’y avait plus rien. Et puis, un jour, bravant sa peur, l’homme part vers le large. Il s’est passé une chose extraordinaire, c’est que plus l’homme avançait vers l’horizon et plus l’horizon reculait devant lui. » J’ai compris que ce qu’elle voulait dire par là c’était que plus l’homme avançait dans la connaissance, plus sa peur reculait et plus son horizon s’élargissait. Et ça, c’est valable à tous les niveaux, particulièrement en ce qui concerne la tolérance, la cohabitation entre les peuples, la perception de la différence des autres.

Quelle part de documentation a nécessité ce roman ?
C’est pratiquement deux ans de recherche, de voyage, de repérage. A un moment, je me suis fait très peur dans le roman car je me suis confronté au savoir d’Adrien, un de mes personnages principaux. Son savoir m’a dépassé. J’ai eu peur de ne pas être à la hauteur. Si un de vos personnages vous regarde de haut en vous disant : “Tu es vraiment con”, c’est embêtant. (rire)

« Un roman, c’est 17 heures d’écriture par jour, pendant plusieurs mois »

A quoi pensez-vous au moment d’écrire ?
A mes personnages. Ce qui me possède dans le métier de romancier, c’est cet artisanat où l’on fabrique des personnages qui finissent par prendre possession de vous. Je finis toujours par entrer en conversation avec l’enfant que j’étais. Il y a un moment où ce môme me prend par la main et me dit : “Raconte-moi une histoire.”

En période d’écriture, vos nuits doivent être courtes !
Un roman, c’est 17 heures d’écriture par jour, pendant plusieurs mois. Il m’est arrivé de dormir par terre dans mon bureau. Ce travail est tellement absorbant que la fatigue physique finit parfois par l’emporter sur mon besoin de continuer. Dans ces moments-là, je dors une demi-heure, puis je me réveille. Et c’est reparti.

Avez-vous besoin d’être dans un endroit précis pour écrire ?
Je ne suis pas un romancier qui peut se mettre à la terrasse d’un café pour écrire. J’aime trop observer ce qui se passe autour pour réussir à rester concentré. L’endroit où j’aime le mieux écrire, c’est mon bureau. Il m’est arrivé de le transporter pendant de longs voyages. Mon bureau, c’est un peu mon atelier.

Peut-on encore parler d’artisanat lorsque l’on signe des best-sellers ?
Oui. Un livre, c’est quelque chose de très improbable. J’imagine que Fabrice Lucchini qui est un acteur public, ne monte pas sur scène avec une mécanique bien huilée, il monte avec le trac et avec ce qu’il a appris des erreurs passées. Les gens qui vous disent dans les salons mondains : « Il y a des recettes pour faire un best-seller », c’est totalement absurde. S’il y avait des recettes de best-seller, les maisons d’édition feraient leur plat du jour et tout irait bien pour elles.

Pensez-vous que les lecteurs achètent vos livres pour votre nom ou pour votre histoire ?
Il y a des deux. Quand on aime un auteur, on va naturellement s’intéresser à ce qu’il va faire. Ça n’enlève rien du libre-arbitre que vous pouvez avoir. Pour l’auteur, le trac est identique à chaque sortie de roman.

« Ce que j’aime dans un roman, c’est qu’il m’apporte des amis que je n’avais pas »

Qu’avez-vous à répondre à ceux qui disent que le populaire exclut la qualité ?
Si le microcosme littéraire a l’honnêteté de dire que ce qu’il pense, c’est que le livre est exclusivement réservé à une petite élite de gens très intelligents et cultivés, qu’il le dise. Mais on ne peut pas à la fois appartenir à un milieu littéraire et dire dans les interviews qu’il faut protéger le livre, qu’il est en danger, et en même temps critiquer les gens qui lisent en grand nombre.

La critique ne vous a donc jamais touché ?
Non, parce que je n’ai pas de problème d’ego. Que l’on dise de moi que je suis un auteur de métro ne me dérange pas. Je n’ai jamais eu la prétention d’imaginer que quelqu’un était plus bête quand il lisait dans le métro que dans son salon. Si mon métier consiste ne serait-ce qu’à mettre en couleur les tunnels du métro, je suis déjà satisfait.

A choisir entre un fort tirage et un prix littéraire. Que choisiriez-vous ?
Ni l’un, ni l’autre. L’important pour moi est de me dire que j’ai fait mon travail honnêtement vis-à-vis des gens qui ont la générosité de vous lire. Quant aux prix littéraires, je n’ai jamais eu de prix à l’école donc, j’ai pris le pli tout de suite, ça ne m’a pas empêché d’être heureux. Je serais mille fois plus satisfait d’avoir un prix de lecteurs, de libraire, qu’un prix Goncourt.

Quel est le plus beau compliment qu’un lecteur pourrait-vous faire ?
Qu’il me dise : « J’ai refermé le livre il y a huit jours et je n’ai pas oublié les personnages. » Ce que j’aime dans un roman, c’est qu’il m’apporte des amis que je n’avais pas.

A quand le deuxième tome ?
A la fin de l’année. J’ai un dernier voyage à faire pour terminer un chapitre et ensuite, je le finis.

Et l’adaptation de l’un de vos romans au cinéma ?
Eventuellement, Toutes ces choses qu’on ne s’est pas dites, mais je n’en suis encore qu’au stade de la discussion.

Le Premier Jour, éd. Robert Laffont, 511 p., 21 euros

lu 8575 fois · commentaires fermés Printer User_go Twitter Viadeo Wikio Digg_france

aucun commentaire

Les commentaires sur cet article sont maintenant fermés.