Côte d’Azur : un élu accusé de pots-de-vin

Le dirigeant d’une entreprise de BTP, sise à Monaco, affirme avoir versé 65.000 euros au maire de Beausoleil (Alpes-Maritimes). Une somme destinée, selon lui, à taire l’opposition de l’élu quant à la construction d’un vaste édifice situé en Principauté susceptible de gâcher la perspective de ses riverains.

Le maire de Beausoleil dort à l’ombre. Gérard Spinelli, l’édile de cette commune des Alpes-Maritimes limitrophe de Monaco, a été mis en examen, dans la soirée du jeudi 26 novembre, à Marseille, pour « corruption passive », par Charles Duchaine, le juge d’instruction chargé de cette mini-opération « mains propres ». L’élu, sans étiquette (SE), après avoir longtemps appartenu à la défunte UDF, a aussitôt été écroué aux Baumettes. Lino Alberti, 64 ans, important entrepreneur du bâtiment, partage un sort identique. Le ressortissant italien, résidant à Monaco, ayant été mis en examen pour « corruption active » et « blanchiment », avant d’être placé en détention provisoire à la maison d’arrêt de Draguignan (Var). Chantal Grundig, sa compagne, héritière du géant de l’électro-ménager allemand, a, quant à elle, été remise en liberté, sans mise en examen, mais pourvue du statut de « témoin assisté ». Tandis qu’un homme d’affaires monégasque, dont l’identité demeure inconnue, a été mis en examen, tout en ayant été laissé libre.

Les protagonistes perquisitionnés et interpellés ces trois derniers jours sont impliqués dans une affaire de corruption pilotée par le parquet de Marseille, lequel avait ouvert, en juin 2009, une information judiciaire pour « blanchiment » et « abus de biens sociaux ». La justice soupçonne en outre les mis en cause d’avoir procédé à des malversations dans le cadre de l’érection par le groupe Vinci de la tour Odéon, un édifice en cours de construction à Monaco, territoire situé en lisière de la commune de Beausoleil. D’après les enquêteurs, l’important marché de travaux publics aurait généré d’importantes commissions occultes. Lors de leurs multiples perquisitions, les policiers ont mis la main sur plusieurs centaines de milliers d’euros, preuve matérielle, selon eux, des irrégularités imputées aux différents acteurs de ce dossier mêlant immobilier, élus et pots-de-vin accordés en marge du chantier de la tour Odéon. Dans le cabinet du juge Duchaine, Lino Alberti a en outre reconnu avoir versé 65.000 euros à Gérard Spinelli. Une contrepartie rondelette afin que, affirme-t-il, l’élu taise opportunément son opposition au chantier dont son entreprise avait obtenu les opérations de terrassement. Un vrai pactole puisque, en l’espèce, le marché global conquis par Vinci avoisine les 370 millions d’euros.

Mirifique chantier

Selon une source proche du dossier, les manigances de l’entrepreneur et de l’élu auraient été portées à la connaissance des autorités via les confidences circonstanciées d’un soumissionnaire mauvais perdant, injustement écarté du mirifique chantier. « On reproche à mon client essentiellement des faits de corruption », confirme à France-Soir Me Gérard Baudoux, l’avocat de Lino Alberti, doutant « en l’état actuel des investigations » du chef de « blanchiment » également retenu à l’encontre de l’entrepreneur. Lino Alberti est actuellement incarcéré à la maison d’arrêt de Draguignan sans mandat de dépôt. Objet d’un « ordre d’incarcération provisoire », son conseil a en outre sollicité un débat différé au juge des libertés et de la détention (JLD) qui devrait statuer, mardi 1er décembre, sur ce point. Me Jean-Marc Szepetowski, l’avocat de Gérard Spinelli, conteste également les incriminations reprochées à son client. « Il est accusé d’avoir perçu de l’argent pour ne pas avoir empêché la réalisation d’un programme immobilier sur Monaco. » Quid des 65.000 euros évoqués par le patron de BTP dans le cabinet du magistrat instructeur ? « C’est le problème de Lino Alberti », nous rétorque Me Szepetowski. Des charges que le maire de Beausoleil ne cesse de réfuter. Son avocat ayant, dans la foulée, fait appel de son ordonnance de placement en détention provisoire. Décision d’ici dix jours.


Une tour, moins de soleil, des zones d'ombre...

Elle est aujourd'hui en passe de revêtir les atours de la tour infernale. Pas de Steve Mc Queen, ni de téméraires pompiers à l'horizon mais plutôt de présumés pyromanes auxquels la justice reproche, en l'espèce, d'avoir allumé de vilaines mèches corruptrices. A l'origine des investigations dirigées par le parquet de Marseille, la tour Odéon, un important chantier de BTP, à Monaco, portant sur un projet hors-norme. Celui d'un immeuble, qui une fois achevé, doit culminer à plus de 170 mètres de hauteur, tout en intégrant 48 étages de logements, ainsi que 10 niveaux de sous-sol. Le tout pour un budget de 370 millions d'euros. C'était sans compter sur les vives réticences des riverains de Beausoleil, la commune voisine, sise, elle, en territoire français, administrée par Gérard Spinelli, aujourd'hui pensionnaire des Baumettes, soupçonné d'avoir perçu 65.000 euros, le prix de son silence présumé.

Très vite, les habitants émettent des protestations contre le projet, tout droit sorti, voilà trois ans, des cartons de la Principauté. L'ordonnance souveraine, l'équivalent du règlement d'urbanisme français, est déposée en 2006. Problème, la tour risque fort de porter ombrage - au propre comme au figuré - aux riverains de Beausoleil, dont certaines habitations jouissent de l'astre et de ses lumières toutes méditerranéennes en continu.

Elu lors des municipales de 2008, Gérard Spinelli ne fait pas mystère de son opposition à la construction de la fameuse tour qu'il sait indisposer ses concitoyens bientôt privés de rayons, moult nuisances sonores en sus. Lorsque, patatras !, les travaux, confiés au groupe Vinci et à ses sous-traitants - dont l'entreprise de Lino Alberti -, débutent cet été. Un revirement incompréhensible aux yeux d'une majorité d'administrés de Beausoleil, prompts, aujourd'hui, à dénoncer la « trahison » de leur édile. Un sentiment que réfute Me Jean-Marc Szepetowski, l'avocat de Gérard Spinelli, désormais vilipendé. « Mon client se demande ce qu'il aurait pu faire pour s'opposer à ce projet qui ne dépend pas de lui mais qui a été décidé par Monaco, un Etat souverain avant même son élection. » Et le conseil du maire incarcéré de souligner : « On ne m'a pas encore expliqué ce qu'il aurait pu faire juridiquement pour s'y opposer ! »

 


L’immunité du sénateur Vestri dans la balance

Les investigations se resserrent désormais dangereusement autour du sénateur René Vestri, maire UMP de Saint-Jean-Cap-Ferrat. Le juge Duchaine a officiellement saisi la Chancellerie d’une demande de levée de son immunité parlementaire dans les meilleurs délais. Une requête qui devrait à son tour être transmise à Gérard Larcher, le président du Sénat. L’élu des Alpes-Maritimes est aujourd’hui dans la mire de la justice qui le soupçonne d’être impliqué dans le dossier de corruption mis au jour au sujet de la construction de la tour Odéon de Monaco. Outre Lucette, sa femme, prestement interpellée à sa descente d’avion en provenance de Dubaï, Marjorie, sa fille, a également été entendue par les policiers dans cette affaire.

Le patronyme de l’élu semble avoir été soufflé aux enquêteurs par des membres de son entourage. L’un de ses proches, un ingénieur ex-salarié de la société de Lino Alberti, aurait supervisé des travaux réalisés dans la villa de sa fille située à Saint-Jean-Cap-Ferrat. En clair, le juge Duchaine s’intéresse de près à l’origine des fonds susceptibles d’avoir financé ce chantier, ainsi qu’à son montant réel.

Le sénateur Vestri, par ailleurs accusé d’avoir détourné des subventions européennes, a été relaxé, hier, de « détournement de fonds » et « d’abus de confiance » par le tribunal correctionnel de Nice. L’accusation qui avait requis, le 16 octobre, à son encontre une peine de quatre mois de prison avec sursis n’a pas été suivie. Elle avait estimé que les fonds visés avaient servi à financer des actions municipales sans rapport avec leur destination initiale. René Vestri a toutefois été reconnu coupable de « recours à une personne exerçant un travail dissimulé », écopant de 3.000 euros d’amende.

 

Côte d’Azur : un élu accusé de pots-de-vin  / DR © Côte d’Azur : un élu accusé de pots-de-vin / DR

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