Ils analysent les contenus choquants signalés par les internautes
« Tout ce que vous pouvez imaginer existe en cent fois pire sur le Net. Il n’y a pas de limite à la perversité. » Quentin, 28 ans, est juriste et analyste de contenus. Chaque jour défilent devant ses yeux les sites Web signalés comme choquants par des internautes sur la plateforme Pointdecontact.net. Une structure privée, financée pour moitié par les membres de l’AFA (Association des fournisseurs d’accès à Internet) et pour moitié par la Commission européenne. Installés dans un bureau parisien qui rappelle les start-up des années 2000, ils sont trois à décortiquer chaque jour une quarantaine de signalements déposés sur leur site.
Une plate-forme efficace
A chaque fois, le même rituel. Quentin et son collègue Nicolas, 27 ans, commencent par vérifier que le site existe, et que son contenu est réellement choquant. « C’est le plus frustrant : les puritains outrés pour une épaule dénudée ou une photo d’un nourrisson qui prend son bain. On perd beaucoup de temps à cause de ça », regrette Quentin. En revanche, dès que le contenu relève de la pédopornographie, de la pornographie accessible aux mineurs, de l’incitation à la haine raciale, au suicide, à la violence ou au terrorisme, l’équipe prend les choses en main. « Nous contactons immédiatement l’hébergeur, et l’OCLCTIC, la police qui lutte contre la cybercriminalité. Si l’hébergeur est situé à l’étranger, elle contacte les polices locales, voire Interpol », explique Carole, 28 ans, responsable des affaires juridiques à l’AFA. L’an dernier, la plate-forme a ainsi recueilli 7.627 signalements. Parmi ceux-là, un peu plus de 1.000 sites se sont avérés potentiellement illégaux, et 663 ont pu être fermés.
Vidéos trash et jeunes filles lascives
« Pour les sites racistes, c’est plus dur. La plupart sont hébergés aux Etats-Unis, car tout y est permis au nom de la liberté d’expression. Et là, impossible d’intervenir », explique Carole. « C’est le cas du site François Desouche (NDLR : un blog d’actualité qui défend les « Français de souche »). Les propos tenus par les auteurs de ce blog ne sont pas répréhensibles, en revanche ce sont certains commentaires postés par des internautes qui posent parfois problème. Mais ce site est hébergé outre-Atlantique », soupire Quentin.
L’Europe n’est pas complètement en reste : « Nous avons souvent des problèmes avec les Pays-Bas, plus permissifs que la France. Beaucoup d’internautes nous signalent des photos de filles visiblement très jeunes qui posent en bikini de façon… lascive. Souvent, ce sont des agences de mannequinat “bidons”, dont les sites sont hébergés en Hollande », précise Nicolas.
Même en France, il existe des sites qui flirtent avec la limite du légal, nous explique Quentin. « Sur le suicide par exemple, on nous signale régulièrement des sites où l’on peut lire des fiches pratiques qui expliquent comment se suicider sans se rater. Il y a quelques jours, un internaute nous a indiqué une petite annonce très réaliste sur un site, pour recruter de jeunes musulmans pour al-Qaida, avec une adresse postale à contacter ! Mais parfois, il est très difficile de tracer une ligne nette entre ce qui est légal ou non. Par exemple, sur Facebook, il existe beaucoup de groupes aux intitulés extrêmement douteux, qui incitent clairement à la pédophilie. Leurs auteurs se défendent en disant qu’il s’agit d’humour noir… »
© Ils analysent les contenus choquants signalés par les internautes / © SIPA
France Soir







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