Lundi, trois jours après la mort de 19 personnes piétinées lors de la Love Parade à Duisbourg, en Allemagne, c’est la colère et l’incompréhension qui prédominaient à la une des journaux d’outre-Rhin. Côté enquête, les interrogations laissent peu à peu la place à des réponses. Les victimes d’abord : parmi les morts figurent 11 femmes et 8 hommes dont sept étrangers – deux originaires d’Espagne, un d’Australie, un de Bosnie-Herzégovine, un de Chine, un d’Italie, un des Pays-Bas. Selon le responsable adjoint de la police locale, Detlef von Schmeling, la plupart des morts, âgés de 20 à 40 ans, ont été trouvés à l’extérieur du tunnel sur deux pentes raides surplombant la voie d’accès au festival. Autre élément acquis : cette bousculade s’est produite à l’intérieur et à l’entrée d’un tunnel, seule voie d’accès pour plus d’un million de fêtards qui cherchaient à gagner le terrain de l’ancienne gare de marchandises où se déroulait la Love Parade.
Confusion
Passé cela, les conjectures et hypothèses sur l’élément déclencheur du drame, et notamment sur un éventuel nombre de fêtards excessif pour le site, tendent à se mêler dans une certaine confusion. Ainsi, selon Wolfgang Rabe, chef de la cellule de crise de la ville, le terrain, d’une superficie d’au moins 120.000 m2, «
pouvait accueillir jusqu’à 300.000 personnes (et) il n’était pas plein ». Une affirmation qui contredit les organisateurs de l’événement qui assurent que samedi, ce sont 1,4 million de personnes qui étaient présentes sur les lieux. Detlef von Schmeling, le responsable adjoint de la police, assure, lui, que «
le seul chiffre dont on soit sûr est celui des arrivées en train en gare de Duisbourg entre 9 heures et 14 heures, heure locale, soit 105.000 passagers »… Il affirme en outre que la police a soigneusement contrôlé l’écoulement des piétons vers ce tunnel de 200 mètres de long sur 30 mètres de large, et a fait tout son possible pour aider les victimes lors de ce qu’il a refusé de qualifier de «
mouvement massif de panique ».
En outre, selon le quotidien Bild, la police aurait effacé l’ensemble des documents relatifs à la manifestation, dont des ordres d’intervention, des rapports et des cartes qui figuraient dans les ordinateurs des fonctionnaires chargés de l’événement. «
Le très grand aspirateur est alors arrivé très vite », ajoute dans le magazine Spiegel un policier sous couvert de l’anonymat.
« Pourquoi ? »
Lundi, le mot «
Warum ? » (« Pourquoi ? ») a été inscrit sur une pancarte blanche au milieu de centaines de fleurs et de bougies déposées au pied de l’escalier où ont péri la plupart des victimes. Un peu plus loin, une croix de glace a été déposée en signe de deuil et des centaines de messages d’amour et de chagrin ont été agrafés : «
Nos cœurs sont avec vous, nos condoléances les plus profondes aux familles », «
19 morts, comment en est-on arrivé là ? », «
Les organisateurs ont envoyé nos enfants à la mort. » D’autres s’en prennent aux autorités locales et aux organisateurs, accusés de graves négligences en matière de sécurité. «
Vous devriez avoir honte » et «
cette manifestation n’aurait jamais dû avoir lieu ici ». Dans le centre de Duisbourg, croisé devant l’hôtel de ville, Richard Hatenker, un retraité de 62 ans, ne décolère pas : «
La police partage la responsabilité. Ils n’ont tout simplement rien fait quand ils ont vu la situation dégénérer, assurait-il.
Quand on a besoin de la police, elle n’est jamais là. »