
Chômage : Trop de Français encore en quête de travail
Virginie Belle, le vendredi 7 mars 2008 à 04:00
Ce n’était pas arrivé depuis vingt-cinq ans : le taux de chômage a baissé à 7,5 % en France métropolitaine au quatrième trimestre 2007, selon les chiffres provisoires publiés jeudi par l’INSEE. Des résultats qui tombent à point nommé pour le gouvernement à trois jours du premier tour des élections municipales, premier test électoral pour Nicolas Sarkozy depuis son arrivée à l’Elysée en mai 2007.
« Le chômage a reculé dans des proportions considérables, c’est une bonne nouvelle », a déclaré le chef de l’Etat en déplacement à Vesoul (Haute-Saône), en rappelant son objectif de plein-emploi. Il s’est en effet engagé à faire baisser le taux de chômage à environ 5 %, d’ici 2012. Le Premier ministre, François Fillon, a salué de son côté « un résultat exceptionnel qui devrait redonner confiance aux Français dans l’avenir ».
Contrats précaires
Selon les séries statistiques de l’ INSEE, il faut remonter aux trois derniers trimestres de 1983 pour trouver un taux de chômage aussi bas en France métropolitaine : il était alors de 7,3 %. Celui du troisième trimestre 2007 a été révisé en légère baisse à 7,8 % contre 7,9 % précédemment annoncé. En moyenne au quatrième trimestre, 27.964.000 personnes étaient actives en France métropolitaine, soit 56,5 % de la population de 15 ans et plus. Parmi elles, 2.084.000 étaient au chômage au sens du Bureau international du travail et 25.880.000 avaient un emploi, précise l’ INSEE.
Si 2007 a été une année de création d’emplois et de baisse du chômage, 2008 s’annonce plus difficile. En janvier, le nombre de demandeurs d’emplois a augmenté de 1,4 %, selon le ministère de l’Economie et des Finances.
Transformer les petits boulots en métiers
Jean-Christophe Caffet, économiste de Natixis, relève surtout que l’emploi salarié en équivalent temps plein n’a augmenté que de l’ordre de 1 % en 2007, ce qui signifie que l’amélioration du marché de l’emploi recouvre une forte progression des contrats courts et à temps partiel. « Le marché du travail français ne se distingue donc plus par son excès de rigidité mais par sa dualité entre d’un côté les détenteurs d’un CDI et de l’autre les abonnés aux contrats précaires », dit-il. Serge Guérin, sociologue, considère d’ailleurs qu’il est urgent de reconsidérer tous ces « petits boulots », d’en faire des « métiers », où les salariés « sont payés convenablement ». Et de plaider en faveur de l’innovation et de la professionnalisation, pour rendre pérenne cette baisse du chômage.
Serge Guérin, sociologue et professeur : “Il faut redonner aux Français la confiance de créer”
Professeur à l’Ecole supérieure de gestion et sociologue, Serge Guérin analyse depuis dix ans la « séniorisation » de la société. Il est notamment l’auteur de L’Invention des seniors et vient de publier Vive les vieux ! aux éditions Michalon.
FRANCESOIR. Le taux de chômage annoncé de 7,5 % est le plus bas depuis 1984. Phénomène mécanique ou lié aux différents plans en faveur de l’emploi ?
SERGE GUÉRIN. Une des raisons de la baisse du chômage est liée au fait que des générations moins nombreuses ou classes creuses, jeunes, arrivent sur le marché du travail au moment où les classes issues du baby-boom partent à la retraite. Donc, mécaniquement, plus de gens sortent, moins de gens arrivent… Entraînant de fait une baisse du chômage. Une difficulté en résulte. Dans certains secteurs, on a du mal à recruter de la main-d’œuvre, et dans d’autres il y a trop de candidats. Deuxième élément pour expliquer cette baisse : le développement des services à la personne, en faveur des nouveau-nés, des personnes âgées. De gros pourvoyeurs d’emplois.
Mais ces créations d’emplois génèrent aussi beaucoup d’emplois précaires…
Oui, c’est là où le bât blesse pour l’instant. Le travail précaire a globalement augmenté un peu partout. Et dans les services, on compte beaucoup de temps partiel contraint. Ces personnes souhaiteraient travailler plus. Dans ce domaine, on évalue les besoins d’ici 2015 à 400.000 emplois. Il est nécessaire de valoriser ces métiers, de donner des moyens à la formation, comme a commencé à le faire la secrétaire d’Etat à la Solidarité, Valérie Létard. En France, on les considère comme de petits boulots. Dans d’autres pays, ce sont des métiers. Il faut reconsidérer positivement ce secteur d’avenir, qui présente l’avantage de ne pas être délocalisable !
Selon vous, les départs massifs en préretraite ont favorisé le chômage, pourquoi ?
Je me situe à l’inverse du discours dominant. Globalement, l’idée était : les jeunes ont du mal à trouver un travail, libérons des places en faisant partir les plus âgés. Vision qui a montré sa limite car trente ans plus tard, nous sommes l’un des pays où le taux de chômage des jeunes, supérieur à 20 %, est le plus élevé d’Europe et où le taux d’activité des seniors est le plus faible d’Europe (38 % des 55-64 ans). En Suède, on atteint les 70 % ! La moyenne européenne est de 42 %. L’objectif donné par la Commission européenne est d’ailleurs de 50 % de taux d’activité pour cette génération en 2010. Nous avons également perdu de la puissance, de la capacité à créer des richesses et, de fait, à créer des emplois. On ne peut pas vivre de plus en plus longtemps et travailler de moins en moins, ça ne tient pas économiquement.
Que préconisez-vous ?
L’avenir, c’est l’innovation, la mobilisation des forces. On ne va pas régler la situation en baissant les salaires comme ceux des Chinois, ce n’est pas viable ! Mais favoriser la formation, les nouveaux produits, de nouveaux services, répondre aux nouveaux enjeux. Et enfin, redonner aux Français la confiance de créer. Rien n’est foutu. Les richesses et les potentiels sont extraordinaires !
Vive les vieux ! Editions Michalon, 154 pages, 15 euros.
Chiffres
– Fin 2007, 27.964.000 personnes étaient actives en France métropolitaine, soit 56,5 % de la population de 15 ans et plus. Parmi elles, 2.084.000 étaient au chômage (*) et 25.880.000 avaient un emploi.
– En janvier 2008, le nombre de demandeurs augmentait de 1,4 %. Les prévisions pour 2008 s’annoncent donc moins optimistes que pour 2007.
– L’emploi salarié en équivalent temps plein n’a augmenté que de l’ordre de 1 % en 2007, selon l’économiste de Natixis.
– En 2007, 297.700 emplois ont été créés dans le secteur marchand, soit une hausse de près de 60 % par rapport à 2006. Avec la création de 40.000 emplois non marchands, ce sont environ 340.000 emplois au total qui ont été créés en 2007, meilleure année en la matière depuis 2000.
– Chaque jour, 300.000 offres et plus de 700.000 CV en moyenne sont proposés par l’ANPE.
(*) Au sens du Bureau international du travail. Sources : INSEE 2008, ministère de l’Economie.
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Edition France Soir du vendredi 7 mars 2008 n°19740 page 2















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