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14 Juillet - Un défilé sans anicroche publique mais un climat délétère entre le Président et les militaires
Livre blanc, réforme de la carte militaire, drame de Carcassonne… Les sujets de friction entre Nicolas Sarkozy et les troupes sont nombreux. Et l’incompréhension mutuelle.

« Les soldats français ne sont pas des gens à avoir du vague à l’âme. Ils ont parfaitement compris la nécessité de moderniser nos forces armées. Ce sont des gens courageux et dévoués. Le vague à l’âme, c’est pour le contour médiatique. » Hier, à peine achevé le défilé du 14 Juillet, Nicolas Sarkozy a voulu balayer, sinon ignorer, le malaise certain qui s’est installé entre une partie de l’armée et son chef suprême.

L’opération « calinothérapie » en direction des uniformes avait commencé la veille. Dans son traditionnel « message aux armées », le Président de la République s’était adressé aux militaires en ces termes : « Je vous assure de mon amitié et je vous renouvelle ma confiance dans vos capacités à exécuter vos missions quotidiennes ». Comme quoi lesdites « amitié » et « confiance » ne vont pas de soi.

Ex-premier flic de France

Entre Sarkozy et l’armée, le malentendu s’est peu à peu mué en incompréhension, et c’est désormais la défiance qui prévaut de part et d’autre. Le climat délétère qui s’est installé entre le chef de l’Etat et les troupes est tel que certains observateurs osent une comparaison avec… la fin de la guerre d’Algérie et la sédition des généraux d’Alger contre De Gaulle.

Contrairement à son prédécesseur Jacques Chirac, Sarkozy n’a jamais goûté la musique militaire, ni les militaires tout court. A peine arrivé à l’Elysée, le Président fraîchement élu a décidé que sa garde personnelle et rapprochée serait désormais assurée par des policiers, et non plus par des gendarmes, au statut militaire. L’ex-premier flic de France aurait-il plus confiance, pour sa propre sécurité, en les policiers qu’en les militaires ? L’anecdote est en tout cas révélatrice et symptomatique.

L’étincelle de Carcassonne

Les sujets de vexation – et de fâcherie – pour les militaires n’ont cessé de se multiplier. Lors d’une cérémonie aux Invalides, Nicolas Sarkozy « oublie » de saluer les plus hauts gradés présents. En déplacement au Liban, il décide de ne pas visiter les casques bleus français postés dans le sud du pays pour rentrer plus tôt en France. Le Président se montrera encore d’une ironie grinçante en évoquant le nombre de Légions d’honneur à attribuer aux militaires méritants.

La charge la plus violente sera publique. Au lendemain du drame de Carcassonne – au cours duquel un militaire a tiré à balles réelles, par accident, sur la foule lors d’une démonstration –, Nicolas Sarkozy stigmatisera « le relâchement » et « l’amateurisme » qui, selon lui, règnent dans certains rangs de l’armée. Bien qu’amplement légitime, la colère présidentielle a été vécue comme un affront, pis, une marque de dédain.

D’autant que parmi les « amateurs » du régiment de Carcassonne, certains se trouvent actuellement sur le front, en Afghanistan, où ils ont été envoyés en renfort… sur ordre du chef de l’Etat. Après l’affaire de Carcassonne, le général Cuche, chef d’état-major de l’armée de terre tire les conséquences et démissionne : du jamais vu depuis un quart de siècle. Une rupture de plus, à l’image des relations entre le chef de l’Etat et l’armée de la nation.

 

Carcassonne, la polémique continue

Quinze jours après le drame de Carcassonne, cinq blessés sont toujours hospitalisés et la tension n’est toujours pas retombée. Il y a eu tout d’abord les propos cinglants du Président de la république dénonçant « l’amateurisme » du 3e RPIMa mis en cause dans la fusillade du 29 juin, puis l’annonce fracassante de la démission du chef de l’armée de terre, le général Bruno Cuche. Autant d’obstacles qui ont empêché la confiance de s’installer entre le chef des armées et ses troupes. Hier encore, à l’issue du défilé du 14 Juillet, Nicolas Sarkozy mettait une nouvelle fois, les soldats français en garde : « Ils savent que quand il y a des fautes individuelles ou collectives, leur chef doit les sanctionner. »

 

Le mécontentement des casques bleus.

Invités d’honneur du 14 Juillet, les casques bleus n’ont pas apprécié la présence, dans la tribune officielle, de Bachar al-Assad. Une « atteinte à la mémoire » des 58 soldats français tués à Beyrouth en 1983 dans l’attentat du Drakkar, selon Laurent Attar-Bayrou, président de la Fédération nationale des anciens des missions extérieures (FNAME). En signe de protestation, la FNAME avait appelé ses membres à défiler jeudi, et hier, avec un brassard noir. Interdite par la préfecture, la manifestation n’a pas eu lieu. La présence, parmi les troupes du défilé, de la promotion Antoine de la Bâtie (Ecole militaire interarmes, EMIA), du nom d’un des officiers victimes de l’attentat, a alimenté la polémique.

 

Un Pentagone à la française.

Annoncé par Nicolas Sarkozy fin 2007, le regroupement autour du ministère de la Défense des états-majors de l’armée de terre, de la marine et de l’armée de l’air, a été confirmé hier par Hervé Morin, ministre de la Défense. L’immeuble, qui devrait accueillir en 2012 quelque 10.000 fonctionnaires civils et militaires, sera construit dans le XVe arrondissement, sur le site de Balard, là où la Cité de l’air a déjà ses quartiers. Un projet « à coût zéro » qui devrait être en partie financé par la vente des bâtiments actuellement occupés par la marine (place de la Concorde) et par l’armée de terre (boulevard Saint-Germain). Seul l’hôtel de Brienne, où se situe le bureau du ministre, restera propriété de l’Etat.

 

 

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