
Solidarité - “Les minima sociaux ne permettent plus de vivre aujourd’hui”
Alexandra Gonzalez, le jeudi 13 novembre 2008 à 04:00
FRANCE-SOIR. Vous avez accueilli moins de personnes en 2007 qu’en 2006 au Secours catholique, c’est plutôt une bonne nouvelle ?
BERNARD SCHRICKE. Effectivement, mais c’est une baisse légère, de moins de 2 %. Surtout, les personnes pauvres sont de plus en plus pauvres, sans compter que ces chiffres ne tiennent pas compte de la récente crise économique. Or, en cas de crise, ce sont les emplois précaires qui disparaissent en premier, donc ceux des personnes qui sont déjà en position de faiblesse. Nous sommes inquiets pour les mois à venir.
Le rapport du Secours catholique note une précarité accrue des 50-60 ans, comment expliquer ce phénomène ?
Pour les seniors qui se retrouvent soudainement sans emploi, il est difficile de retrouver un travail jusqu’à ce que l’heure de la retraite arrive. Lorsqu’une entreprise licencie, ce sont souvent les plus âgés qui sont mis à la porte. D’un côté, ils n’arrivent pas à se réinsérer dans le monde du travail lorsqu’ils sont forcés d’en sortir et, de l’autre, on voudrait allonger toujours plus le temps de travail, avec une retraite à 70 ans. C’est ce qui crée cette situation. Une autre des raisons est la solidarité familiale.
En quoi la solidarité familiale influe-t-elle sur la pauvreté des seniors ?
On ne peut pas le démontrer, mais nous pensons que parmi les 50 ans et plus que nous accueillons, beaucoup viennent parce qu’ils doivent aider eux-mêmes leurs proches. Seuls, ils s’en sortiraient. Mais beaucoup ont encore des enfants qui font des études, ou qui ont eux aussi des difficultés financières. Souvent les parents préfèrent se sacrifier et venir eux-mêmes au Secours catholique. On peut imaginer que la crise actuelle va renforcer ce phénomène.
Cette année, vous vous êtes intéressés aux enfants pauvres…
Oui, le chiffre est effarant : il y a actuellement 2 millions d’enfants pauvres en France. Or un enfant pauvre, c’est une famille pauvre, et de plus en plus une famille monoparentale. Ce n’est plus le nombre d’enfants qui peut rendre une famille vulnérable, mais bien le nombre d’adultes présents. Pour un parent qui élève seul ses enfants, il est très difficile de réussir à travailler plus pour gagner plus tout en s’occupant de ses enfants et en gardant du lien social. Ce qui ressort également de notre enquête, c’est la peur des enfants de voir leur univers familial se disloquer. Or, sur les 290.000 familles rencontrées, 60 % sont monoparentales.
Quelles mesures souhaitez-vous que prenne le gouvernement ?
Nous proposons de verser des allocations familiales à partir du premier enfant. Dès qu’un enfant est élevé dans une famille, la société doit lui venir en aide si besoin est. Il faudrait aussi sécuriser les parcours professionnels à risques, notamment dans les services à la personne. Vivre avec un emploi précaire, c’est souvent survivre. La formation professionnelle devrait être ouverte à tous, et plus seulement aux salariés en poste fixe. Il faut relever les minima sociaux, qui ne permettent pas de vivre décemment aujourd’hui. 90 % des familles que nous avons rencontrées touchent les minima sociaux et pourtant vivent en deçà du seuil de pauvreté. Enfin, il faudrait une allocation qui prenne en compte le statut monoparental. Nous attendons avec impatience le RSA, tout en espérant qu’un accompagnement à la personne sera mis en place avec. Ce n’est plus possible que travailler coûte plus d’argent que ça n’en rapporte.
Les enquêtes du Secours catholique
Le Secours catholique publie chaque année un rapport sur la pauvreté. Indicateur social, ces chiffres apparaissent comme une véritable photographie des couches de la population les plus fragilisées. Parvenir à comprendre pour informer, à analyser pour prévenir, voilà le but des enquêtes du Secours catholique. Ainsi, de manière moins concrète mais tout aussi utile, le Secours catholique réalise des questionnaires auprès des personnes qu’il accueille pour dresser l’état de fait de la pauvreté. Pour ce faire, il est question pour le personnel d’interroger les familles et enfants selon différents critères. On peut recenser trois grandes thématiques d’enquête : une première sur les informations générales de la famille, une deuxième centrée sur les conditions de vie et une dernière sur la vie sociale en général.
Edition France Soir du jeudi 13 novembre 2008 n°19953 page 3




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