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PS - Le congrès s’ouvre aujourd’hui à Reims
Tous les ingrédients sont réunis pour que le rendez-vous s’inscrive dans la lignée des grands affrontements qui ont jalonné l’histoire du PS.

Un long soupir : c’est généralement la réponse que l’on obtient ces jours-ci quand on demande à un responsable socialiste : « Comment ça va ? » et ce, quelle que soit l’écurie, ou plutôt la motion, dont le ou la responsable se réclame. Parfois on ajoute dans un souffle : « Ce sera pire qu’à Rennes ! » Et pour ceux qui ne s’en souviendraient pas, Rennes, c’est l’épouvantail absolu dans l’histoire du PS.

Et c’est dans cette ambiance que les délégués de ce parti dont les chefs sont à couteaux tirés vont se retrouver pendant deux jours à Reims pour un congrès dont nul ne peut prédire le résultat, et encore moins les répercussions sur la suite de l’histoire de la gauche.

On l’entend, on le lit, on le voit, tous les ingrédients sont réunis pour que le congrès de Reims s’inscrive dans la lignée des grands affrontements qui ont jalonné l’histoire du PS depuis sa refondation, en 1971. La tension est en effet montée de quelques crans depuis vendredi dernier, lorsque l’on a appris que la motion portée par Ségolène Royal était arrivée en tête du vote militant, avec un peu plus de 29 % des suffrages, distançant de quatre points les motions de Bertrand Delanoë et de Martine Aubry. Autre surprise de ce scrutin : la motion dite « de la gauche du parti » totalisait presque 20 % des suffrages ; avec le maire de Paris défait, la maire de Lille en troisième position, le « rassemblement » prélude à la synthèse, la pierre philosophale des socialistes, pouvait-il s’organiser autour de l’ancienne candidate à l’élection présidentielle ?

Les urnes ayant parlé et les statuts du PS prévoyant que les tenants de la motion arrivée en tête doivent rechercher le rassemblement, on s’est téléphoné, on s’est rencontré pour tenter un rapprochement ou du moins faire semblant.

Et puisque les négociations se déroulent autour d’un texte, la présidente de Poitou-Charentes et son équipe en ont concocté un en début de semaine, proposant quatre chantiers (« Répondre à l’urgence de la crise financière et sociale », « Bâtir le socialisme du XXIe siècle », « Faire du Parti socialiste une force neuve », « Fédérer la gauche »). « Insuffisant ! pas assez précis ! » ont décrété ses concurrents.

Une lettre personnalisée aux leaders des motions ne s’est pas révélée plus efficace.

« Tout sauf Ségolène »

Car, le premier moment de stupeur des adversaires de Ségolène Royal passé, le « tout sauf Ségolène » que seuls des esprits naïfs pouvaient croire enfoui s’est réveillé. Un rapprochement, peut-être, mais pas avec « ELLE ».
Or ELLE, qui avait mis sa candidature au poste de premier secrétaire au « Frigidaire », tout en menant une campagne très active, allait-elle s’effacer, proposer la candidature d’un de ses proches, Vincent Peillon ou Manuel Valls par exemple, ou se lancer ? Elle devait se déclarer mercredi soir mais a décidé de faire durer le suspense jusqu’au bout, déclenchant ainsi une formidable partie de poker menteur avec les leaders des autres motions.
En effet, Martine Aubry, Bertrand Delanoë et Benoît Hamon tentent, eux aussi, d’élaborer leur synthèse ; mais voilà, ça grince partout et Bertrand Delanoë qui a convoqué une conférence de presse dans l’urgence a expliqué qu’il œuvre au « rassemblement » avec les trois motions.

Martine Aubry semble plus catégorique en rejetant les propositions faites par Ségolène Royal qui ne sont « malheureusement pas à la hauteur des enjeux », « parce que nous défendons une certaine conception de la politique et de la gauche, nous constatons que son contenu ne nous paraît malheureusement pas à la hauteur des enjeux ».

Qui sortira vainqueur de ce combat de chefs qui ne s’achèvera que jeudi prochain, avec un nouveau vote des militants pour élire le premier secrétaire du parti ? Aussi extraordinaire que cela puisse paraître, on ne connaît toujours pas les noms des candidats au poste. Les statuts du PS ont en effet quelque chose de diabolique : ils prévoient que les candidatures doivent être déposées le dimanche matin.

 

1971, Epinay : le fondateurCe n’est pas le premier congrès du PS, puisque c’est à Alfortville, en 1969, qu’est actée la naissance du « nouveau Parti socialiste ». Mais c’est celui que l’histoire retiendra comme le « congrès de l’unification des socialistes ». François Mitterrand, nouvel adhérent du parti, conquiert les militants avec un discours de rupture et de conquête du pouvoir. Sa motion n’arrive qu’en troisième position, loin derrière celles de Guy Mollet et de Pierre Mauroy, mais sa stratégie d’alliance lui permet de s’imposer sur le fil comme premier secrétaire du PS face à Jérôme Savary. Il le restera jusqu’en 1981.

1979, Metz : la tempête avant la victoireAprès la défaite de François Mitterrand en1974, l’échec aux législatives de 1978 et le retrait du Parti communiste du Programme commun, la nouvelle gauche de Michel Rocard fait trembler Mitterrand. Le débat, vif voire acide, est de nature à la fois personnelle et idéologique. Les mitterrandistes, Lionel Jospin, Pierre Joxe, Laurent Fabius, se présentent comme les tenants de la ligne historique du PS, face à Rocard qui propose de réévaluer le rôle du marché. La victoire de Mitterrand est néanmoins éclatante : sa motion obtient 46,7 % des voix, devant Rocard (21,25 %) et Mauroy (18,8 %).

1990, Rennes : la menace de l’explosionC’est le plus sinistre des congrès, de mémoire de socialiste. La politique du Premier ministre Rocard fait grincer des dents et la querelle pour la succession de François Mitterrand se profile déjà. Trois motions se tiennent dans un mouchoir de poche : celle de la majorité sortante de Lionel Jospin et Pierre Mauroy arrive très légèrement en tête, avec 28,94 % des voix, devant celles de Laurent Fabius (28,24 %) et de Michel Rocard (24,6 %). Une synthèse trouvée in extremis, après la fin du congrès, porte Pierre Mauroy à la tête du PS, mais la division a laissé des traces au sommet du parti. Michel Rocard doit céder sa place à Matignon en mai 1991.

2005, Le Mans : la synthèse hollandienneAprès les divisions provoquées par le débat sur la Constitution européenne, le parti convoque ce congrès anticipé pour fixer sa ligne politique. La motion de François Hollande, premier secrétaire depuis 1997, arrive largement en tête avec 53,71 % des suffrages, devant celles de Laurent Fabius et du Nouveau Parti socialiste (NPS) d’Arnaud Montebourg et Vincent Peillon. François Hollande opère néanmoins une synthèse qui intègre la quasi-totalité des amendements de ses concurrents. Virtuosité pour les uns, « synthèse molle », équilibrisme pour les autres, cet art de la synthèse reste le symbole des onze années de François Hollande à la tête du PS.

 

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