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“On a sauvé des banques en trois jours, peut-on sauver des vies humaines ?”

Alexandra Gonzalez, Marie Le Blé, le mardi 25 novembre 2008 à 04:00

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Rencontre avec Christophe Louis, président du Collectif "Les morts de la rue"

FRANCE-SOIR. Le 19 décembre 2006, Nicolas Sarkozy affirmait que s’il était élu, plus personne ne dormirait sur le trottoir d’ici à deux ans. Que lui répondez-vous aujourd’hui ?
CHRISTOPHE LOUIS.
On espère que dans la quinzaine de jours à venir avant cette date fatidique, un plan Marshall va être entrepris pour reloger tous les sans-abri. Le gouvernement a monté un plan d’urgence en trois jours pour sauver les banques, va-t-il pouvoir le faire pour sauver des vies humaines ? L’heure est venue pour le président Sarkozy de montrer aux Français qu’il peut tenir ses engagements, surtout lorsqu’il s’agit de vies humaines.

Faites-vous encore confiance aux pouvoirs publics pour régler la situation ?
Non, nous ne pouvons plus leur faire confiance. Un exemple de la désaffection des politiques : nous organisons demain une commémoration pour tous les morts de la rue. Tous les élus ont reçu un faire-part d’invitation. Aucun ne nous a répondu pour le moment, ne serait-ce que pour nous témoigner sa solidarité. On vit dans un système où la classe inférieure se désagrège tandis que les politiques, démagogues se désintéressent totalement du problème.

D’où pourrait venir le sursaut politique ?
Les hommes politiques ne réagiront que lorsque les citoyens bougeront et montreront leur ras-le-bol. C’est pourquoi nous lançons un appel solennel aux citoyens pour se mobiliser. Car demain, même si tout va bien pour eux aujourd’hui, c’est peut-être leurs enfants, leurs voisins, leurs collègues qui vont se retrouver sans logement, en partie à cause de la crise actuelle. Doit-on laisser vivre et mourir des gens dans la rue ? C’est la question que nous posons aux Français.

Quelle est la première urgence aujourd’hui selon vous ?
Donner un logement à tous. C’est à l’Etat de prendre les mesures nécessaires pour réquisitionner tous les logements vacants qui appartiennent au privé. On estime que 30 % des gens actuellement en hébergement d’urgence pourraient bénéficier de logements sociaux. C’est scandaleux que ça ne soit pas déjà fait. Ensuite, il faut recréer un dialogue et du lien social avec les gens SDF.

Dans quel état d’esprit sont les personnes que vous rencontrez dans la rue ?
Elles ne croient plus en rien. Elles ont eu un sursaut il y a deux ans avec les promesses politiques et les tentes des Enfants de Don Quichotte. Mais quand elles voient qu’aujourd’hui elles vivent toujours dehors, à supporter le froid, elles n’ont plus envie d’espérer.

Pensez-vous que depuis les actions médiatiques des tentes des Enfants de Don Quichotte, le regard des Français ait changé sur les SDF ?
Je ne suis pas sûr. Il y a beaucoup de compassion quand il y a des faits marquants, comme la mort d’un SDF à cause du froid. Il y a aussi beaucoup de compassion pour le SDF qui vit en bas de notre porte d’immeuble. Mais de là à s’engager pour que les choses changent. Nous ne vivons pas dans une société qui s’engage.

 


Hommage à nos morts… de la rue

Demain, le collectif Les Morts de la rue organise un hommage laïc en mémoire des sans-abri morts dans la rue. La manifestation se déroulera à la fontaine des Innocents, sur la place Joachim du Bellay, dans le Ier arrondissement de Paris. Une célébration ouverte à tous, durant laquelle seront lus les noms des 158 personnes mortes dans la rue depuis mai dernier. A cette occasion, le collectif, soutenu par d’autres associations comme Emmaüs et la Fondation abbé-Pierre, exhortera les élus politiques à prendre leurs responsabilités. Le rendez-vous est fixé à 18 heures.

Métro Les Halles, bus 403

 


Le DAL pour la première fois condamné

Le DAL condamné. Pour la première fois de son histoire, l’association Droit au logement est mise à l’amende. C’est ce qui ressort de la décision du tribunal de police de Paris qui a prononcé, hier, une peine de 12.000 euros d’amende à l’encontre de l’association de défense des mal logés pour « dépôt ou abandon d’objets encombrants sans nécessité sur la voie publique ». Une infraction, dite de quatrième catégorie, appliquée à la suite de l’occupation de la rue de la Banque, dans le IIe arrondissement, par 374 familles sans toit, entre octobre et décembre 2007. « Ils nous reprochaient d’avoir 319 fois planté des tentes sur la voie publique, s’insurgeait, hier, devant une forêt de micros et de caméras, le bouillonnant président du DAL, Jean-Baptiste Heyrault. C’est une action menée contre les défenseurs des familles soumises à la précarité. On va même jusqu’à confondre détritus et mal-logés. Cela fait vingt ans que nous posons bâches et tentes pour aider des personnes à se loger dignement. Faudra-t-il désormais qu’elles se cachent dans les taudis et les caves avec les rats ? »

Bien que n’ayant pas suivi le procureur de la République, qui avait requis une peine de 32.000 euros, à l’issue de la comparution au tribunal des représentants du DAL, le 3 novembre dernier, la présidente du tribunal, Mme Rassat, a néanmoins relevé quatre infractions, avec obligation pour l’association de restituer le matériel de campement. Une décision vécue comme une « lourde sanction » et qui n’a pas manqué de provoquer de nombreuses réactions devant le tribunal de police, rue de Cambray, dans le XIXe arrondissement, où une centaine de manifestants attendait de pied ferme le jugement. « C’est injuste de faire ça, s’est indignée Goundoba Guyrassy, une mère de famille de 42 ans, en s’égosillant derrière son porte-voix, le drapeau jaune de l’association à la main. Ce n’est pas le DAL qui a mis les tentes, c’est nous. Nous voulons être des mamans comme tout le monde. »

Dans un brouhaha général, la présence discrète, mais très remarquée, de Mgr Gaillot et du scientifique Albert Jacquart, dénonçant d’une seule voix, « une volonté de nuire, en profondeur, à la générosité d’une association. De plus, 12.000 euros, ce n’est pas à sa portée. On devrait, au contraire, remercier ses membres pour tout ce qu’ils ont entrepris. »

Le DAL, en tout cas, n’en restera là. « Nous allons épuiser tous les recours, annonçait d’emblée son président à sa sortie du tribunal. D’autant que l’Etat a pris un engagement écrit l’an passé en faveur des 374 familles de la rue de la Banque, dont le tiers seulement a été relogé. Nous nous battrons jusqu’au bout pour que les 200 autres retrouvent un toit. »
 

 

Edition France Soir du mardi 25 novembre 2008 n°19963 page 3

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