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Santé - La vue et l’ouïe mobilisent les chercheurs

Dossier réalisé par Quentin Weinsanto et Grégory Szeps, le dimanche 21 décembre 2008 à 04:00

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L’Institut de la vision, inauguré le 11 décembre dernier à Paris, a pour objectif d’améliorer la recherche sur les handicaps graves. Retour sur ces opérations qui changent la vie.

Les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé sont révélateurs : d’ici 2030, le nombre de cas annuel d’affections visuelles aura doublé. La cause principale est le vieillissement de la population. Cet élément est lié à de nombreuses maladies telles que la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) et la maladie de Horton, etc. Avec l’inauguration de l’Institut de la vision, ces questions de santé publique reviennent au premier plan.

Répondre aux besoins de la recherche

« La fondation de l’Institut de la vision, c’est la nécessité d’intégrer l’ensemble des acteurs académiques, industriels et les patients pour faciliter l’innovation », explique à France-Soir le professeur José-Alain Sahel, un des fondateurs de l’association Voir et Entendre et directeur de l’Institut. Recrutées au travers d’une quinzaine de pays, les douze équipes de chercheurs vont s’intéresser au traitement de l’information visuelle, à la génétique et à la thérapeutique. Ils auront pour tâche la recherche et le développement des solutions que l’on peut apporter aux déficiences visuelles graves. « Le traitement des myopies légères, ce n’est généralement que du confort, nous nous concentrons sur des handicaps plus sévères », tient-il à préciser.

Pour relever les défis que s’est lancé l’Institut de la vision, 200 chercheurs et cliniciens et 150 acteurs du monde industriel devraient, à terme, investir cet Institut. Pour ce qui est des handicaps sévères, la recherche a néanmoins fait de gros progrès ces vingt dernières années. Lorsque la cornée est atteinte et s’opacifie jusqu’à conduire à la cécité, il est possible d’effectuer une greffe qui réussi dans plus de 85 % des cas, et permet ainsi de retrouver la vue. Seul problème : un manque cruel de dons. Actuellement, 4.000 patients bénéficient de greffe chaque année, un nombre qui pourrait doubler si les dons augmentaient.

L’audition, un autre enjeu

Pour les problèmes d’audition, le développement des implants cochléaires a révolutionné le traitement des handicaps. Les personnes qui ne peuvent plus bénéficier d’un appareillage auditif extérieur suffisamment puissant peuvent utiliser cette prothèse qui est placée à l’intérieur de l’oreille. Après la cicatrisation, il est nécessaire de suivre des cours de rééducation, obligatoires pour pouvoir s’habituer à l’appareil. Malheureusement, le coût reste parfois prohibitif : comptez environ 20.000 euros pour un implant.

Aujourd’hui, on estime à plus de 5 millions le chiffre de malentendants en France, dont 2 millions ont moins de 55 ans. Pourtant, toutes les personnes concernées ne se font pas équiper. La raison est le remboursement encore trop faible par la Sécurité sociale pour les patients de plus de 20 ans, fixé à 65 % pour un tarif forfaitaire de 199,71 euros, quel que soit le type d’appareil, alors qu’elle est de 100 % dans des pays comme le Danemark. Malgré tout, la recherche continue de se diversifier et permet d’espérer, dans l’avenir, de régler des handicaps d’origine génétique.

 


Le laser a amélioré les opérations chirurgicales

 

Avec l’arrivée de nouveaux traitements au laser, il est devenu très simple de corriger les défauts de vision.
Depuis trente ans, l’évolution des techniques de recherche et de correction des affections bénignes de l’œil ont considérablement renforcé la sécurité et le confort des patients. Auparavant, une opération pour la myopie était sujette à une marge d’erreur non négligeable, et à une douleur postopératoire importante notamment trois jours sous antidouleur. La durée de l’acte opératoire à proprement parler dure désormais quelques minutes, avec des risques quasi inexistants pour l’œil. Depuis quelques années, cette opération est passée d’une chirurgie standard à une chirurgie personnalisée, permettant, par exemple, de combiner le traitement de la myopie et de l’astigmatisme en une seule fois.

Sous anesthésie locale

Désormais, l’opération, qui se fait sous anesthésie locale, permet de régler des troubles allant jusqu’à – 13 dioptries, soit un équivalent d’environ 1/52 de vision. Le laser réalise ainsi une légère découpe et soulève une partie infime de la cornée, pour permettre ensuite d’appliquer le traitement à proprement parler. En évitant tout effet thermique et de souffle, les nouveaux lasers permettent d’effectuer l’opération sans aucune douleur, et limite ainsi l’apparition d’effets secondaires tels que des inflammations ou des démangeaisons de l’œil. En permettant une analyse personnalisée des yeux de chaque individu et un traitement beaucoup plus efficace, le temps entre l’entrée et la sortie de la clinique pour une opération n’est parfois que d’une demi-heure.
 
Pour les aveugles, la recherche, qui couvre un large champ d’activité, avance et certains essais ont été encourageants. Par exemple, pour les problèmes de rétinite pigmentaire menant progressivement à une cécité complète, des premiers essais cliniques ont été menés cette année et se sont soldés par une réussite, preuve que la recherche avance.
 


“Traiter la myopie aujourd’hui, c’est comme changer une roue”, Professeur François Vital-Durand (directeur de recherche Inserm*)



FRANCE-SOIR : Quelles ont été les principales révolutions dans la recherche ?
FRANÇOIS VITAL-DURAND :
La recherche part tous azimuts, car elle concerne toutes les couches de l’œil et même du cerveau. Pour ce qui est du traitement de la cornée, elle a fait un bon spectaculaire. Désormais, traiter la myopie, c’est un peu comme changer une roue, il faut juste faire quelques ajustements de temps en temps. Dans le domaine de la malvoyance et donc des handicaps sévères, c’est la recherche fondamentale qui rentre en compte. Bien que des progrès soient souvent réalisés, nous avons un énorme déficit de dons de cornées en France. Il nous faut plus de cornées pour lutter contre la malvoyance.
 
Quel est l’état actuel du handicap visuel en France ?
Il est très difficile d’obtenir des chiffres fiables, mais l’on constate une forte augmentation de la proportion de personnes myopes en France, sans en connaître la raison. Il faut dire aussi que nous sommes devenus beaucoup plus exigeants, une faible myopie est tout de suite perçue comme un handicap. Un élément cependant : il est prouvé que les pratiquants de sports extérieurs tel l’équitation développent moins de myopie que ceux pratiquant des sports en intérieur. L’idéal serait de quitter la ville pour aller vivre au grand air. Pour ce qui est des ordinateurs et de la télévision, il n’est pas prouvé qu’ils favorisent l’apparition de la myopie, cependant ce sont des destructeurs de l’attention soutenue, en particulier lorsque ce sont des enfants jeunes qui sont devant l’écran.
 
Quelle direction doit prendre la recherche ?
Il faut continuer de diversifier la recherche. Plus il y a de sujets étudiés, mieux c’est. Le professeur José-Alain Sahel fait, par exemple, des choses formidables. Avec la création de l’Institut de la vision et la multiplication des labos de recherche, la France et l’Europe bénéficient désormais d’une dynamique incroyable dans ce domaine. Dans celui de la génétique, de nombreux essais cliniques réalisés montrent des résultats encourageants.
 
Comment est financée la recherche ?
Les subventions proviennent généralement des laboratoires publics et pharmaceutiques. Une part très intéressante provient de l’Europe également. Les associations nous aident beaucoup aussi, la Fondation de France, Rétine France et la Fédération des aveugles de France sont des acteurs majeurs. Pour les fonds, vu que le financement est incertain, nous pensons souvent qu’il est insuffisant. On ne voit pas toujours où l’on va, car on demande maintenant aux chercheurs d’être aussi des gestionnaires, ce qu’ils font généralement à contrecœur. La recherche d’argent est toujours une incertitude. Par exemple, ce sont souvent les associations qui m’ont sorti la tête de l’eau pour achever une recherche en cours.

*Institut national de la santé et de la recherche médicale
 

 

 

Edition France Soir du lundi 22 décembre 2008 page 2

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