
Gaza - Les cartes du jeu diplomatique français
Aurore Merchin, Maud Guillaumin, le mardi 6 janvier 2009 à 04:00
« Les violences doivent cesser »
« Le temps travaille contre la paix », a martelé Nicolas Sarkozy, qui s’est ensuite rendu dans le territoire palestinien de Cisjordanie. « Nous avons condamné sans ambiguïté l’offensive terrestre israélienne. Les violences doivent cesser et l’acheminement de l’aide humanitaire doit être facilité », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse conjointe avec le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas.
Tout en dénonçant l’attitude « irresponsable et impardonnable » du Hamas, le président français a assuré qu’il entendait, lors du dîner prévu le soir avec les dirigeants israéliens, redire « avec toute la franchise que l’on doit à un ami » que « le monde ne comprendrait pas qu’Israël laisse la situation humanitaire devenir encore plus dramatique qu’elle ne l’est aujourd’hui ».
Le chef de l’Etat doit poursuivre aujourd’hui sa tournée en Syrie, sur laquelle il compte afin de faire pression sur le chef politique du Hamas, Khaled Mechaal, qui vit en exil à Damas. Il doit achever sa tournée cet après-midi par le Liban. Mais en quelle qualité ?
Sans mandat particulier
L’Union européenne désormais présidée par les Tchèques, l’Union pour la Méditerranée aux contours encore flous, l’absence d’accord au sein du Conseil de sécurité des Nations unies et le Quartet des médiateurs proche-orientaux (Etats-Unis, Union européenne, Russie et Nations unies) qui se choisit Tony Blair pour émissaire, Nicolas Sarkozy n’en a cure. S’il ne dispose d’aucun mandat particulier, il a justifié hier, dans une entretien à trois quotidiens libanais, son voyage au Proche-Orient par la « responsabilité particulière » de la France, qui « a su construire un lien de confiance et d’amitié avec l’ensemble des parties ». « Est-ce que nous parviendrons à faire taire les armes ? Je n’en sais rien », a-t-il déclaré, mais « franchement, qui pourrait me reprocher de tout tenter pour mettre enfin un terme à tant de souffrances ? »
De mandat, Nicolas Sarkozy n’en avait pas non plus pour envoyer son ex-épouse Cécilia chercher les otages bulgares en Libye. Son succès en Géorgie, cette fois à la tête de l’UE, a conforté son goût des situations de crise. « Messie salvateur », « Roi mage opportun », « leader autodésigné », la presse étrangère pointait hier avec ironie ce goût des missions impossibles, tout en guettant ses initiatives. Les Etats-Unis attendant l’arrivée de Barack Obama, la présidence tchèque étant divisée, l’Allemagne et le Royaume-Uni moins impliqués, Nicolas Sarkozy peut bien profiter de cette fenêtre de tir pour exister sur la scène internationale. Son côté atlantiste et « ami d’Israël », contrebalancé par ses bons rapports avec les présidents syrien et égyptien, ainsi qu’avec les médiateurs turcs ou du Qatar, pourrait peser efficacement, dans un premier temps, sur le front humanitaire.
De Charles de Gaulle à Nicolas Sarkozy
« Les juifs (…) peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur… » Cette formule du général de Gaulle condamnant l’agression puis l’occupation israélienne des territoires, en 1967, a marqué une rupture avec la politique traditionnelle de la France à l’égard d’Israël et l’a classée pour longtemps dans le camp des pro-Arabes. Une politique fondée sur la condamnation de la guerre que poursuivront Georges Pompidou puis Valéry Giscard d’Estaing. En 1975, ce dernier ouvre une nouvelle page en autorisant l’ouverture à Paris d’un bureau de l’OLP de Yasser Arafat.
Avec l’arrivée de la gauche au pouvoir, en 1981, la politique française au Proche-Orient change plus dans le ton que sur le fond. Si François Mitterrand est le premier chef d’Etat français à se rendre en visite officielle en Israël et à prononcer un discours devant la Knesset, il continue néanmoins de soutenir Arafat et le reçoit à l’Elysée en mai 1989. Jacques Chirac deviendra, lui, le « docteur Chirac » pour le chef de l’OLP, qui lui prête une propension à soigner les maux du Proche-Orient, qu’il connaît et apprécie. Pourtant, sur le dossier du conflit israélo-palestinien, il assure la continuité en affirmant le droit des Palestiniens à un Etat et celui des Israéliens à l’existence et à la sécurité, mais vers la fin de son mandat il a voulu infléchir l’image d’une France exclusivement pro-arabe. Nicolas Sarkozy, « l’ami intime d’Israël » selon les termes de Shimon Peres, a répété durant la campagne présidentielle vouloir une rupture avec le passé. Mais l’ami d’Israël se veut libre d’entretenir de bonnes relations avec les Etats voisins. Malgré les critiques, il reçoit le chef de l’Etat libyen Mouammar al-Kadhafi et le président syrien Bachar al-Assad, allié de l’Iran, avec lesquels il prône le dialogue.















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