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Évènement - Les franc-maçonnes passent de l’ombre à la lumière

Sandrine Briclot, le samedi 31 janvier 2009 à 04:00

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Elles étaient à peine une cinquantaine dans les années soixante. Aujourd’hui, les « sœurs » de la Grande Loge féminine de France – seule obédience maçonnique strictement réservée aux femmes – ouvrent leurs portes, aujourd’hui à Paris, aux profanes.

« Nous ne sommes pas de vieilles nonnes poussiéreuses ! », s’exclame malicieusement Marie-Françoise Blanchet. Avec l’actuelle « grande maîtresse » de la Grande Loge féminine de France (GLFF), Yvette Nicolas, et trois autres « sœurs », l’ancienne présidente de l’obédience, nous a reçu, hier, à visage découvert, au siège administratif de la loge, rue Vitruve, à Paris. « Il n’y a pas de secret chez nous, pas de gourou ! », expliquent-elles en chœur. Le but : montrer que les franc-maçonnes sont avant tout des « femmes debout dans la cité ». Un engagement dont elles ont fait le thème de la journée portes ouvertes de la GLFF, aujourd’hui, à Paris. Pour l’occasion – une première dans l’histoire de l’obédience –, les cinq temples sont ouverts aux non-initiées. « Certaines viendront sans doute par curiosité, mais d’autres parce qu’elles sont en quête de spiritualité », espère Yvette Nicolas. Au menu : cinq conférences sont organisées autour de sujets d’actualité – la citoyenneté, la laïcité, la bioéthique, l’éducation, la fin de vie, la liberté de paroles – tels que vus par des femmes. « Nous voulons sortir du magma du constat », assure Marie-Françoise Blanchet. « Nous sommes des femmes de notre temps, responsables, capables de comprendre et d’agir, tant dans notre milieu familial et professionnel que dans la cité, dont nous voulons être des témoins éclairés et des actrices efficaces », renchérit Yvette Nicolas, présidente de la GLFF depuis trois ans et franc-maçonne depuis 1983.

La conférence portant sur la laïcité, par exemple, évoquera le créationnisme, dont la montée, en France, inquiète les sœurs maçonnes. « La laïcité est l’une de nos luttes. La maçonne refuse tout dogme, toute idéologie et milite pour la liberté de penser », explique la « grande maîtresse ». Idem sur le sujet de la bioéthique – « d’autant que c’est surtout le corps de la femme qui est en question ».

Yvette Nicolas entend profiter de la journée « portes ouvertes » pour faire passer le message à celles qui seraient tentées de rejoindre la Loge : « Le but de chaque sœur est de progresser sur son chemin intérieur et de devenir un esprit libre, dit-elle. Cela nécessite une remise en question de soi totale pour apprendre à tenir ses responsabilités dans la cité. »

Prochain chantier de la GLFF : la Journée internationale de la femme, le 8 mars prochain. « Nous préférons dire Journée des femmes ! N’oubliez pas qu’en termes de parité, la France est classée au 70e rang mondial ! Il y a encore du travail pour que les femmes puissent être de tous les combats… »

« Femmes debout dans la cité », Grande Loge féminine de France (GLFF), 4, cité du Couvent, Paris 11e. www.glff.org

 


Portrait Ginette Berber, 68 ans : “La dimension spirituelle qui me manquait”


Journaliste pendant 35 ans, Ginette Berber consacre aujourd’hui sa retraite à ses travaux à la Grande Loge féminine de France. Rencontre avec une « sœur » militante.

Ginette Berber n’est pas femme à faire tapisserie : « Pas question de rester comme une vache impavide à regarder passer les trains ! » « J’ai toujours pensé qu’on ne peut pas se contenter d’être un simple témoin face à ce qui se passe dans le monde, car chacun d’entre nous en porte une part de responsabilité », estime cette « sœur » très dynamique de la Grande Loge féminine de France (GLFF). Agée de 68 ans, Ginette Berber est « entrée en maçonnerie » en 1992 après avoir adhéré… au Parti communiste puis milité chez les trotskistes et les socialistes. « A l’époque, j’étais journaliste à la BBC, prise dans un tourbillon permanent, entre voyages et reportages. Je n’avais jamais le temps d’aller au fond des choses, y compris dans ma vie personnelle. Il y avait une dimension spirituelle qui me manquait – pas au sens religieux du terme mais au sens de l’élévation de l’esprit », explique-t-elle en sirotant une eau minérale. Un manque que ses travaux au sein, notamment, de la Commission de la laïcité de la GLFF ont comblé. « Nous travaillons en ce moment sur le créationnisme, l’excision ou encore la loi sur la bioéthique et même sur les nano-particules, c’est passionnant », confie-t-elle.

De ses débuts en maçonnerie, Ginette Berber se souvient « du silence qui est imposé pendant presque trois années à l’apprentie puis à la compagnonne » : « Pour la journaliste que j’étais et qui avait l’habitude de répliquer à tout bout de champ, c’était horrible ! J’étais tenue d’écouter alors que je bouillais littéralement sur ma chaise ! Mais c’est une école exceptionnelle qui diffère totalement des partis politiques ou du milieu associatif », affirme l’actuelle retraitée. « Bien sûr, c’est prétentieux de dire qu’on va changer le monde. Mais nous travaillons sur des valeurs essentielles à l’homme que sont la tolérance, le respect de l’autre et de la dignité humaine. De plus, c’est une façon de mieux se connaître soi-même. » Mais de prévenir, dans un sourire : « Attention, on n’entre pas en maçonnerie pour faire une psychanalyse ! »

 

Edition France Soir du samedi 31 janvier 2009 page 2

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