
Franc-maçonnerie - “Chaque trimestre, 400 femmes nous rejoignent !”
Propos recueillis par Sandrine Briclot, le samedi 31 janvier 2009 à 04:00
FRANCE-SOIR. Pour la première fois depuis la création de la Grande Loge féminine de France, il y a soixante-quatre ans, vous avez décidé d’ouvrir vos portes au public. Dans quel but ?
YVETTE NICOLAS. Nous voulons nous faire connaître. Et, également, nous faire reconnaître, car on oublie trop souvent – les médias, notamment – que la Grande Loge féminine de France existe. Quand on évoque la franc-maçonnerie, on parle généralement des frères mais ce n’est pas tout à fait complet ! Il existe une maçonnerie pour les femmes, indépendante, une loge féminine tonique ! Ensuite, nous voulons montrer aux profanes que notre réflexion est profonde et importante.
Le but sous-jacent n’est-il pas, de cette manière, de recruter ?
Pas vraiment car nous sommes, comme toutes les obédiences, sur un courant porteur depuis deux ans environ. Chaque trimestre, près de 400 femmes nous rejoignent et d’autres, moins nombreuses, heureusement, nous quittent. Ça correspond à un courant de pensée actuel. A Nice, par exemple, en novembre dernier, 33 profanes se sont inscrites à l’issue d’une conférence publique ! C’est un grand succès ! Quand on parle de notre histoire et des valeurs qui sont les nôtres, on sent que les femmes sont intéressées par notre démarche.
Vous n’hésitez pas à prendre position dans le débat politique. Vous avez, par exemple, manifesté publiquement votre opposition au fichier Edvige… Est-ce aussi le rôle de la GLFF ?
Il est vrai que nous avons longtemps été frileuses sur la question, mais nous ne le sommes plus depuis une dizaine d’années. Edvige, mais également la loi Léonetti (NDLR : relative aux droits des malades et à la fin de vie) ou la diminution des crédits accordés au planning familial… Jacques Chirac nous avait reçues pour parler de la prostitution. Nous sommes désormais consultées par les pouvoirs publics mais nous prenons également l’initiative de nous exprimer. Nous voulons être présentes sur tous les combats où il est question de la dignité de l’être humain mais en particularité de celle de la femme. Il y a également eu un questionnement de la part du gouvernement sur la laïcité. Pour nous, il n’est pas question d’écorner la loi sur la laïcité, c’est le seul garant de l’expression de notre liberté de conscience. Aujourd’hui, sans la loi sur la laïcité, que serions-nous ?
Vous avez occupé une fonction politique à un moment donné de votre parcours professionnel, en tant qu’assistante de Raymond Barre. Est-ce que vous avez un discours politique ?
Je ne dirais pas un discours, je dirais que ça forme le caractère et que ça ouvre l’esprit. Ça fait également prendre conscience que les femmes sont trop délaissées, qu’elles ont une place à tenir qu’elles ne tiennent pas encore. Même si l’égalité existe dans le droit, dans la réalité, il n’est pas appliqué.
Pourquoi avez-vous préféré une loge féminine à une loge mixte, comme l’obédience du Droit humain ?
C’est une question de sensibilité personnelle. Retrouver en maçonnerie ce qui existe en tant que profane ne m’intéresse pas. Je préfère réfléchir avec des femmes, quitte à confronter nos points de vue avec les hommes.
Peut-on dire que vous êtes féministe ?
Pour beaucoup, c’est un mot péjoratif. Mais, nous, nous le revendiquons !
Que répondez-vous à ceux qui pensent que la franc-maçonnerie est une sorte de secte ?
Une secte, on y entre facilement et on sort moins facilement. La franc-maçonnerie, on y entre moins facilement et on peut la quitter du jour au lendemain !
La GLFF prône “le perfectionnement de l’humanité”
Plus de deux siècles auront été nécessaires aux femmes pour finalement être acceptées en franc-maçonnerie, d’abord au sein de loges mixtes. Fondée en 1945, la Grande Loge féminine de France compte aujourd’hui quelque 12.500 adhérentes, et constitue ainsi la première obédience franc-maçonne féminine dans le monde. Elle est aujourd’hui représentée par Yvette Nicolas, grande maîtresse de la GLFF. Réparties dans plus de 400 loges, les maçonnes sont de tous âges, de toutes cultures et de tous horizons. Et pour cause, si la majorité des cellules qui les regroupent se situe en métropole, il en existe également dans les DOM-TOM, en Europe et en Afrique.
Créée par, et surtout pour, des femmes, la GLFF souhaite offrir un espace privilégié de réflexion et d’accomplissement personnel. Attachée au principe de laïcité, elle respecte toutes les croyances, mais refuse tout dogme. En vertu de l’article 1er de sa constitution, le mouvement a pour ambition « la recherche constante et sans limite de la vérité et de la justice dans le respect d’autrui », et pour finalité le « perfectionnement de l’humanité ». Pierre angulaire de la franc-maçonnerie adogmatique, l’ouverture en est également un des grands principes.
Pour rejoindre le mouvement et participer à ce parcours initiatique, toute candidature doit être soumise au secrétariat de la GLFF.
Edition France Soir du samedi 31 janvier 2009 page 2




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