
Bernard Kouchner - Péan s’attaque au “chevalier blanc”
Aurore Merchin, le jeudi 5 février 2009 à 04:00
Après avoir fait trembler la République en révélant les secrets de ses présidents et s’être intéressé à « la face cachée » des grands médias, le journaliste et écrivain Pierre Péan va-t-il faire tomber « l’icône médiatique » Bernard Kouchner ? Dans Le Monde selon K., paru hier chez Fayard, l’auteur s’est intéressé à la plus populaire des personnalités politiques, l’actuel ministre des Affaires étrangères. Il l’accuse notamment de « conflit d’intérêts » entre la diplomatie française et ses activités privées en Afrique. Sommé de s’expliquer, Bernard Kouchner a rejeté hier ces accusations. De l’Hémicycle de l’Assemblée au plateau du JT de France 2, ainsi que dans une interview à paraître aujourd’hui dans Le Nouvel Observateur, il a dénoncé une « entreprise de déstabilisation ».
« Ce livre met en cause mon honneur, mon intégrité, l’engagement de toute une vie, d’un homme libre au service de notre pays », a protesté hier le ministre, interrogé lors de la séance de questions au gouvernement. Grave, ému, dans une Assemblée inhabituellement silencieuse, Bernard Kouchner a disposé pour se défendre de six minutes – temps dévolu normalement au Premier ministre – au lieu des 2 minutes 30 réglementaires. Jugeant le livre « à charge, sans aucune preuve », il a assuré avoir toujours « agi dans la légalité et la transparence » et proposé de mettre à disposition des députés ses déclarations de revenus, d’impôts ou de patrimoine pour en attester.
« Une accusation grotesque et nauséabonde »
Selon Bernard Kouchner, l’ouvrage ferait de lui « un agent de l’étranger, un mauvais Français aux origines douteuses, âpre au gain ». « A entendre certains, j’aurais trafiqué des armes, j’aurais blanchi de l’argent », a-t-il ajouté. Pire, Pierre Péan le taxerait de « cosmopolitisme ». « Cette accusation, en des temps difficiles, cela ne vous rappelle rien ? », a-t-il lancé, faisant allusion à la stigmatisation des juifs dans les années 1930. Dans Le Nouvel Observateur, le ministre dénonce également une « accusation grotesque et nauséabonde ». Après avoir pointé la jalousie de « certains cercles » où « on n’aime pas la réussite », il désigne « certains réseaux qui (le) détestent », « les nostalgiques des années 30 et 40 et tous les révisionnistes, ceux d’hier et ceux qui, aujourd’hui, réécrivent l’histoire du génocide tutsi au Rwanda ».
Problème. Pierre Péan n’emploie pas le mot « cosmopolitisme », ni n’accuse Bernard Kouchner de quelques trafics ou blanchiments que ce soit. Il ne lui reproche même « rien d’illégal ». « Je parle d’une distorsion entre ce qu’il fait d’une façon générale et l’image qu’ont les Français de lui. L’image, c’est le chevalier blanc avec le socle de la morale », a précisé hier le journaliste sur France Info. Certes, le livre est à charge. Son auteur ne cache pas son inimitié pour une personnalité moins consensuelle qu’il n’y paraît, avec qui il entretient un sérieux désaccord sur la réalité du conflit rwandais. Mais les questions d’éthiques qu’il soulève méritent peut-être des réponses plus précises.
French Doctor globe-trotter
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Symbole de l’ouverture
Edition France Soir du jeudi 5 février 2009 page 2




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