Les chiffres du chômage de février, qui doivent être rendus publics aujourd’hui par le ministère du Travail, devraient conforter l’inquiétant constat de l’augmentation du nombre de demandeurs d’emploi. Parmi les nouveaux chômeurs, un flot inédit et massif de jeunes se presse dans les agences du Pôle emploi. Selon des statistiques Eurostat de janvier, la France est un des pays d’Europe où le chômage des jeunes est le plus élevé. Quelque 21,5 % des moins de 25 ans sont à la recherche d’un emploi dans le pays, soit plus du double de l’Allemagne (10,2 %).
Le pessimisme s’empare de cette génération de nouveaux actifs, qui ne se sent plus protégée par l’obtention d’un diplôme universitaire pour accéder à un premier emploi. Dans les zones les plus défavorisées, la situation est critique. Depuis le début de l’année, les agences du Pôle emploi y sont débordées.
L’Etat promet des coups de pouce
Face à ce constat de crise sociale, plusieurs ministres travaillent à des mesures destinées à favoriser l’emploi des jeunes. Martin Hirsch, haut-commissaire aux Solidarités actives et à la Jeunesse, a lancé dimanche l’idée d’un plan d’action, baptisé « Jeunesse active ». Il propose que l’Etat finance l’embauche par les entreprises de 100.000 jeunes en contrats en alternance pendant deux ans. Le coût, estimé à 1,5 milliard d’euros, serait financé par une réduction des allégements des cotisations patronales. Une initiative qui vise à venir en aide à une jeunesse « sacrifiée », selon Martin Hirsch, mais qui n’a pas encore été avalisée par l’Elysée. Autre ministère, autre proposition : Christine Lagarde, en charge de l’Economie, a annoncé dimanche l’augmentation du nombre d’« emplois aidés ». Ces contrats financés par l’Etat ont déjà été accrus de 100.000 cette année, pour atteindre un total de 330.000. Laurent Wauquiez, secrétaire d’Etat à l’Emploi, entend aussi relancer les contrats de professionnalisation, pour une meilleure transition entre les études supérieures et l’emploi.
Dans un discours prononcé mardi soir à Saint-Quentin (Aisne), Nicolas Sarkozy n’a pas manqué d’évoquer le sujet. Il a annoncé un plan d’urgence des jeunes « avant le 15 avril », sans en préciser les modalités concrètes. Le président de la République a aussi promis de « doubler » le nombre de jeunes en formation en alternance, qui devrait passer de 600.000 à 1,2 million.
Les jeunes, population sensible
Chercheur à l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), Etienne Debauche analyse le phénomène d’amplification du chômage chez les jeunes. Selon lui, du point de vue de l’emploi, les jeunes sont une population particulièrement sensible.
« En temps de crise, historiquement, le chômage des jeunes augmente considérablement et très vite. Comme ils manquent d’expérience, ils ont souvent des contrats précaires, intérim ou CDD. Ce sont donc les premiers touchés en cas de ralentissement économique car un plan de licenciement coûte très cher. Inversement, et c’est une bonne nouvelle, en cas de reprise, ce seront les premiers à en profiter. Les patrons d’entreprise n’ont souvent pas envie de s’engager tout de suite à long terme quand l’économie repart car ils manquent de confiance. Ils attendent en général que les carnets de commandes soient bien remplis pour embaucher en CDI. Du coup, dès que l’activité redémarre, les jeunes en bénéficient. Il faut également rappeler que le taux de chômage des jeunes en France est dans le même ordre de grandeur que celui des autres pays européens. Mais la méthode de calcul est différente et le gonfle artificiellement. »



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