
Enfants disparus - “On peut réveiller certains souvenirs”
Sandrine Briclot et Nathalie Mazier, le lundi 25 mai 2009 à 04:00
FRANCE-SOIR. Quel peut être l’impact de ces nouveaux avis de recherche ?
FREDERIC MALON. Dans les cas de disparitions, notamment dans les dossiers anciens, quand on a épuisé toutes les pistes, il faut faire preuve d’imagination, espérer un coup de chance ou un rebondissement. Faire appel au public, c’est toucher un maximum de monde et se donner le maximum de moyens pour avoir un jour un renseignement, un témoignage capital.
Est-ce déjà arrivé ?
Oui, les affiches ont déjà été utiles dans plusieurs cas. Le plus récent est celui des enfants Fortin qui ont disparu pendant onze ans. En 2007, il y a eu le petit Simon Pelous, retrouvé au Brésil, deux ans après avoir été enlevé par sa mère. La photo de l’enfant était sur l’affiche lorsqu’au cours de l’été 2007, un Brésilien, en vacances en France, est tombé sur l’avis de recherche en faisant la queue à la poste. Il reconnaît le gamin, retourne au pays, vérifie et donne l’information au consulat de France. C’était effectivement l’enfant, embarqué par sa mère. Il avait changé de nom, ne parlait quasiment plus le français, et c’est à peine s’il se souvenait de son père.
Il y a les enlèvements parentaux mais aussi énormément de fugues…
La majorité des disparitions sont des fugues. Mais on ne peut jamais être sûr à 100 % et certaines passent en disparitions inquiétantes, comme celle d’Aurélien Pollet.
Comment se déroule une enquête quand un enfant disparaît ?
Au départ, la disparition est signalée au service local, c’est-à-dire au commissariat ou à la gendarmerie. Le premier travail de l’enquêteur va être de faire le bon diagnostic, comme un médecin. Quand c’est un fugueur qui s’enfuit pour la 15e fois du foyer où il est placé, c’est certain qu’on s’inquiète moins que si c’est un gamin de 6 ans qui n’a rien à faire dehors tout seul. Estelle, par exemple, c’est sûr que c’est inquiétant d’entrée. Il y a donc un diagnostic à faire en fonction des circonstances et des éléments qu’apportent les déclarants : parents, directeur de foyer, etc.
Une fois ce diagnostic effectué, que se passe-t-il ?
Si ces éléments sont très inquiétants, on peut supposer que l’enfant a été enlevé et victime d’un crime. A ce moment-là, d’importants moyens vont être mis en œuvre et le procureur de la République sera avisé. C’est lui qui décidera de diligenter une enquête judiciaire et d’organiser des recherches sur le terrain en commençant évidemment par l’endroit où l’enfant a été vu pour la dernière fois. Il faut ensuite chercher des indices à son domicile, consulter, par exemple ses contacts mails – un rendez-vous avec un internaute qui se fait passer pour un mineur, ça peut arriver. Ou chercher un carnet intime. Il faut aussi, dans le même temps, vérifier les déclarations des parents parce qu’on peut parfois avoir des surprises.
A quel moment décide-t-on de déclencher le plan « Alerte enlèvement » ?
Si le procureur décide que les conditions d’Alerte enlèvement sont remplies, il en réfère au parquet général, lequel transmet à la chancellerie. C’est le ministère de la Justice qui valide, ou non, le déclenchement du plan. Mais ça se fait très rapidement. Pour la petite Elise André, en une heure et demie, c’était décidé. La philosophie du système, c’est d’apporter une réponse urgente avec des moyens importants et conséquents pour essayer de retrouver au plus vite l’enfant et le retrouver vivant. En même temps, si on peut interpeller son ravisseur…
Que peut-on espérer trouver dix-huit ans après une disparition, comme c’est le cas du petit Jérôme Cantet ?
Avec le temps, les pistes s’estompent les une après les autres, c’est plus complexe, c’est vrai, mais les dossiers ne doivent pas être refermés pour autant. Et, il y a aussi les progrès de la science : si les scellés ont été bien conservés, on peut avoir un espoir de trouver des empreintes digitales ou de l’ADN sur des supports qui ne pouvaient pas être traités à l’époque. En travaillant également sur l’environnement des victimes disparues, on peut réveiller certains souvenirs qui, au moment des faits, pour X raisons, avaient été enfouis. Regardez l’affaire Fourniret ou Emile Louis : certains dossiers sont sortis quinze ans, vingt ans après. Avec ces affiches et ces clips, même si c’est symbolique, on attend quand même quelque chose.
L’espoir douloureux de la maman de Romain
Son visage rond, ses yeux bleu clair, son léger sourire apparaissent pour la première fois cette année sur l’affiche des enfants disparus. Romain Lannuzel, étudiant originaire du Finistère, s’est volatilisé le 13 novembre 2007 en plein cœur de Barcelone. Il aurait 21 ans aujourd’hui. Depuis, l’enquête piétine. Aucune piste sérieuse ne se dessine malgré le travail sans relâche mené conjointement par les enquêteurs français et espagnols. Pour les parents de Romain et ses proches, l’attente est interminable. « J’ai le sentiment que nous sommes revenus au point de départ. On ne sait rien », confie douloureusement à France-Soir Mireille Lannuzel, une maman tourmentée qui se demande, jours et nuits ce qui est arrivé à son fils.
Le matin de sa disparition, le jeune homme venait de passer un examen d’anglais à l’université autonome de Catalogne. Arrivé à Barcelone deux mois auparavant dans le cadre d’un échange Erasmus, Romain avait quitté sa colocation pour un nouveau logement, à proximité de sa faculté. Ce 13 novembre 2007, à 18 h 57, Romain passe un coup de fil à ses deux ex-colocataires espagnols. Il les informe qu’il va passer à l’appartement pour récupérer son écran d’ordinateur, un sac de livres, quelques vêtements et sa raquette de badminton. Mais Romain ne se rend pas au rendez-vous. Inquiet, son copain Renaud contacte dans la soirée la police, les hôpitaux puis, en l’absence de réponse, les parents de l’étudiant domiciliés à Lampaul-Guimiliau (Finistère).
« Inhumain »
Ces derniers prennent le premier avion. Arrivés sur place, ils se rendent au commissariat. L’enquête s’annonce complexe car il n’y a pas de témoins. La trace de Romain se perd sur une avenue commerçante très fréquentée, Passeig de Gracia, en plein cœur de Barcelone. Les enquêteurs ne détectent aucun mouvement bancaire et l’étudiant n’a passé aucun autre appel depuis son portable. Disparition volontaire ? Ses proches n’y croient pas. Mauvaise rencontre ? Accident ? Les policiers du groupe « Homicidios » fouillent dans le passé et l’entourage de l’étudiant. Ses camarades de l’université sont entendus, son ordinateur et ses e-mails passés au peigne fin. En vain. Romain reste désespérément introuvable.
Au début de l’année 2009, une lueur d’espoir apparaît. Une personne pense avoir reconnu Romain en février dernier, à… Nouméa, en Nouvelle-Calédonie. Des vérifications sont lancées. En avril dernier, Mireille s’envole pour l’île, qu’elle sillonne pendant quinze jours avec, comme elle le dit, « l’espoir utopique de le retrouver elle-même ». Son souhait ne se réalise pas. A Lampaul-Guimiliau, les amis de Romain lui rendent souvent visite pour la soutenir. « La dernière fois, ils avaient les larmes aux yeux », se souvient-elle, émue à son tour. Avec la diffusion du portrait de Romain, elle espère réveiller un ou plusieurs témoignages : « Je ne peux pas admettre qu’un enfant disparaisse comme ça, sans qu’on ne sache rien. Si quelqu’un l’a vu, il faut qu’il ait la décence de nous prévenir. C’est inhumain de vivre comme ça. »




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