
D-Day - Il y a 65 ans, un immense espoir naissait en Normandie
Alain Vincenot, le samedi 6 juin 2009 à 04:00
En février 1943, la capitulation des armées allemandes devant Stalingrad avait sérieusement écorné l’invincibilité de la croix gammée qui asservissait l’Europe. Les surhommes auxquels Hitler avait promis un Reich de mille ans n’avaient pas résisté aux plaines russes et à l’acharnement des troupes soviétiques, qui allaient reconquérir les territoires perdus au prix de pertes considérables. En ouvrant un deuxième front, à l’Ouest, les Alliés vont susciter un nouvel espoir.
Le 30 mai 1944, le convoi 75 quittait Drancy pour Auschwitz. Dans ses wagons à bestiaux, 1.000 Juifs. A peine 51 survivront. Six jours plus tard, il est 0 h 45 quand 36 parachutistes français du 4th SAS (Special Air Service), des commandos d’élite, touchent le sol de Bretagne. Leur mission : mener des attaques éclair contre les arrières allemands. Six minutes plus tard, le premier de trois planeurs se pose à 50 mètres du pont de Bénouville, Pegasus Bridge, dont les parachutistes du major John Howard prennent le contrôle à 0 h 35.
Hitler dort
A 1 heure, les radars de la Kriegsmarine allemande signalent une gigantesque armada dans le pas de Calais. Le D-Day, initialement fixé au 1er mai, puis déplacé au 1er juin, ensuite au 5, retardé au 6 en raison de conditions climatiques épouvantables, vient enfin de débuter. Voilà longtemps que les états-majors étudiaient une opération de grande envergure sur les côtes françaises.
En octobre 1941, Winston Churchill avait nommé un jeune capitaine, lord Mountbatten, à la tête d’un nouvel organisme : « Opérations combinées ». « Vous devez préparer l’invasion de l’Europe, lui avait indiqué le Premier ministre, car, à moins de porter le combat contre Hitler sur terre, nous ne gagnerons jamais cette guerre. » Le 19 août 1942, le raid sur Dieppe de la 2e division canadienne, qui avait perdu 1.500 de ses hommes, avait permis de tester les défenses allemandes et de tirer des informations en vue d’une opération majeure. Du 28 novembre au 1er décembre 1943, Churchill, Roosevelt et Staline, réunis à Téhéran, s’étaient engagés à préparer un débarquement massif en France. Décision confirmée à la mi-janvier 1944 par Churchill et Roosevelt – Staline avait décliné l’invitation – qui s’étaient rencontrés dans une villa d’Anfa, à 8 kilomètres de Casablanca. A cette occasion, ils avaient fixé pour objectif la reddition inconditionnelle de l’Allemagne, de l’Italie et du Japon.
Il est 4 h 30 quand les parachutistes américains du 505e régiment de la 82e Airborne hissent la bannière étoilée sur Sainte-Mère-Eglise. Deux heures plus tard, à 6 h 30, les barges débarquent la première vague d’assaut des 1re, 4e et 29e divisions d’infanterie américaine sur Utah Beach et Omaha Beach. A 6 h 40, le 2e bataillon de rangers US prend position au pied de la pointe du Hoc. 7 h 25 est l’heure H pour les 3e et 50e divisions d’infanterie britannique qui se ruent sur Gold Beach et Sword Beach. A 7 h 35, la 3e division d’infanterie canadienne foule le sable de Juno Beach. Avant de parvenir sur la côte, les barges ont dû, pendant deux heures, parcourir 15 kilomètres sur une mer déchaînée. Les soldats étaient frigorifiés, trempés, malades. Sur les plages, notamment à Omaha Beach c’est l’enfer qui les attend. Ce jour-là, le soleil se couchera à 22 h 7. Les Alliés auront perdu 10.500 hommes.
La bataille de Normandie durera 87 jours. Plus de 2 millions de soldats alliés, plus de 480.000 véhicules, et plus de 3 millions de tonnes d’équipement et de ravitaillement seront débarqués. Elle s’achèvera, le 22 août, avec la fermeture de la poche de Falaise, dernier bastion allemand. Entre-temps, le 14 juin, le général de Gaulle aura retrouvé la terre de France à Bayeux. Il déclare : « Je tiens à marquer sans délai qu’en tout point d’où l’ennemi a fui l’autorité relève de mon gouvernement. »
La guerre n’est pas finie pour autant. Le 15 août, le débarquement en Provence ouvrira un troisième front. Il faudra attendra le 25 août pour que le général Leclerc et ses chars pénètrent dans Paris, le 23 septembre pour que le serment qu’il avait fait prêter à ses hommes à Koufra, dans le désert libyen, se réalise : « Jurez de ne déposer les armes que lorsque nos couleurs, nos belles couleurs flotteront sur la cathédrale de Strasbourg. » Le 27 janvier 1945, le camp d’extermination d’Auschwitz, symbole de la barbarie nazie, sera libéré. Enfin, le 7 mai, à Reims, et le 9, à Berlin, l’Allemagne capitulera.
Les leurres de l’opération “Fortitude”
Ce 6 juin 1944, alors que les premiers parachutistes sont largués notamment sur le canal de Caen et le long des routes qui mènent à la plage d’Utah, Hitler dort. Il est 2 heures du matin. Personne n’ose le tirer de son sommeil. Il n’est réveillé qu’à 10 heures, mais il ne croit toujours pas que le débarquement attendu vient de débuter. Pour lui, l’opération aura lieu dans le Pas-de-Calais. Il estime que les informations qui arrivent à Berlin en provenance de la côte normande ne sont qu’un leurre.
L’opération « Fortitude » a réussi au-delà de toutes les espérances. A sa tête, le colonel Bevan, directeur du London Service Control (LSC), un nom qui ne veut rien dire mais qui cache une structure ultra-secrète mise en place par Churchill. Trois cents personnes à peine en connaissent l’existence. Uniquement des Anglais et des Américains. Aucun Français.
Parmi les moyens utilisés, des agents nazis retournés alimentèrent l’état-major allemand d’informations sur un projet de débarquement allié dans le Pas-de-Calais en juillet 1944. Des résistants, que les Anglais auraient laissé capturer par les Allemands, auraient confirmé, sous la torture, ces préparatifs.
Par ailleurs, le célèbre général Patton fut muté dans un secteur situé en face du Pas-de-Calais, tandis qu’un sosie du général Montgomery fut envoyé à Gibraltar, où « maladroitement », à porté d’oreilles curieuses et malintentionnées, il lâcha : « Ce sera en juillet dans le Pas-de-Calais. »
Dans le même temps, des aéroports factices, couverts de dizaines d’escadrilles d’avions en bois, furent installés dans le Kent, où stationnaient plusieurs divisions de chars Sherman gonflables, tandis que s’accumulaient des montagnes de jerricans, des caisses de munitions et de tentes… vides. Evidemment, la DCA britannique devait rater les avions de reconnaissance ennemis afin qu’ils puissent fournir leurs observations à Berlin. Des camions vides sillonnaient constamment les routes autour de Douvres et des techniciens échangeaient en permanence des messages, simulant un intense trafic radio. Résultat : le matin du 6 juin 1944, le Führer ne s’est réveillé qu’à 10 heures.
Le message d’Eisenhower à ses soldats
Le 5 juin, le général Eisenhower faisait distribuer un message à chacun de ses soldats qui, à partir du lendemain, allaient être engagés dans l’opération « Overlord ».
« Soldats, marins et aviateurs des forces expéditionnaires alliées !
Vous êtes sur le point de vous embarquer pour la plus grande croisade vers laquelle ont tendu tous nos efforts pendant de longs mois. Les yeux du monde sont fixés sur vous. Les espoirs, les prières de tous les peuples épris de liberté vous accompagnent. Avec nos valeureux alliés et nos frères d’armes des autres fronts, vous détruirez la machine de guerre allemande, vous anéantirez le joug de la tyrannie que les nazis exercent sur les peuples d’Europe et vous apporterez la sécurité dans un monde libre.
Votre tâche ne sera pas facile. Votre ennemi est bien entraîné, bien équipé et dur au combat. Il luttera sauvagement.
Mais nous sommes en 1944 ! Beaucoup de choses ont changé depuis le triomphe nazi des années 1940-41. Les Etats-Unis ont infligé de grandes défaites aux Allemands, dans des combats d’homme à homme. Notre offensive aérienne a sérieusement diminué leur capacité de faire la guerre sur terre et dans les airs. Notre effort de guerre nous a donné une supériorité écrasante en armes et munitions, et a mis à notre disposition d’importantes réserves d’hommes bien entraînés. Le cours de la bataille a tourné ! Les hommes libres du monde marchent ensemble vers la victoire !
J’ai totalement confiance en votre courage, votre dévouement et votre compétence dans la bataille. Nous n’accepterons que la victoire totale !
Bonne chance ! Et implorons la bénédiction de Dieu Tout-Puissant sur cette grande et noble entreprise. »
Des milliers de stèles blanches
Inauguré le 18 juillet 1956, le cimetière de Colleville-sur-Mer, qui domine la plage d’Omaha Beach, a été dessiné par les architectes Haberson, Hough, Linvinston et Larson. Territoire de 70 hectares concédé par la France aux Etats-Unis, il est géré, ainsi que tous les cimetières et mémoriaux américains des deux guerres mondiales, par l’American Battle Monuments Commission. Y sont alignées 9.387 stèles de marbre blanc, des croix ou des étoiles de David : les tombes de soldats américains, dont 307 inconnus, morts en 1944 « pour que l’humanité puisse profiter de la liberté », rappelle une rotonde.
Les 3.000 adhérents, normands pour la plupart, de l’association Les Fleurs de la mémoire fleurissent chaque tombe au moins une fois par an. « Notre objectif, précise sa présidente, Marie-Thérèse Cueff, est de pérenniser la mémoire de ceux qui ont sacrifié leur vie pour que nous vivions dans un monde libre. » Elle rappelle que les vétérans, souvent âgés de près de 90 ans, sont de moins en moins nombreux à pouvoir venir en France.
Plus de 100.000 soldats
Le 6 juin à minuit, 132.000 soldats alliés avaient débarqué sur les côtes normandes, dont 73.000 Britanniques (28.845 à Sword Beach et 24.970 à Gold Beach), 59.000 Américains (34.250 à Omaha Beach et 23.250 à Utah Beach), 21.400 Canadiens à Juno Beach et 117 Français du commando Kieffer à Sword Beach.
Les pertes alliées (tués, blessés, disparus ou prisonniers) s’élevaient à 10.500 le 6 juin à minuit. Les pertes allemandes sont estimées à 10.000.
En ce qui concerne le matériel, 11.590 chasseurs bombardiers, avions de transport et de reconnaissance, et planeurs ont été utilisés, de même que 6.939 navires.




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