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Affaire des crânes maoris : musées et politiques en pleine prise de têtes
Lundi, le Sénat a voté à l'unanimité et avec le soutien de Frédéric Miterrand la restitution à la Nouvelle-Zélande de crânes humins maoris conservés dans les musées français.

L’affaire des têtes maories déchaîne les passions et « rappelle les pires heures du colonialisme ». Diantre ! Hier, les premières grosses chaleurs estivales se sont engouffrées dans les travées du Palais du Luxembourg. Le Sénat débattait en effet d’une proposition de loi déposée par l’élue centriste Catherine Morin-Dasailly.

Objectif : que la France restitue à la Nouvelle-Zélande les crânes maoris, ces têtes humaines tatouées rapportées du bout de monde au bon vieux temps des colonies par des collectionneurs et aujourd’hui exposées dans des musées. Les descendants du peuple maori souhaitent inhumer les restes de leurs ancêtres. Louable préoccupation mémorielle. Mais au sein d’une grande partie de la communauté scientifique, parmi les conservateurs de musée jusqu’au ministère de la Culture, tout projet de restitution provoque immédiatement des cris outragés.

« Et pourquoi pas les reliques de saints ! »

L’enjeu, en effet, n’est pas mince. Il s’agit, ni plus ni moins, d’ouvrir le débat sur le statut des restes humains qui figurent dans les collections des musées. Et si la France, comme avant elle la Grande-Bretagne, l’Australie et l’Argentine, s’engageait à restituer les crânes maoris, elle pourrait très vite crouler sous les demandes de restitution tous azimuts.

« On ne peut pas prendre ce risque, nous confiait voilà quelques mois un conseiller du ministère de la Culture. Si nous cédons, demain on va nous réclamer les momies égyptiennes du Louvre, les momies péruviennes. Et pourquoi pas les reliques de saints ! » Depuis (et semble-t-il depuis très peu), le ministère de la Culture a opéré un virage à 180 degrés. La Rue de Valois se dit même désormais « favorable » au texte de la sénatrice, soutenu par des élus centristes, UMP ou communistes.

Restes humains ou œuvres d’art ?

Ce revirement fait suite à un non moins remarquable couac gouvernemental passé quelque peu inaperçu. En septembre 2007, le muséum de Rouen (ville dont Christine Morin-Desailly est également adjointe à la culture) annonce son intention de restituer à la Nouvelle-Zélande un crâne maori qui figure dans ses réserves depuis 1875. Le conservateur du muséum sollicite donc l’avis de ses deux ministères de tutelle : Culture d’une part, Enseignement supérieur et Recherche d’autre part. Alors, rue de Valois, Christine Albanel répond par un « non » catégorique. Mais sa consœur Valérie Pécresse rend, elle, un « avis favorable ».

Le maire de Rouen fait alors voter à l’unanimité par son conseil municipal une délibération entérinant la restitution. Fureur de Christine Albanel qui attaque la décision devant le tribunal administratif. La ville pas plus que le musée ne sont en effet propriétaires desdites têtes et ne sauraient en disposer à leur guise. Bataille juridique et polémique, le ton commence à monter de part et d’autre.

« Il s’agit d’un être humain, d’une question de morale et de dignité ! » clament les uns, qui n’hésitent pas à brandir la loi bioéthique et l’article 16-1 du Code civil qui dispose avec sagesse que « le corps humain, ses éléments et ses produits ne peuvent faire l’objet d’un droit patrimonial ».

« C’est n’importe quoi ! s’enflamment les autres. Le statut juridique des restes humains présents dans les musées ne diffère pas de celui des œuvres d’art. »

Aujourd’hui, la sénatrice assure ne pas vouloir « ouvrir la boîte de Pandore » des restitutions (lire son entretien page suivante). Et le ministère de la Culture comme son nouvel occupant, Frédéric Mitterrand, ont reconsidéré leur position, au moins sur la question précise des têtes maories.

Mais d’autres esprits restent chauffés à blanc et très remontés. Signe annonciateur d’autres tempêtes sous le crâne au sujet des restitutions ? Aux dernières nouvelles, en tout cas, le Vatican n’aurait pas réclamé la restitution du tibia de saint Thomas d’Aquin. Ouf !

 Affaire des crânes maoris : musées et politiques en pleine prise de têtes

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