C’est sur France Soir !
Edward “Ted” Kennedy, “la lumière joyeuse” d’un clan flamboyant
Jusqu’au bout du bout de la nuit, en dépit de la maladie, il a su garder son sens du devoir envers la patrie qu’il chérissait. Ce regard vif aussi, un brin rieur, commun à la plus célèbre dynastie patricienne d’Amérique. Ted Kennedy, 77 ans, s’en est allé rejoindre John et Bob, ses illustres aînés.

Comme tout bon catholique de souche irlandaise, le sénateur Edward Kennedy, que le peuple et la classe politique surnommaient affectueusement « Ted » ou « Teddy », ne croyait pas qu’en son Dieu miséricordieux. Il tenait pour acquis que, par-delà l’existence terrestre, l’enveloppe charnelle qui tant le combla, par-delà les engagements renouvelés, les vœux exaucés, les drames surmontés, il y aurait une autre vie.

Un ailleurs, un après, qui verraient le clan se reformer et les éclats de rires à nouveau fuser, comme au bon vieux temps des vacances à Hyannis Port (Massachusetts), dans le fief familial de la Nouvelle-Angleterre. C’est au bord de cette côte est des Etats-Unis, si privilégiée, que Joseph et Rose Fitzgerald Kennedy réunirent pendant plus d’un demi-siècle leurs neuf enfants, les épouses et la ribambelle de bambins qui naquirent d’unions globalement parfaites.

C’est à Hyannis Port que Ted, le dernier des garçons Kennedy, l’ultime patriarche de cette génération éclatante, s’est éteint en toute discrétion. Puissent ses souhaits être contentés et la famille reconstituée à une exception près, Jean Ann, 81 ans, la cadette des filles ; aux obsèques d’Edward, elle sera l’ultime représentante d’une dynastie flamboyante et unique.

Ted le discret, écrasé par ses frères

Ted le benjamin était un des hommes politiques les plus respectés aux USA. Elu au Sénat dès 1962, sans interruption, titulaire du siège démocrate que son frère John avait laissé vacant après son arrivée à la Maison-Blanche, il était réputé pour son humanisme – il s’est notamment battu contre la ségrégation raciale. De prime abord plus falot que ses aînés – Joseph Jr. mort en héros pendant la Seconde Guerre mondiale, John et Robert Kennedy, assassinés –, Ted aura été, finalement, un prodigieux coureur de fond.

Nul ne peut soupçonner ce qu’auraient réussi JFK et Bob si, juste consacrés, ils n’avaient été abattus mais, mine de rien, le cadet a fait son bonhomme de chemin. Né le 22 février 1932 à Boston au sein de la richissime famille Kennedy, Ted se coule dans le moule : universités de Harvard et de Virginie, études de droit comme ses frères.

Sauf que, peu fixé sur son avenir, qu’il aurait pu envisager politique si les deux autres n’étaient déjà sacrément engagés sur les rails, Ted hésite à imiter John et Bob, sauf dans un domaine : il se marie et fait des enfants. Il en aura trois, plus treize autres, ceux de ses frères tués dont il sera institué tuteur. C’est en 1962, on l’a dit, qu’il s’engage en politique, deux ans après que John a pris la tête du pays et alors que Robert est ministre de la Justice.

Lorsque JFK est assassiné en 1963 à Dallas (Texas), Ted jure de supporter Bob lorsqu’il reprendra le flambeau. Ce sera en 1968, et Robert Kennedy tombera à son tour sous les balles (lire ci-dessous l’article consacré à la malédiction du clan). Ted Kennedy prend sa décision irrévocable : il assumera son rôle de patriarche et portera haut les couleurs du Parti démocrate. Sous quelle forme, il ne sait pas, mais pourquoi ne pas envisager la magistrature suprême ?

« Le lion du Sénat »

Il y pense, Ted, au bureau ovale. Peut-être un peu trop, en cette nuit de juillet 1969, alors qu’il roule sur une route du Massachusetts en compagnie d’une ancienne assistante de John, âgée de 28 ans. La voiture chasse sur un pont à Chappaquiddick Island et verse dans la rivière. La passagère se noie et Teddy s’affole, s’enfuit. Catastrophe.

Il attendra le lendemain pour informer la police. L’Amérique a mis longtemps à pardonner et n’a plus envisagé d’être gouvernée par un homme incapable d’assumer ses responsabilités, même 24 heures. En 1980, les délégués démocrates choisiront comme candidat le sortant Jimmy Carter plutôt qu’Edward Kennedy.

Qu’importe, Ted est inlassablement réélu au Sénat, sept fois, tant et si bien qu’on l’y surnomme « le lion », et plus il vieillit, plus l’image lui sied : crinière blanche, sourire carnassier qu’accentue la mâchoire carrée que les Kennedy ont reçue en héritage, patience, pugnacité, loyauté, fidélité, bagarreur enragé. Ted ne se bat pas avec ses poings – c’est au contraire un enjôleur qui toute son existence séduira femmes et hommes –, non, Ted lutte avec son intelligence, son entregent, ses qualités de tribun.

Il convainc et convainc : les Irlandais de déposer les armes ; les Sud-Africains d’assouplir l’apartheid et le Congrès de voter des sanctions si les discriminations persistent ; le Sénat de le soutenir lorsqu’il veut réformer le système de santé (il rêve d’une Sécu), qui le hantera jusqu’à sa mort.

Ted Kennedy se bat encore, toujours, en faveur des opprimés, des femmes, de l’éducation pour tous, contre l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis arrogants de George Bush, auteur de « la pire bévue de l’histoire de la diplomatie américaine » selon lui. Après avoir soutenu John Kerry en 2004, contre la réélection de Bill Clinton, il a activement milité pour la victoire de Barack Obama. Il voulait, disait-il, être là, bien vivant, pour « voir entrer un Noir à la Maison-Blanche ». Alors, une nouvelle fois, il luttait.

Contre la maladie, d’abord banale – une artère bouchée –, qui avait hélas révélé une tumeur au cerveau. En 2008, ses médecins avaient souhaité éviter l’opération, redoutant un décès au bloc. Il avait vaillamment repoussé les oracles et s’était montré, poing levé, à la Convention démocrate pour l’élection présidentielle en août 2008. Le jour de l’investiture, il était là, fidèle au poste, pour rien au monde il n’aurait voulu manquer l’événement.

Mais le 11 août dernier, il était absent aux obsèques de sa sœur Eunice, autre « monument » de la dynastie. Pas assez de forces, ce jour-là, trop de douleurs. La tumeur l’a tué mardi 25, peu avant minuit. Depuis, le clan des « jeunes » Kennedy, des cinquantenaires à leur nombreuse descendance, pleure « oncle Ted » qui fut, clament-ils, « une lumière joyeuse dans nos vies ». On les croit.

 Edward “Ted” Kennedy, “la lumière joyeuse” d’un clan flamboyant / MaxPPP

Ajouter un commentaire

(Votre adresse email ne sera pas divulguée)
Partager
Actualité

Avez-vous voté pour le second tour des régionales ?

Avec un score de près 55%, l'abstention est le fait marquant du premier tour. Qu'avez-vous fait au second tour ?

A la carte