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Il y a vingt ans, le mur de Berlin s’écroulait
Surnommé le « mur de la honte », il avait symbolisé pendant vingt-huit ans le totalitarisme communiste et les privations de liberté. Et, soudain, il s’effondrait. Un événement historique auquel France-Soir consacre un dossier sur plusieurs jours.

Pour beaucoup d’Allemands de l’Est, la DDR (Deutsche Demokratische Republik) ne signifie plus alors que Der Doofe Rest (le stupide résidu). C’est dire… En ces jours pluvieux de l’automne 1989, il règne en DDR une curieuse atmosphère, faite de désir de changement et de crainte devant un avenir incertain, évidemment plombé par cette peur de trop parler qui suinte dans les conversations.

A la fin de l’été, des milliers de compatriotes en vacances en Hongrie ont renoncé à rentrer au pays, préférant les camps de réfugiés autour de Budapest à la grisaille du paradis des travailleurs. Puis tout semble s’accélérer : le 6 octobre, devant le président russe Mikhaïl Gorbatchev en visite officielle, la foule de Berlin-Est crie : « Gorbie aide-nous. » Trois jours plus tard, à Leipzig, 70.000 manifestants scandent : « Nous sommes le peuple. »

Le 17, le Politbüro écarte Erich Honecker, à la tête de l’Etat depuis 1976, inflexible garant de l’orthodoxie marxiste la plus rigoureuse. Enfin, le 9 novembre, il y a cette modification de la loi qui n’interdit plus aux Allemands d’émigrer, pour peu qu’ils aient un passeport et un visa. Mesure annoncée vers 18 h 50 par Günter Schabowski, porte-parole du comité central du PC. Un journaliste lui demande la date d’entrée en vigueur de cette décision.

Il répond : « Autant que je sache, c’est, euh… immédiatement. » Retransmise à la radio et à la télévision, la phrase déclenche un mouvement de foule vers la frontière, comme la DDR n’en avait jamais connu. Le mur tombait dans la soirée.

Cette autre nuit de 1961

La fin d’un cauchemar qui avait commencé dans la nuit du 12 au 13 août 1961. Un week-end. En quelques heures, la partie ouest de Berlin, contrôlée à l’époque par les Américains, les Français et les Anglais, était entièrement bouclée. Les trains et les métros étaient stoppés.

Des terrassiers dépavaient les rues pour empêcher la circulation. Des dizaines de kilomètres de barbelés étaient déroulées, des chevaux de frises installés. Le « mur de la honte », qui, hérissé de 302 miradors, s’étendra sur 165 kilomètres, était officiellement destiné à empêcher un « trafic d’êtres humains » auquel se livraient, affirmait la propagande communiste, les odieux capitalistes. En fait, il s’agissait de mettre un terme aux défections de « traîtres » : 2,7 millions d’Allemands de l’Est étaient passés à l’Ouest entre 1948 et 1961.
    

L’obstacle devait être infranchissable. Le contourner va demander beaucoup d’énergie et d’ingéniosité. C’est un ingénieur qui fabrique une sorte de fusil doté d’un harpon et d’un câble d’acier. Une nuit d’orage, il vise l’immeuble d’en face côté ouest. Le harpon se fixe dans le mur. Le long du câble, assis sur un siège de son invention, il va franchir le mur, ainsi que sa femme et ses deux enfants.

C’est le musicien d’un groupe rock qui cache son amie à l’intérieur d’une enceinte. C’est cet homme qui envoie par la poste un récepteur radio des années 30 grand comme une commode. A l’intérieur du « colis », percé de trous, sa petite fille..

C’est cette famille qui s’enfuie à bord d’une mongolfière bricolée dans la clandestinité. Ce sont ces dizaines de tunnels creusés sous le mur. Beaucoup de tentatives, cependant, se terminent par un drame. Entre 125 et 1.245 fuyards auraient trouvé la mort. Le premier d’entre eux : Günter Lifting, un jeune tailleur de 24 ans, qui le 24 août 1961, est atteint d’une balle en pleine nuque en tentant de franchir à la nage le canal de la Spree. Le dernier : Kris Geoffroy, un garçon de café abattu par les gardes, le 5 février 1989. Il avait 21 ans.

Vers la réunification

L’année suivante, le 23 juin 1990, les ministres des Affaires étrangères français, britannique, américain, soviétique, de RFA et de RDA, assistaient au démantèlement des dernières structures de checkpoint Charlie. A cette occasion, le Russe Eduard Sheverdnadze proposait le retrait d’Allemagne de toutes les troupes étrangères dans les six mois. Le 1er juillet, le Deutsch Mark, monnaie d’Allemagne de l’Ouest, devenait officiellement celle d’Allemagne de l’Est. Ce même jour, étaient abolis les contrôles frontaliers entre les deux « pays ».

Le 3 octobre, l’Allemagne était réunifiée et le 2 décembre se tenaient les premières élections de la nouvelle Allemagne, remportées largement par les chrétiens-démocrates du chancelier Khol, avec 43,8 % des suffrages, le PDS (Parti du socialisme démocratique), nouvelle appellation des communistes, n’en obtenant que 2,6 %. Le monde n’allait plus être divisé entre bloc communiste et bloc occidental.

 Il y a vingt ans, le mur de Berlin s’écroulait

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