Faits Divers

Affaire Madeira - La justice saisie d’une “erreur judiciaire”

Sandrine Briclot, le lundi 12 janvier 2009 à 04:00

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Condamné pour le viol de sa fille, puis dédouané six ans plus tard par celle-ci, Antonio Madeira réclame la révision de son procès. La commission de révision doit lui répondre aujourd’hui.

L’histoire d’Antonio Madeira n’est pas sans rappeler l’invraisemblable affaire d’Outreau. A son tour, elle questionne sur la parole de l’enfant et sa prise en compte par les institutions. Mais, pour ses six années passées en prison, Antonio Madeira n’en veut à personne. Et surtout pas à sa fille, Virginie, à qui cet artisan maçon doit pourtant sa condamnation pour viol. Mieux, il lui a pardonné. Aujourd’hui, cet homme de 53 ans entend simplement que son honneur soit lavé et son procès révisé.

Lorsqu’en cette belle journée de mai 1999 Virginie confie à sa copine de classe Mélanie, dont elle rêve secrètement de devenir la meilleure amie, que son père « abuse » d’elle, l’adolescente n’imagine pas dans quel engrenage elle met les pieds. Alertée, la directrice du collège prévient la police. Devant les enquêteurs et, plus tard, devant le juge d’instruction, la gamine, décrite comme une enfant sage et timide, confirme : son père la viole depuis qu’elle a 6 ans… Antonio Madeira est placé en garde à vue dans la foulée.

« Crédible et fiable »

Abasourdi, il se voit sommer d’avouer. Dans le bureau du magistrat, le père de famille, qui espère à tout moment que Virginie finira par se rétracter, ne sait plus que faire. Las, sur les indications de son avocat de l’époque – simple conseil pour le contentieux de son entreprise de maçonnerie –, il finit par concéder quelques « attouchements ». Un mois et demi plus tard, Antonio Madeira est placé en détention provisoire. Le 12 juin 2001, son procès s’ouvre devant la cour d’assises de la Marne. Il ne dure qu’une seule journée. Un expert psychologue vient dire à la barre que « le discours de Virginie est totalement crédible et fiable ». Un médecin assure que « l’hymen de Virginie a été en partie déchiré ». L’adolescente de 16 ans, elle, réitère son accusation. Antonio Madeira, craignant une lourde sanction, préfère cesser de nier et reconnaît les faits. Verdict : douze ans de réclusion criminelle.

« Nouvelle expertise médicale »

L’affaire semble ficelée. Sauf que voilà : en 2006, Virginie rompt le silence et, dans un livre écrit avec la journaliste Brigitte Vital-Durand (*), elle avoue : « J’ai menti. » Les viols pendant que sa mère était sortie ou dormait ? Faux ! Les attouchements depuis le plus jeune âge ? Encore faux ! Et la jeune fille d’expliquer comment elle, qui ne souhaitait qu’un peu plus d’attention de la part de ses parents, très occupés par un frère schizophrène, s’est trouvée prise à son propre piège. Dès lors, Virginie n’a plus qu’une idée en tête : innocenter son père, victime d’une erreur judiciaire. Une nouvelle expertise médicale est alors pratiquée : Virginie est vierge !

Saisi du dossier, Me Jean-Marc Florand, le « sauveur de Patrick Dils », dépose une requête devant la Commission de révision des condamnations pénales, seule instance habilitée à saisir la cour de révision si elle juge que des éléments nouveaux sont apparus depuis le procès (lire ci-dessous). Lors d’une audience, le 24 novembre dernier, l’avocat général a estimé que les rétractations de Virginie n’étaient « pas forcément crédibles » et que le condamné avait un temps reconnu les faits. Antonio Madeira, lui, a déjà purgé six années de prison avant d’être mis en liberté conditionnelle. Il espère simplement qu’un nouveau procès le lave définitivement. S’il était acquitté, ce maçon serait le septième condamné blanchi au terme d’une procédure de révision.

(*) J’ai menti, de Virginie Madeira et Brigitte Vital-Durand, 2006, éd. Stock, 156 p., 16 euros.

 


Me Jean-Marc Florand : “Réviser une affaire de mœurs serait une première !”


FRANCE-SOIR. Quels sont les éléments que vous soulevez pour réclamer la révision du procès de votre client ?
Me JEAN-MARC FLORAND.
Il y a deux éléments nouveaux depuis la condamnation de M. Madeira par la cour d’assises de la Marne. En premier lieu, sa fille s’est rétractée. Ensuite, une expertise scientifique, ordonnée par la commission de révision, a établi qu’elle était, encore aujourd’hui, totalement vierge. Ces éléments, postérieurs au procès, permettent de douter de la culpabilité de M. Madeira.

Etes-vous confiant ?
Oui, mais je ne suis pas non plus d’une confiance excessive. D’abord parce que j’ai bien entendu que le procureur général, bien que n’ayant pas particulièrement développé ses arguments, s’opposait à la révision. Ensuite parce que la commission n’a pas accepté de réviser un seul procès depuis l’affaire Patrick Dils, en 2001. D’autant que réviser une affaire de mœurs – un secteur dans lequel il y a pourtant le plus d’erreurs judiciaires, puisque c’est parole contre parole – serait une première en France ! Mais si la commission ne reconnaît pas nos éléments comme étant nouveaux et permettant de douter, autant dire qu’il n’y a plus de place pour la révision en France !

Dans quel état d’esprit est Antonio Madeira ?
Il a pardonné à sa fille, qu’il revoit, et il a conscience du courage qu’elle a eu et du risque pénal qu’elle pourrait encourir si le parquet décidait de la poursuivre pour « dénonciation calomnieuse ». Il a aussi compris – le livre lui a fait du bien psychologiquement – comment ce genre de catastrophe pouvait arriver. C’est un homme simple qui croit en la justice de son pays. Il en reste !

 

 

Edition France Soir du lundi 12 janvier 2009 page 11

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