
La princesse al-Sudairi n’entend toujours pas bourse délier
Samy Mouhoubi, le jeudi 11 juin 2009 Ã 04:00
Les mécomptes façon Mille et Une Nuits perdurent. Même si le flot ininterrompu de commerçants abusés par la princesse Maha al-Sudaini s’estompe devant l’hôtel George-V, où l’indélicate dépensière pensait pouvoir trouver un havre de paix, éloigné de toute contingence terrestre, forcément mesquine. Las ! Ses malotrus créanciers ont juré de ne laisser aucun répit à l’épouse du prince al-Naïef Ben Abdulaziz al-Saoud, ministre de l’Intérieur du royaume wahhabite. Fatigués de battre la semelle, ces grincheux optent aujourd’hui pour le combiné. Plus discret. Pas forcément payant. En tout cas, les royales lignes téléphoniques saturent. Officiellement, « Son Altesse dort », rétorque son staff, à fleur de peau. Les factures – 15 millions tous frais confondus – idem, sabrées aussi sûrement que le rigoureux emblème du royaume wahhabite.
Le personnel du George-V, hôtel détenu par le prince al-Walid, infortuné neveu de la débitrice, fait grise mine. Le vacarme est l’ennemi du commerce. Les fâcheux, lettres de créance sévèrement empoignées, sont indésirables. La tante dispendieuse demeure recluse dans ses appartements. « Heureusement pour elle que son neveu lui offre l’hospitalité. On comprend pourquoi ils ne veulent plus la voir au Crillon… » ricane, raide amer, un artisan victime de la folie des grandeurs princières dans l’attente d’un hypothétique versement. Le très chic Crillon, situé place de la Concorde, attend toujours, furibard, le paiement de 10 millions d’euros, incluant 30.000 euros de pressing par semaine. Quant à Chaumet, le très prisé joaillier de la place Vendôme, il espère toujours qu’on lui règle – faute de les avoir exigés rubis sur l’ongle – ses 600.000 euros de bijoux. LVMH, propriétaire de l’enseigne, est exaspéré par la parente de la famille royale de Riyad. Selon un salarié du groupe, soucieux de conserver l’anonymat, Bernard Arnault, lassé des fantaisies de la dame, fût-elle mariée à un éminent membre du cercle très fermé des décideurs du royaume, a sollicité d’influentes personnalités pour obtenir son dû. Pas question cependant de hausser le ton trop fort afin de préserver des liens solides avec Riyad.
« Ne pas froisser »…
« Même si la princesse al-Sudairi leur doit infiniment plus d’argent, les groupes de luxe nous laissent en première ligne pour ne pas froisser les autorités saoudiennes », soupire l’un des fournisseurs floués. Sollicitées à plusieurs reprises, elles ont refusé de commenter l’ardoise considérable de leur cliente renommée. Pas question de se fâcher avec alliés et amis de la dynastie al-Saoud, histoire de récupérer, un jour, leur mise au centuple…
Certains ont cependant perdu patience. Kay Largo, auquel Maha al-Sudairi doit, depuis plus d’un an, 139.600 euros, attaque sur le front juridique. Après avoir recouvré 50.000 euros en espèces et par porteurs spéciaux, s’il vous plaît, le franchisé a fait délivrer, la semaine dernière, par huissier une sommation de payer le reliquat de 89.600 euros. N’ayant rien vu venir, son avocat, Me Jacky Benazerah, dépose, aujourd’hui devant le TGI de Paris, une requête aux fins de saisie conservatoire, ouvrant théoriquement la possibilité de saisir, dans la capitale, les biens de l’indélicate princesse.
La tête couronnée n’est en outre plus la bienvenue aux Etats-Unis. En villégiature, en 1995, à Orlando, Maha al-Sudairi fut accusée de mauvais traitements par plusieurs de ses employés. Imitant l’une de ses raffinées devancières, la dame, officieusement « tricarde », aurait fait administrer des punitions corporelles à quelques gibiers de potence, soupçonnés – sans preuve et après coups – d’avoir voulu lui dérober 200.000 dollars et des bijoux. Récriminations et plaintes firent long feu. Immunité diplomatique et sang royal obligent.




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