
EXCLUSIF - Procès Clearstream - L'avocat de Nicolas Sarkozy répond à nos questions
Propos recueillis par Pierre-Antoine Souchard, le lundi 21 septembre 2009 Ã 13:51
FRANCE-SOIR. Quel est l'objectif de Nicolas Sarkozy dans ce procès?
Me Thierry Herzog. L'objectif de la partie civile est de connaître la vérité dans cette affaire. Qui a mis ces noms sur le listing ? Quand ? Et pourquoi ? Mon client a une exigence de vérité. Si, à l'issue de l'audience, la preuve de la participation de l'un des prévenus n'est pas rapportée, j'en tirerai alors les conséquences. En aucun cas, la partie civile ne doit se confondre avec le procureur de la République. Chacun doit rester dans son rôle.
On reproche à votre client de placer le débat sur le terrain politique...
Avant l'audience, qui a cherché à faire de ce procès « un procès aux enjeux politiques » sinon Dominique de Villepin, en se posant comme « l'alternative » pour l'échéance présidentielle de 2012 et en annonçant la création d'un « cercle de réflexion du club de Villepin » ? Au travers de ses nombreuses déclarations médiatiques, Dominique de Villepin ne cherche-t-il pas ainsi à influencer la justice et à peser sur son cours normal ? En se présentant comme un prévenu « différent » de tous les autres, susceptible d'offrir une prétendue alternative, ne veut-il pas ainsi sous-entendre ainsi que le tribunal aurait, quelle que soit son intime conviction à l'issue des débats, l'interdiction de le condamner pour ne pas briser son destin ?
« Aucun texte n'interdit à Nicolas Sarkozy d'être partie civile »
Le chef de l'Etat est, de par la Constitution, président du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), donc garant de l'indépendance de l'autorité judiciaire. N'est-il pas une partie civile trop puissante ?
Qui veut placer le débat sur le terrain politique pour tenter d'exclure du procès Nicolas Sarkozy par je ne sais quel artifice tiré du Code de procédure pénale ? Qui dépose des conclusions au premier jour de l'audience, pour demander au Tribunal de déclarer irrecevable la constitution de partie civile de Nicolas Sarkozy ? Comme tout citoyen victime d'agissements répréhensibles, mon client a le droit de faire valoir ses droits. Aucun texte de la Constitution ne lui interdit d'être partie civile. Dans l'affaire Clearstream, Nicolas Sarkozy s'est constitué partie civile le 31 Janvier 2006, date à laquelle il était ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur. Ainsi, il était victime avant d'être élu président, et il le reste nécessairement après.
Dominique de Villepin est-il l'instigateur où l'un des «bénéficiaires collatéraux parfaitement conscient » de cette affaire, comme l'a récemment déclaré le Procureur de la République ?
La présomption d'innocence doit s'appliquer à Dominique de Villepin comme à chacun de ses co-prévenus dans cette affaire. Au terme de l'ordonnance de renvoi, il n'a pas été considéré comme l'un des « bénéficiaires collatéraux », mais comme l'instigateur par fourniture d'instructions données à Jean-Louis Gergorin d'entrer en relation avec le juge Van Ruybeke, afin de transmettre des listings qu'il savait falsifiés. Comme dans toute affaire pénale, le tribunal devra fonder sa décision sur les preuves qui lui auront été apportées au cours des débats et contradictoirement discutées devant lui.
« Nicolas Sarkozy n'a jamais pensé que le président Chirac puisse être concerné »
Le procureur a utilisé un pluriel. Quels sont les autres bénéficiaires ?
Il ne m'appartient pas de commenter les réquisitions du procureur de la République, ni même les propos tenus avant une audience.
Quels sont les éléments à charge contre Dominique de Villepin ?
Là encore, il m'apparaît nécessaire d'attendre de connaître, au cours des audiences, les déclarations de tous ses co-prévenus, ainsi que celles des témoins qui seront entendus, pour pouvoir se forger une conviction au regard de l'oralité des débats.
Pensez-vous que Jacques Chirac ait pu donner des instructions à Dominique de Villepin pour que le général Philippe Rondot (qui est cité comme témoin, NDLR) enquête sur les listings Clearstream?
Nicolas Sarkozy n'a jamais pensé que le président Chirac puisse être directement ou indirectement concerné par cette affaire. En cela, il n'est pas inutile de rappeler l'un des titres de l'ordonnance de renvoi concernant Dominique de Villepin, faisant l'objet d'un long développement, intitulé : « Dominique de Villepin se prévaut d'instructions présidentielles jamais confirmées ».




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